BRI D AULT
Pauv' chatte! Elle fait ce qu'elle peut.
A ça près qu'a peut pu maigrir; mais vous, avec le régime qu'on vous fait suivre, vous allez t'être fondu, qu'on sera pas fichu à" vous reconnaître. — Eh ben ?
BRIDAULT.
Ça commence à bien faire. — Dis donc?
De quoi ?
BRIDAULT»
Elle ne t'a rien dit, ce malin?
DÉSIRÉE
Si, toujours sa rengaine, qui fallait faire un retour sus moi-même, tâcher de devenir meilleure.
llltl lt.\ u II.
Que lui as-tu répondu ?
DÉSIR ÉE
Que j' verrais, si ça y réussissait; mais comme j'y ai dit, j'crains ben qu'aile en soye pour ses frais.
isrtl DAULT.
Nous n'en savons rien encore.
DÉSIRÉE
Tant qu'à vous, vous êtes aussi bon tout comme auparavant, j'vous l'ai déjà dit, vous n'avez qu'un tort.
Lequel?
DÉSIRÉE
D'vous laisser mener par le bout du nez.
BRI DAULT.
Il y a si longtemps...
DÉSIRÉE
Quand ça n'serait que pour faire taire les langues.
Bill DAULT.
Il y a beau jour que les langues ne me font plus rien.
DÉSIRÉE
Soyez donc pas sans cœur comme ça. — V \<wis uni?
17 i LA PENITENCE.
BRIDAULT.
Dieu merci! — Ces confitures m'ont fait du bien. — Désirée?
DÉSIRÉE
Eh ben ?
HUl l) A ULT.
Tu n'en diras rien?
DÉSIRÉE
Parbleu !
KR1 UAL'LT.
\ tantôt.
DKSIRÉE.
N'a revoir.
DÉSIRÉE, seule.
bit c'est un homme, un homme de c't' âge-là, qui
l'ait des bêtises pareilles! Et c;a mange du pain!
DÉSIRÉE, MADAME BRIDAULT.
MADAME BRIDAULT, de la pièce voisine.
Désirée !
DÉSIRÉE
Oui!
MADAME BRIDAULT, entrant
Qu'avez-vous fait de mon mari?
DÉSIRÉK.
Me l'avez-vous donné à garder?
Je ne vois pas pourquoi, mademoiselle, étant convenable et polie comme je la suis, vous ne seriez pas la même chose.
DÉSI RÉE.
Y a pas de malhonnêteté là-dedans.
MADAME BKIDAULT.
Pardon nez -moi, vous pourriez me répondre tout autrement que vous ne le faites. Au surplus, si je n'obtiens pas un résultat aussi satisfaisant
que je le désire de ma pénitence, ce sera uniquement à vous que j'en serai redevable.
DÉSIR É E
Moi !
M \ DAM \: BRI DAULT.
A qui donc, si ce n'est à vous? — Ce n'est certes pas à mon mari, qui depuis huit jours ne m'a pas dit un mot. Il est admirable, on dirait un homme empaillé ; je le trouve sublime.
uÉsnt i: i .
Et moi donc !
MA H A. M i: IHll l> A IL T.
Pas de persiflage, je vous en prie, je ne les aime pas. Dites-moi?
DÉSIRÉE
Après ?
J'avais cru devoir ne pas manger ce matin.
DÉSIR i: E.
Vlà qu'vous voulez manger?
MADAME BRIDAULT.
J'éprouve le besoin de prendre quelque chose, j'ai mon estomac sur les talons.
DESIREE
Que voulez-vous que je vous lasse?
MADAME BRIDAULT.
La première chose venue, ce que vous voudrez. Vous avez du café?
DÉSIRÉE
Jamais; si vous voulez, j'en vas faire.
MADAME BRIDAULT.
Ce n'est pas la peine. — Avez-vous encore des confitures?
DÉSIRÉE
Non, madame.
Comment, non?
DÉSIRÉE
Non. madame.
M AL) A M i: Itli I t> A DLT.
Et ce pot que j'ai entamé hier, qu est-il devenu? qu'en avez-vous fait?
(l'est pas moi.
M A D A M i: B BIDAULT.
Moi non plus. — Mais quel trait de lumière ! serait-ce monsieur, par hasard ?
DÉSIRÉE
J'en sais rien.
MADAME BR1DAULT.
aurait-il mangé mes confitures?
:> KSI BÉE.
Je ne vous dirai pas.
M AD A M i: BRIDAIÏLT.
Par ma foi, j'étais bien bonne
d i;>ib i: E.
S'il avait l'ai m !
M \ Il \ M E l'.RIDAULT.
Moi aussi, j'avais faim et je suis une femme. — il faut qu'il soit bien personnel, bien lâche, bien égoïste! — Il mangeait! — Quand c'était pour lui, pour lui seul au monde, que je combattais, que je cherchais à me rendre meilleure, plus cligne de lui, en un mot.
DESIREE
C'était ben la peine.
MADAME BRIDAULT.
Monsieur mangeait! Décidément j'en ai trop fait, je n'en ferai plus de sacrifices, c'est de la duperie. Qu'y ai-je gagné, en définitive, je vous le demande?
J'en sais rien.
MADAME BRIDAULT.
J'ai toujours été trop bonne. — Ne ricanez pas.
Moi ?