III. — LA CROYANCE POPULAIRE ET LA rHÉOLOGIE
Une vueplus profonde et plus réelle, parce qu'elle représente une loi commune à toutes les religions, est celle qui distingue entre la croyance populaire et la Lhéologie. Ed. Meyerel Masperoonl plus particulièrement attiré l'attention sur ce point. A côté de la foi du peuple, l'Egypte a eu <\r> écoles théologiques ; et ces deux manifestations de la vie religieuse ont eu, sur la terre des Pharaons, ces rapports invariables qu'on constate dans les autres pays. La foi po£ulaire,A servi de base aux systèmes Idéologiques ; elle a fourni les matériaux qui ont servi à la construction de L'édifice. Il est dès lora visible que la foi populaire a précédé les constructions théologiques; d'où il suil que l'étude historique et psychologique de la religion égyptienne doit commencer par la croyance du peuple el bc terminer par les spéculations de la théologie. Tielo
a sans doute exagéré en soutenant que toute la doctrine religieuse trouve son explication dans les cultes locaux, qui sont l'expression la plus authentique de la foi populaire; car si la théologie n'avait développé et complété les données justes de la religion populaire, elle aurait été inutile et stérile ; il n'en est pas moins vrai que la foi populaire fournit, dans une large mesure, l'explication des théories théologiques, et nous aide à en comprendre la genèse, les caractères et les lois.
La tradition grecque a accrédité pendant longtemps une légende. Les temples égyptiens auraient été les sanctuaires d'une science occulte, dont les prêtres auraient eu le monopole et qu'ils se seraient bien gardés de communiquer aux profanes. Cette science mystérieuse aurait formé la plus grande partie de la théologie. Bref, l'Egypte aurait connu une doctrine ésotérique et une doctrine exotérique. Cette opinion ne repose sur aucune base historique. Il est vrai que certains documents, notamment ceux qui concernent la magie, contiennent des formules mystérieuses et énigmatiques ; mais ces formules étaient à la portée de tout le monde ; et les prêtres ne les comprenaient probablement pas mieux que le commun des mortels. Il n'y avait pas en Egypte de livres cachés et scellés, que les prêtres seuls pussent lire et consulter ; tous les monuments littéraires étaient accessibles à tout le monde ; chacun pouvait les lire. Ce qui a véritablement donné naissance à la légende, ce sont d'un côté les inscrip-
Cil. III. — NATURE DE LA UELIGION ÉGYPTIENNE 9Î
tions, qui ornaient les temples, et de l'autre le mysticisme des prêtres d'IIéliopolis. Les Grecs durent conclure que ces inscriptions, puisqu'elles
ornaient les temples, étaient sacrées et réservées aux prêtres. Mais c'était l'habitude des Égyptiens de graver des inscriptions sur les parois des lemples. Ils écrivaient sur ces murailles, comme les Babyloniens écrivaient sur les briques. Quant au mysticisme héliopolitain, c'est, non une science sacrée, mais une spéculation des collèges sacerdotaux. L'Egypte n'a jamais possédé une doctrine ésotérique. A vrai dire, la croyance populaire el la théologie ne sont pas deux étages, dont l'un est superposé à l'autre, mais forment une ligne continue, où il serait malaisé d'indiquer le point de jointure.
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