SET COMME DIEU MALIN
Pendant le règne de la vingtième dynastie, une persécution religieuse générale fut ordonnée contre le culte de Set et le dieu guerrier tant exalté jadis, fut détrôné, son nom et son image effacé ou mutilé sur les monuments , partout oii il n'échappait aux recherches avides. Sous
la XXIine dynastie son culte à disparu et quoiqu' avec la» XXII™e dynastie une nouvelle succession de rois , originaire de Tanis , monte sur le trône de l'Egypte , Tancien dieu de Tanis continue à être méprisé.
Les prêtres prirent part à cette extermination et comme nous l'avons déjà observé, ce n^'est qn' avec grande peine que l'on peut découvrir quelque vestige du culte de Set comme bon dieu.
Il y en a d'avantage de Set en sa qualité de dieu malin. On a poussé la haine jusqu'au point de bannir son nom hors du monde, en même temps que l'on détruisit son image, que Ton remplaça par une autre divinité. Commençons encore à examiner les papyrus et en premier lieu les rituels. Nous le rencontrons dans le premier chapitre, combattant contre le dieu Horus. Pour expliquer ce passage il faut que nous citions le mythe en son entier , tel qu'il a été conservé par Plutarque et auquel les papyrus font allusion à chaque instant.
Plutarque nous la communique dans son étude sur Isis et Osiris de cette manière : ^ Osiris le soleil et Isis la lune qui avec Thoth sont les trois dieux principaux des Egyptiens, condescendirent à quitter le ciel afin de favoriser la terre de leurs bontés. Isis inventa le blé et Osiris les outils de labourage. Il attela le premier le taureau à la charrue et pourvut les hommes de iiruits de toute espèce, outre cela il leur donnait des lois qui réglaient le culte et la \de sociale. Après avoir comblé de ses faveurs la vallée du Nil , il part pour faire participer les autres pays à ses bienfaits. Il vainquit avec une armée immense tous les peuples , non par la force des armes mais par la musique et des paroles. Son frère méchant fut Typhon
qui portait aussi le nom de Set , poussé par jalousie et par haine il s'empara , pendant l'absence de son frère, du trône de l'Egypte et conçut l'intention d'assassiner son frère, lorqii' Isis fit échouer ses desseins. Après le retour de celui-ci il trouva moyen de l'enfermer dans une caisse qu'il jetta en mer oii périt Osiiis. En apprenant ce crime Isis se mit à lamenter et à se désoler, cherchant partout afin de trouver la caisse avec le défrmt. Pour venir à bout de cela elle choisit pour son aide Ânubis, fils d'Osiris et de sa soeur Nephthys, qui fat pendant quelque temps l'épouse de Typhon. Anubis possédait les qualités du limier. Us cherchèrent en vain pendant longtemps, car la caisse était arrivée à Byblos en Phénicie où le bois prenant racine était devenu un grand arbre, à cause de la force énorme qui s'exhalait du dieu qui se trouvait dedans. Cet ai-bre fut bientôt abattu et avec le cadavre qu'il renfermait, placé en guise de colonne dans le palais du roi de la Phénicie. Tout cela est rapporté à Isis .par Anubis. Isis va se mettre après cela dans l'attitude d'une femme désolée devant les murs de Byblos et se laisse engager comme nourrice par les servantes de la reine, qui venait d'accoucher d'un fils. Au lieu d'aUaiter l'enfant, elle lui met le doigt dans la bouche et le pose la nuit sur le feu, afin de le purifier des taches de la terre, La reine qui vit cela avec terreur, commença à crier de toutes ses forces , sur quoi Isis apparaît comme deésse dans un orage, touche de sa main la colonne, de manière que la caisse et le cadavre en sortent. Elle s'en empare et les cache dans l'endroit le plus épais de la forêt. Typhon se trouvait par hasard à la chasse et découvre le corps, qu'il coupe en quatorze morceaux qu'il jette autour de soi.
