LA SCENE EST A PARIS
MADAME DUFOUK, dans une bergère, M. DUFOUR, dans un fauteuil.
M A 1) A ME D U F O li K , les yeux baignés de larmes.
Mon Dieu, mon Dieu! que je suis donc malheureuse! Non, ce n'était pas assez du chagrin que j'ai de me séparer de ma fille, faut encore que j'aie sur les épaules un monstre d'homme qui ne me laisse pas une seconde de tranquillité, pas une seconde.
M. DUFOUR
Bon! voilà (jue je ne te laisse pas tranquille, à présent !
246 LE M Mil Mil .
MADAME ni'KOUR.
Si je l'étais, je ne me plaindrais pas, je n'ai pas pour habitude de me plaindre quand je n'en ai pas
sujet.
M. DU FOI lî
Qu'as- tu donc tant à me reprocher, qu'ai-je donc fait? je ne dis rien.
U \ d \ m i: ni POl R.
Vous appelez ne rien dire, gémir comme vous gémissez : on dirait un bœuf; et ça pourquoi ? parce que vot'habit n'est pas arrivé! Est-ce ma faute? toujours vous vous y prenez au dernier moment; voilà deux mois que je vous corne aux oreilles : Mais allez donc commander vot'habit. — J'ai bel) le temps, que toujours vous m'avez répondu; aujourd'hui vous vous désolez : vous n'avez que ce que vous méritez.
M. IIU FOLK.
Je voudrais bien savoir si tu serais ben contente et ben aise d'aller marier ta fille sans être habillée.
MAI) ami: DIFOIR.
Vous dites des sottises, vous êtes bien certain
LE MARI AGK. 247
de ne pas y aller tout nu, c'est pas ça qui m'inquiète ; si ne s'agissait que de ça, je serais bien tranquille.
M. DUFOUR
De quoi s'agit-il, peut-on le savoir?
MADAME DUFOUR
Du bonheur de ma fille, de ma fille à moi...
M. DUFOUR
Merci !
MADAME DUFOUR
Tenez, je ne vous le cache pas, je voudrais mourir.
M. DUFOUR
Le moment serait bien choisi.
MADAME DUFOUR
Depuis quinze jours, je n'exagère pas, je suis la plus a plaindre des épouses et des mères.
M. DUFOUR
Je ne vois déjà pas que ce soit pour une mère un si grand malheur d'établir ses enfants.
MADAME DUI'OUR
Je crois bien, vous ne voyez jamais rien.
M. DTJFOUR.
Que diable ! après tout, si ta fille se marie, c'est bien parce que tu l'as voulu; on ne t'a pas mis le couteau sur la gorge.
MADAME lil'KOUR.
Je ne l'aurais pas souffert. Mais ne semblerait-il pas, à vous entendre, qu'il n'y a, dans la maison, d'autre volonté que la mienne, dirait-on pas que c'est moi qui porte les culottes?
M. DUFOUR
Ma foi...
MADAME UUFOUK.
Tenez, parlons d'autre chose, si vous ne voulez pas me voir sortir de mes gonds. — N'avez-vous donc rien à faire aujourd'hui? — Comptez-vous rester toute la journée planté sur vot' fauteuil, à attendre votre habit?
m. in roi it.
Je ne sais en vérité pas par où commencer.
MADAME DU FOUR
Moi non plus.
M. DU FOUR
Si j'allais...
MADAME DU FOUR
Où?
M. DU FOUR
Chez ce tailleur?
MADAME DU FOUR
Allez-y si vous voulez, que voulez-vous que je vous dise?
M. DU FOUR
Crois- tu qu'il serait convenable que j'y allasse?... Félicie!
MADAME DU FOUR
Eh ben ?
M. DU FUIR
Tu ne nie réponds pas.
MADAME DU FOUR
Que voulez-vous que je vous réponde? passez-y, n'y passez pas, ça m'est parfaitement indillérent.
M. DU FOUR
Ça ne te contrarie pas? ( u se i*tb d< son fauteuil
M \ D A ME DU FOUR
Non.
M. it I FOUR.
Bien vrai?
MADAME DU FOUR
Nous en voilà jusqu'à demain.
M. DU FOUR
J y Vas, iMineiie^ l \ VaS. il! gagne doucement la pcTtp après avoir contemple1 un moment la figure refrognée dp >a compagne.
MADAME DUFOUR, seule
Et l'on veut qu'une mère ne soit pas inquiète lorsque sa fille est exposée à rencontrer un être comme monsieur son père; un homme qui, de sa vie, n'a une idée à lui, un hurluberlu, un brouillon qui n'a pas plus de tête qu'une linotte. Mon Dieu, mon Dieu! que les femmes sont donc à plaindre! Qu'elles sont donc à plaindre!
MADAME DUFOUR. LA BONNE, un plateau à i. , ...
F. A BONNE
Vlà vot'café.
MADAME DUKOUR.
Rien obligée.
LA 110 N N E
A quelle heure donc que vous vous êtes levés?
MADAME DUFOUR
Demande-moi plutôt quand nous nous sommes couchés.