LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE
17, RUE DE i/ÉCOLB-DE-MÉDECINE, 17
Les raisons qui ont fixé sur cet écrit l'attention des lecteurs allemands n'auront pas moins d'influence auprès du public français.
Pour ceux dans l'âme desquels l'extinction de la foi chrétienne a laissé un vide qui veut être comblé, il vient au-devant d'un besoin personnel.
Aux adhérents des diverses dénominations religieuses, avant tous aux protestants libéraux contre lesquels l'auteur a entrepris une polémique directe, mais aussi aux orthodoxes protestants, aux catholiques libéraux et aux catholiques ultramontains il importe de. connaître le jugement porté par le philosophe allemand sur le christianisme, qui est leur
base ou au moins leur drapeau à tous, et la manière dont leurs divers points de vue sont pris à partie.
Mais il est un autre genre d'intérêt qui s'attache à ces pages, et nous ne pouvons mieux en donner l'idée qu'en nous servant des paroles que leur lecture a inspirées à un théologien français.
< Il se passe en Allemagne des choses fort graves, dit M. Maurice Vernes. Depuis que le coup de foudre de Sadowa a brusquement donné la puis* sance au représentant le plus autorisé des races germaniques, il s'est produit dans les esprits une fermentation extraordinaire. Après quelques années de tâtonnement, le nouvel empire semble enfin prendre une conscience plus plaire du but qu'il prétend dé* sonnais poursuivre } ce but, c'est l'anéantissement du catholicisme. Gardons-nous de vouloir rapetisser le conflit dans lequel le gouvernement prussien s'en? gage de plus en plus avec l'épiscopat ; ce n'est point une question de personnes, c'est une question de principes. Croit-on, que de» hommes aussi éminents que David Strauss ou Hartmann soient de simples flatteurs du prince de Bismark? Ne reconnaitra-t-on pas plutôt que ce dernier est l'organe et L'instrument d'un mouvement d'idées qui gagne chaque jour en
impétuosité et en profondeur? Certes, c'est un spectacle étrange que de voir le petsimkme lever, lui aussi, sa bannière contre l'Eglise catholique et réclamer son extermination; à ce titre, l'opuscule par lequel M. de Hartmann vient d'entrer dans la mêlée est l'un des symptômes les plus remarquables de la fièvre anti-papi$te qui s'est emparée de l' Allemagne protestante.
a ... Nous avons un intérêt essentiel à connaître l'Allemagne et à nous rendre compte des grands courants qui la mènent. Si, sur les ruines du christianisme positif et du protestantisme libéral, l'auteur de la Vie de Jésus, esprit froid, sarcastique, vieux routier, auquel l'odeu? de la poudre ne pourrait ôter le sang-froid, a dressé avec une sorte de ferveur mystique la statue de l'Etat prussien anticatholique; si le disciple de Schopenhauer, arriérer sectateur de Bouddha, railleur impitoyable et mordant, vient apporter à la même cause les trésors d'une intelligence ardente et résolue ; si le vieillard et le jeune homme s'acpordent dans une piême pepsée et dans, une même volonté, ce n'est point l'effet du hasard, c'est l'effet d'une grande idée qui fait battre les cœurs de l'autre côté du Rhin. Or, croire est une grande force;
4 PRÉFACÉ DU TRADUCTEUR
le mouvement qui agite l'Allemagne et qu'elle aspire à propager est sans doute le plus important que l'Europe ait vu depuis 1789 *. »
Les ripostes n'ont pas tardé à suivre l'attaque. Le prince-archevêque de Vienne, cardinal de Rauscher, dans un discours prononcé le 25 septembre 1874 à la clôture des exercices spirituels de son clergé 2 , dénonça le philosophe berlinois comme l'âme du parti de l'impiété 3 .
Le baron de Ketteler, évoque de Mayence, honora la publication d'une analyse en forme dans son écrit « Der Culturkampf gegen die catholische Kirche und die neuen Kirchengesetze fur Hessen 4 . » (La lutte de la culture contre l'Église catholique et les nouvelles lois ecclésiastiques dans la Hesse.)
L'éminent publiciste de la Suisse catholique, docteur A.-Ph. de Segesser, dans sa brochure « Studien und Glossen vur Tagesgeschichte 5 » (Études et
1. Article intitulé : « La religion de l'avenir, M. Edouard de Hartmann », dans la Revue politique et littéraire, numéro du 20 mars 1875.