Isis en retrouve treize , qu'elle range ensemble de manière à en faire un corps entier et ajoute à la place de ce qui y manque, du bois de sj-comore. Le défunt Osiris apparait ensuite à son lils qu'il excite à la vengeance contre Typhon. Ce fils réunit ses fidèles et triomphe de Typhon qu'il fait prisonnier. Cej)endant Isis , par compassion pour Typhon le délivre, après quoi il s'enfuit avec ses compagnons dans le désert.
Après cela Horus prend possession du trône de son père et devient le dernier des dieux qui ont régné sur les mortels. Sur ces entrefaites Osiris est devenu roi et chef des régions inférieures (de Thadès).
C'est à ces légendes que Ton fait allusion chaque fois et dans le premier chapitre du Rituel nous les trouvons déjà cités. Le défunt y est représenté comme paraissant devant le siège de justice d^Osiris où sa vie et ses oeuvres seront soumises à un jugement équitable. Il faut qu'il plaide lui même sa cause et afin de disposer Osiris favorablement à son égard , il se compare à Horus qui , sollicité par son père , combattit Typhon ou Set. Le titre du premier livre chapitre 1 — 15 est conçu en ces termes : «Commencement des chapitres de la manifestation au jour de la résurrection des mânes (ceux qui sont devenus esprits après la mort) dans Ker-neter (ou la demeure inférieure, c'est le nom le plus ordinaire du séjour des morts). On le dit (ou lit) le jour de l'ensevelissement. Que le défunt N. N. justifié , avance dans la manifestation au jour." - Lorsque le défunt était justifié et qu'il avait subi toutes les épreuves dans le séjour de la purification, il se levait avec le soleil dans l'orient et faisait part , comme âme bienheureuse , du nombre de ceux qui
accompagnaient la barque du dieu Ea, le soleil. Maintenant l'âme est arrivé devant le trône du juge et dans le chapitre I. 5 elle s'adresse à Osiris en s'écriant. „J'étais avec les deux épouses d'Osiris (Isis et Nephthys) quand elles fesaient son deuil (cherchant son corps) dans la région des nids, j'ai justifié Osiris de ses ennemis; j'étais avec Horus , en ce jour où. l'on investit les fortifications , pour ouvrir le lieu du rassemblement , qui était le siège de ceux qui comprimaient le coeur divin, renversant ceux qui ont été vaincus à la porte du canal. Je servais Horus dans la région de la porte du canal."
La légende qui suit nous apprend que le jour du combat, dont il sortit victorieux , Horus n'était pas très rassuré en présence d'un adversaire aussi redoutable que le meurtrier de son père; la frayeur le paralysait et ce fut Thoth qui ranima son courage. Dans le chapitre 17 ^ on cite le combat d'Horus contre Set en termes un peu équivoques. Ailleurs * la prière suivante est adressée à Osiris : „Sauvez le défunt du dieu qui s'empare des âmes, qui dévore les coeurs (dans lesquels se trouvait le principe d'une vie nouvelle). Sauvez le de celui qui se répaît de cadavres , qui terrifie les faibles. — Voici l'explication de ce vers. — Cest Set, autrement l'exécuteur (ou Timmolateur du taureau ou du boeuf,) autrement c'est Horus, fils de Seb." — „I1 s'agit ici comme toujours, ajoute M. de Eougé, du sort de l'homme après la mort. Le dieu suprême dans ses diverses formes est invoqué contre les terribles effets du jugement. La glosse varie toujours sur l'exécuteur, dont le pouvoir repose tantôt entre les mains d'Horus , tantôt entre les mains de Set et de ses démons."
