Confessions, VIII
religieuse; ce fut aussi, pour elle, un moyen d'échapper à une situation embarrassée; mais on aurait tort de n'y voir qu'un geste d'opportunité. Elle racontait plus tard à son ami, M. de Conzié, que, « durant les deux années qui avaient suivi son abjuration, elle ne s'était jamais mise au lit, sans y prendre, comme on dit, la peau de poule sur tout son corps », toujours anxieuse de son salut, se demandant, si elle avait bien fait de changer, et ne parvenant pas à trouver la paix du cœur *. Cette inquiétude ennoblit une conversion qui s'annonçait, par ailleurs, comme une affaire lucrative. Ce n'est pas, semble-t-il, qu'il faille l'expliquer par une crise douloureuse et l'incertitude d'une foi qui se cherche; la résolution prise la troublera plus que la résolution à prendre. Elle avouait ellemême, quelques années plus tôt, à son vieil ami, M. Magny, dans un moment de sincérité très perspicace : « Je fais les choses avec une indifférence qui me surprend quelquefois 2 ». Elle mit dans sa conversion cette « indifférence », ou, si l'on veut, ce sang-froid méthodique d'une femme qui s'émeut malaisément; et, quand elle s'enfuit à Évian en juillet 1726, l'éloquence apostolique de M. de Bcrncx n'était plus, je crois, nécessaire pour achever une évolution depuis longtemps décidée^. Elle eut d'autant-^ moins de peine à se tourner vers le catholicisme qu'elle était plus détachée du protestantisme orthodoxe. M. Ritter a vu très juste ^, en signalant ici l'influence émancipatrice de Magny, l'apôti^e du piétisme vaudois, qui avait été,