X AVANT-PROPOS
caractères que j"ai immobilisés trop longtemps. Grâce à de très obligeantes amitiés, grâce surtout à la collaboration de M. Jacques Madeleine, qui a bien voulu mettre à mon service sa précision et ses scrupules d'érudit, j'ai pu faire faire, loin des bibliothèques, les quelques vérifications ou menues recherches qui s'imposaient avant de pouvoir donner le <( bon à tirer ». Si, malgré tous ces secours et ma bonne volonté, il m'était échappé quelque référence ou citation inexacte, j'espère trouver un lecteur indulgent.
Il pourra paraître impertinent ou frivole de s'amuser à corriger des épreuves en redescendant des avant-lignes, et de songer encore à un livre, quand c'est la vie du pays qui est en jeu. Moi-même, je n'ai pas été sans penser ainsi plus dune fois. Il ne faudrait pourtant pas se scandaliser à lexcès. Quand mes hommes ont passé avec moi la nuit au guet devant les fils de fer, et qu'ils rentrent dans leur forêt, — ils se détendent, et se retrouvent ingénieux pour les arts de la paix : ils sculptent des cannes, dessinent des jardinets, apprivoisent des geais, s'improvisent orfèvres pour tailler des bijoux dans l'obus qui les a manques. J'ai suivi leur exemple, je n'ai pas fui le <( divertissement )) qui s'offrait à moi; et ce livre aura été pour moi, silon veut, comme la bague-souvenir que l'on cisèle en campagne. D'ailleurs, à regarderies choses plus avant, la fréquentation de Rousseau nest pas inopportune en ces jours de lutte. Nul n"a su poser plus fortement que l'auteur du Contrat social les maximes du citoyen sous les armes; et c'est seulement dans la nation mobilisée pour sa défense que l'on peut accepter cette « aliénation » qu'il réclamait, -.< l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté )>. Mais Jean-Jacques est encore là pour nous rappeler que le citoyen n'est pas tout l'homme. Les jours reviendront oîi le problème national ne sera plus l'unique problème, où la victoire et la paix, nous libérant de l'angoisse collective, rendront à chacune de nos âmes le tragique de leurs destinées individuelles. Alors ce qu'a dit le Vicaire Savoyard sur le « vrai prix de la vie » reprendra