De même nous trouvons Set rangé , tantôt parmi les dieux principaux , ' Seb , (Saturne) Osiris , Suti ou Set , tantôt son nom est supprimé. ® H reçoit plusieurs surnoms qui tous ont une signification mauvaise: Baba/ le Bebon de Plutarque, un prénom de Set dont nous lisons : — „Ali seigneur de la grande demeure , roi suprême des dieux , sauves le défunt de ce dieu .... qui se repaît des maudits et (Sauves le) de l'esprit du bassin de feu qui dévore les multitudes .... voici l'explication ; Celui qui dévore les multitudes est son nom .... Le bassin de feu est dans Anrutew quiconque y arrive (impur) sera immolé. Autrement dit ... . Baba est son nom, c'est celui qui défend ce repli de l'Amenti (la région inférieure)." — .A un autre endroit il est appelé; ^ „Celui qui pousse les impies à la demeure du billot pour détruire leurs âmes." L'explication c'est (Smy? ou) Smu l'annihilateur d'Osiris, (un der prénoms connus à Plutarque)." Souvent il porte le nom d'Apap , celui qui dévore les ûmes.^ La chapitre 7 est tout à fait consacré à celui-ci, de même le chapitre 39. Le titre du septième est conçu en ces termes : ^Chapitre pour traverser les régions d'Apap qui sont vides:" Apap signifie le gigantesque et c'est aussi le nom du grand serpent ennemi du soleil. Le chapitre 149 cite quatorze endroits différents ou se trouvent des dieux ou des démons Typhoniques qui refusent le passage aux âmes et leur donnent la liberté quand elles ont subi l'épreuve; plus tard nous reviendrons sur ce chapitre et sur les vignettes. Jusqu'ici le papyrus funéraire; nous y voyons exprimé la preuve non équivoque, de la terreur qu' inspirait Set le malin esprit.
En ouvrant les autres documents et en premier lieu le papyrus Harris , nous lisons les conjurations suivantes: *" „Arrête toi crocodile fils de Set. Moi je suis Anhur seigneur du glaive. Permez Jes bouches " comme est scellée la demeure du glaive à jamais . . . . , comme est scellé le fil du glaive d^Anata et d'Astarté, les déesses grandes qui conçoivent, non enfantent, elles sont scellées par les dieux, elles ont été créées par Set." Les déesses Phéniciennes, sont regardées ici comme des esprits malins et comme tels les filles de Set, l'esprit malin par excellence. Plus loin, nous lisons : i^ „ Arrière toi Mako crocodile fils de Set , ou , " „0h arrête toi crocodile Mako fils de Set , protège moi Ammon, fécondateur de sa mère.'^ Lorsqu' enfin le crocodile conjuré, le terrible fils de Set apparaît, nou^ lisons ** „Mako fils de Set vient , il l'ouvre*' et soudain Osiris se change en singe, expédient par lequel il est en état d'échapper à Fanimal terrible. Ici les conjurations se terminent avec cette exhortation : ,,Remplis le rôle de Horus en cela et de Set pour épouvanter." D'autres papyrus magiques de la même espèce font aussi mention de Set ou Sutech , comme d'un malin esprit. Il y en a deux au Louvre dont on trouve la traduction dans l'édition du papyrus Harris par M . Chabas. L'un présente an revers le nom de la déesse Selk, la déesse scorpion et le contenu suivant:" ,,Soutekh, aspic, reptile, méchant , qui vient pour t'emparer de la lumière^* etc. L'autre a sur le revers le nom de Bascht, deésse à la tête de lion et contient : „Soutekh , auteur des fléaux , aspic mortel . . . arrière toi Set , aspic mortel , reptile . . . tu ne verras plus le grand dieu , etc./' Ici Set est regardé tout à fait comme esprit malin et la question se
loa
présente maintenant, de quelle époque date ce papyrus. D'après le stjle des hiéroglyphes ce serait , selon M. Chabas* du temps de Eamses III et au plus tard , de Eamses IX , ce qui nous ramène à la vingtième dynastie et bien au commencement du régne des Eamessides.
Pas la moindre bonne qualité n'est plus citée de Set dans ce document. Il y a encore d'autres sources qui peuvent nous servir pour nos recherches ; ce sont les documents qui contiennent le calendrier Egyptien. Nous en possédons un tel, des jours heureux et néfastes, dans le papyrus no 346 du musée de Leyde. M. Leemans en à donné une magnifique édition et M. Brugsch quelques explications. ^*
En Egypte l'année fut généralement divisée en douze mois de trente jours et on y ajouta à la fin de l'an cinq épagomènes ou jours supplémentaires. Ces cinq jours furent considérés comme les jours d'anniversaire de plusieurs dieux. Le titre du papjrrus est pour cette raison :
„Livre des cinq jours qui restent de Tannée." Les jours qui furent marqués avec le signe du combat, furent envisagés comme des jours de calamité. Selon le papyrus n» 346 il se divisent ainsi :
l"Jour (combat) ce jour est le jour de naissance d'Osiris. 2"' jour est le jour de naissance de Ha-uer.
3"'" jour (combat) est le jour de naissance de Seti.
4"" jour est le jour de naissance d'Isis.
5"" jour (combat) est le jour de naissance de JSTephthys.
Après l'énumeration de ces jours suivent les invocations qui doivent avoir lieu journellement. Ces invocations commencent avec le surnom ordinaire d'Osiris : „0h Osiris, époux d'Amenti" (l'hadès). Les jours marquées au
signe du combat furent les jours néfastes et parmi ceuxlà le jour de naissance de Set était considéré comme excessivement malheureux. C'était uue fatalité que de naître ce jour-là. Plutarque dit en parlant de la troisième des épagomènes : „I1 fut pour les rois un jour de mauvaise augure, ce jour-là on s'abstenait de toute occupation jusqu'à minuit/' Ce papyrus donne avec beaucoup de justesse les épagomènes qui furent connus déjà par les monuments. ChampoUion découvrit à Turin un fragment de papyrus où ils sont inscrits, toutefois sans les noms des dieux. M. Lepsius trouva à Esneh un monument du temps de Claudius , remarquable à cause que le nom de Set y manque et est omis avec préméditation. Nous les rencontrons encore une fois sur un monument du temps de la douzième dynastie mais, soit que le nom de Set ne fut pas encore employé dans ce sens, soit pour un autre motif , il n'y figure point. Ce sont seulement les noms d'Osiris , de Horus , d'Isis et de Nepbthys. ^"^ Un dernier papyrus, traitant le même sujet, est le papyrus Sallier lY que M. de Eougé à expliqué pour une partie, dans la Eevue Archéologique. ^^ Déjà M. Birch, dans la description des papyrus du Britisb- Museum, avait annoncé que ce calendrier renfermait des indications sur les actions que Ton pourrait faire à certains jours de Tannée et les divinités auxquelles ces jours étaient consacrés. Les premiers jours de Thoth et les trois derniers mois presqu entiers, manquent à ce calendrier. Le papyrus de Leyde mentionné ci-dessus peut suppléer aux épagomènes. Parmi les documents divers qui ont été écrits au verso , on distingue un protocole au nom de Eamses II. Cette date peut être regardée comme
pouvant fixer approximativement l'époque à laquelle il à été rédigé. On ny rencontre pas les fêtes d'Ammon et de Maut (dieux de la haute-Egypte) ce qui fait penser, qu'il pourait avoir été rédigé, dans quelque temple de la basse-Egypte. — Trois signes sont employés pour noter les qualités des jours: 1' bon, beureux, 2" combat, funeste, 3" S tare, mauvais. Quand le jour est noté par trois caractères semblables, il est entièrement heureux ou funeste ; le mélange des signes rend le jour seul néfaste et la nuit heureuse ou le jour heureux et la nuit néfaste. Le mythe d'Osiris et de Typhon ou Set parait dominer tout le reste dans ce calendrier. Yoici d'abord quelques unes des prescriptions pour les principaux jours funestes; je me bornerai à ces jours oii l'on trouve le mythe connu.
„Le 24 Pharmouti, Si l'on s'avisait de prononcer le nom de Set en plaisantant, on devait avoir pour toujours du trouble dans sa maison." M. de Eougé ajoute, ce qui donne un grand intérêt à l'énoncé de ces superstitions c'est que le motif de la prohibition est quelque fois expliqué .... Ainsi :
Le 12 Choaik : „0n ne doit pas sortir, c'est le jour oii se passe la mystérieuse transformation d'Osiris en l'oiseau nommé Tennou (afin d'échapper à Set.'')
Le 14 Toby. „0n ne doit pas écouter les chants voluptueux, parceque dans cejourlsis et Nephthys pleurent leui" frère Osiris."
Le 20 du même mois : „Barisis (ou Bal-isis) enlève la lumière du monde et il y a des ténèbres, on ne doit pas sortir jusqu'au coucher du soleil." Je ne sais, dit M. de Eougé, s'il y a là le souvenir de quelque grande
éclipse de soleil ou de ténèbres passagères, prodiiites par le simoum cliargé des sables du désert.
Au 3' MecMr. „Ori ne devait pas voyager, parce que c'était le jour d'une des expéditions de Set."
Le 29 „Set avait été dans toute sa violence , il ne fallait rien regarder jusc|u' au coucber du soleil."
Ces jours-là étaient malheureux. D'autres se rappoiient aux incidents heureux de la guerre contre Set. On trouve une panégyrie au premier jour de chaque mois, comme on pouvait s'y attendre , d'après les listes de fêtes sculptés sur les tombeaux. Les autres panégyries sont placées ainsi : au 2"" Paophi; au lé"" Paophi, jour du coui'onnement d'Hôrusj au IQ"" du même mois, fête d'Osiris à Abydos ; au l?"", jour d'offrandes aux dieux; au Q"" Athor, panég3Tie du fils d'Isis dans toute l'Egypte; au 16"" les grands personnages arrivent à Abydos , pour se joindre à Isis et à Néphthys qui pleurent leur frère Osiris; le 9 de Clioiak était le jour oii Thoth avait combattu Set avec avantage; c'est sans doute le même combat dont Thotb se vante dans le premier chapitre du rituel funéraire ; le 14""" Toby , Isis et Nephthys recommencent à pleurer leur frère dans Abydos et Tatou; le 16™" Méchir , Horus avait défait Set et son armée, ainsi ce jour était heureux; le 9"''Pachons était encore le jour d'une des victoires d' Horus.
On voit que le m}i;he de cette grande guerre divine , occupait à lui seul presque tout le fond de ce calendrier. L'incident le plus grave parait avoir été rapporté au 24""* Thoth. Le texte donne des détails assez étendus sur un grand combat que Set y soutint contre Horus. Il paraît que ce dieu n'eut pas le dessus, car ce jour est noté comme un des plus funestes; „les deux dieux se préci-
pitèrent l'im sur l'autre et le combat dura trois jours et trois uuits. Dans ce texte, mallieureusement mutilé et fort difficile à comprendre , il semble qu' Isis intervient entre l'oncle et le neveu et que Typbon finit par frapper à la tête la déesse elle même ; aussi devait on en ce jour faire des offrandes à Isis et au dieu Tllpth, que les traditions représentent comme le fidèle ministre d'Horus."
Yoilà le rapport de M. de Rongé au sujet de ce papyrus. Nous y apprenons qu'avant la vingtième dynastie et notamment dans la dixneuvième , Set fut considéré comme dieu malin et il est plus que probable que le mythe d'Osiris et de Typhon date d'une époque très reculée. Toutefois son culte fut en honneur du temps de la dixnenvième dynastie et à la question, quels furent les motifs de ce culte? je crois qu'il n^y a que cette réponse à donner: On adorait en lui 1° la sagacité, 2° la force, 3° le courage , 4° la vigilance , toutes vertus d'un héros. On regardait ainsi Set comme le dieu en qui étaient réunies toutes ces vertus, en d'antres termes, l'on adorait en lui le dieu de la guerre. Lorsqu'on disait, en parlant de Ramses , que Set était dans tous ses membres où que Set l'emportait, cela signifie que la force et le courage comme Set les possédait l'inspirèrent. Dans ce même sens le papyrus Harris engage d'être vigilant comme Set, de même nous devons expliquer l'inscription d'Abou Simbel où le roi reçoit une vigilance comme celle de ce dieu. Cependant quand les Hyksôs Asiatiques, comme nous l'avons vu plus haut, le choisirent comme leur dieu unique , qu'ils révérèrent d'une manière tout à fait opposée à celle du culte Égyptien et même hostile à celui-ci , il commençait à baisser dans l'estime du roi et du
peuple et bientôt on ne put plus souffrir même son image.
Ce dédain allait en s'augmentant , il fut négligé et confondu avec d'autres dieux. Dans le chapitre 42, 8 '* du rituel funéraire nous lisons parmi les dieux du premier rang le nom de Set en ces termes: „Set autrement dit Thoth."
Il y est confondu avec Thoth et à un autre endroit avec Horus. A Ibsamboul , '"' nous lisons : „Nons vous donnons la double vigilance de Horus et de Horus ou des deux Horus. En comparant cette inscription avec celle qui lui est conforme à Medinet-Aboii ** nous lisons cette dernière en ses termes : Nous vous donnons la double vigilance de Horus et de Set les resplendissants (on de Horus-noub et de Set-noub). Même nous trouvons Set combiné avec Horus et sou culte est seulement indiqué encore par sa tête que Ton voit apparaître deriière Féparde de ce dieu. ^^
Puis Set s'efface tout à fait. Sur un des tombeaux , celui de Séthos, le nom de Set est remplacé par celui d'Osiris. ^^ Sur le sarcophage de la reine Anches-en-E,anefi*uhet, dans le British-Museum et sur ceux du temps des Ptolemées, ce nom a été omis et remplacé par Horus ou Thoth. ^*
L'usurpation changea bientôt en persécution, dont nous avons les preuves dans le fait que sur les monuments les figures de Set, sont mutilées à dessein. Parfois on trouve encore une partie de son nom qui a échappée à ce vandalisme, de manière que Fon peut reconstruire le sens primitif. Ceci se trouve aussi sur les bas-reliefs. ^* A partir de cette époque Set devient le dieux des tribus ennemies , non seulement des Chets, comme nous Favons vu, mais aussi des nègres. Il est, par conséquent, question d'un
Set des nègres ^* , représenté sous la forme d'un corbeau avec des oreilles pointues.
Plus tard encore ce dieu est représenté sous la forme d'un âne , comme dans l'inscription au temple d'Apet à Karnak , où on le voit enchainé devant Ptolemée Euergetes II. Horus qui le tient par les oreilles lui donne des coups. La même représentation se trouve sur la porte du nord de Karnak , où Euergetes est occupé à la même besogne.^"' Set perdit sans retour le nom de dieu bon ou grand, ou vigilant, ou glorieux et les Grecs ne le connaissent que sous le nom de Typhon, le dieu malin Phénicien. Nous nous conformons donc à Fopinion de M. Devéria, lorsqu'il se prononce ainsi: „I1 se peut en effet, que ces changements religieux, n'aient pas eu d'antres causes que des revirements politiques ," à quoi M. Lepsius ajoute encore: „Set devint le dieu des étrangers, lorsque ceux-ci prirent une contenance hostile , la divinité qu'ils adorèrent fut l'objet de haine."
Le Set de l'antique empire , qui fut probablement , quant à son origine, un dieu d'Ombos, fut transformé en dieu de la guerre en Egypte et confondu avec les dieux des Hyksôs Asiatiques, lesquels l'adorèrent dans un culte qui fut hostile aux Égyptiens, ce qui lit que ce dieu suprême, devint peu à peu un scandale pour la nation Égyptienne. Peut on fixer avec certitude le départ définitif des pasteurs à l'époque où régnait Menephtah H, le culte de Set aurait touché à sa fin vers le commencement de la vingtième dynastie.
ni.