‹ La religion des pré-Israélites [microform]Chapitre 6 sur 70 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Qu'est ce que la Eeligion? Question grave, qu^on a tâelié de résoudre de difPérentes manières et qui a donné lieu à des combats interminables , toutes les fois qu'elle a été posée.

L'un prend pour l'essence de la religion, ce qui pour l'autre n'est qu'une forme transitoire; tel, considère cette forme passagère, comme chose parfaitement indifférente, ou s'il veut bien lui accorder quelque valeur , ce n'est qu'en la classant parmi les événements purement historiques. Bientôt le conflit éclate entre les deux partis et tandis que celui qui se déclare partisan de la forme transitoire,

se voit condamner comme irréligieux , il se raille à son tour de son adversaire et de ses systèmes surannés. La base inébranlable de Vrni n'est qu'une illusion sans réalité pour l'autre, et sans pouvoir s'accorder la moindre concession le combat se prolonge toujours. -■

Cependant , cette question sérieuse , doit elle rester indécise? faut il qu'elle continue à diviser les esprits et à causer des conflits sans fin ? Où. bien , ce problème serait il à résoudre?

En discernant l'essentiel de l'accessoire, le principe primordial de tout ce qui s'y est ajouté pendant le cours des temps, ne pourrait il pas que les différends .prennent un aspect moins désespérant en même temps qu'ils se placent dans un jour plus clair ? Quel est ce principe primordial ? D'où nous vient-elle la Eeligion ? La réponse semble ne pas offrir de difficultés sérieuses : Quelques uns diront : „Né de parents religieux , ceax ci m'ont enseigné les dogmes de leur croyance; mes parents sont eux mêmes , issus d'un peuple religieux , qui devait sa religion à un autre peuple;" de manière que l'on arrive toujours à un peuple , qui transmettait a d'autres populations, la religion dont il était le dépositaire, qu'il avait reçu immédiatement de Dieu même; faveur insigne qui fut le partage des Israélites , qui ont été appelés depuis : le peuple de la réoélaiion. Un autre répondra : „Moi aussi, je dois ma religion à mes parents , mais bien jeune encore je trouvais dans les dogmes transmis par mes ancêtres à] leur postérité, beaucoup de choses qui répugnaient a mon esprit." Goethe en bas âge commençait à douter de la providence en apprenant la destruction presque totale de Lisbonne par suite d'un tremblement de terre,

parce qu'il ne put accorder ce désastre terrible avec Famour divin et tout puissant de Dieu.

Ce-ci arrive à bon nombre d'hommes. Les uns étudiant la nature et cherchant a découvrir les lois qui régissent l'univers , voient la forme apparente que revêt la religion leur poser pour critérium : qu'il faut croire aux infractions snbises par les lois de la nature. Est-il étonnant s'ils doutent alors que la vraie religion ne soit là? Les autres se livrant a l'étude de l'histoire, remarquent comment différents peuples séparés d'abord, se rencontrent et en se rencontrant, concourent à se développer réciproquement; ils apprennent que les lois et les institutions sociales se perfectionnent peu a peu , après que les uns se sont appropriés la civilisation, plus avancée des autres. Us peuvent juger de l'influence puissante qu'exerce sur les populations le climat des pays qu'ils habitent , tantôt en déterminant leurs tempéraments , tantôt en modifiant leurs moeurs. Tout révèle des lois invariables auxquelles l'histoire obéit, ils veulent approfondir ces lois et voilà encore la forme apparente de la religion qui leur dit : „Si vous attachez quelque prix a ce que l'on vous considère comme des hommes religieux, il faut que vous admettiez qu'il a existé jadis une nation toute différente des autres peuples de l'histoire, laquelle isolée, élevée et instruite par Dieu même a été favorisé de l'Etre Suprême par le don gratuit d'un recueil de lois religieuses; ce peuple élu seul possède la vraie religion et les cultes de tous les autres peuples de la terre, doivent être qualifiés de superstitions opiniâtres." Eaut il s'étonner quand, eux aussi , ils doutent que cette foi soit l'essence de la vraie religion?

Cependant dans ces formes appai-entes de la religion , produits d'une époque reculée lorsque les sciences naturelles étaient encore dans leur enfance et que l'on croyait entrevoir dans l'histoire du monde une fatalité qui dirigeait les événements, grand nombre de personnes reconnurent, comme beaucoup reconnaissent encore de nos jours, l'essence de la vraie religion et quand on fait des reclierches pour découvrir par quel procédés ils sont arrivés à de tels résultats, on ne rencontre que des arguments formulés par l'ignorance oii des raisonnements de cerveaux exaltés. L'ignorant répondra : „J'ai reçu mes notions religieuses de mes parents et quoiqu'il arrive, leur foi restera aussi la mienne/' Il n'admet pas la possibilité que ses ancêtres ont pu se laisser induire en erreur. L'exalté vous dira qu'il doit sa foi a une inspiration divine. Il est dif&cile de mettre à leur juste valeur de telles effusions du sentiment quand on ne peut pas changer les circonstances particulières dans lesquelles ces gens se trouvent. Néanmoins il parait évident que l'un comme l'autre s'opposent à toute tentative qu'on voudrait faire pour développer leurs facultés dans le domaine religieux, car quiconque s'obstine à considérer comme inséparable de l'essence de la Religion , ce que les sciences naturelles réclament comme leur appartenant de droit , où ce que l'histoire ne peut céder sans qu'on lui fasse violence, détournera aussi opiniâtrement le regard de tout ce qui serait en état de mettre au grand jour une vérité quelconque. Qu'elle est en définitive la base de la religion ? Quel est le principe primordial, dégagé de tout accessoire , de tout voile importun qui le cache a nos regards ? Le sentiment religieux est inhérent à la nature humaine.

Comment pourrions nous distinguer les sensations agréables ou douloureuses, si nous ne possédions la faculté dMprouver le bien-être et la tristesse et comment saurions nous prétendre au sentiment du beau ou de la moralité , quand dans notre nature ne se trouvait le sentiment adéquate de ces manifestations du monde moral. De même, il faut que l'âme, pour que la religion y puisse habiter, possède une faculté de concevoir, qui correspond à l'objet qui inspire des sentiments religieux.

Quelle est cette faculté et de quelle manière se manifeste-t-elle comme idée religieuse? Pour mieux saisir le vrai sens de ce que nous appelons sentiment religieux, il faut que nous chercliions a découvrir comment ce sentiment s'est manifesté parmi les peuples primitifs et dans les âges les plus reculés.

Les tribus sauvages qui occupent les derniers degrés de l'éclielle du développement moral, et qui par conséquent peuvent être considérés comme possédant des notions excessivement vagues , nous apprennent tout simplement , qu'ils admettent Inexistence d'une puissance invisible qui agit mystérieusement dans le monde. Peu à peu les phénomènes que la nature leur présente attirent leur attention, ils observent et étudient sans comprendre la cause occulte, les effets qu^ils constatent et la puissance invisible commence à être identifiée avec la nature même , ou bien on la suppose supérieure a celle-ci. De cette manière, la conception de l'existence d'un être surhumain prend insensiblement une forme plus déterminée que l'on se figure entrevoir dans le soleil qui brille ou dans le tonnerre qui gronde. Les nuages qui interceptent la lumière font entrer dans leur esprit l'idée que la

divinité se caclie comme derrière un rideau ; les étoiles qui palissent a l'aube du jour, sont envisagés comme des messagers célestes , êtres mystérieux qui planent dans l'espace et veillent sur les actions des mortels ; le vent qui souffle dans le feuillage est transformé en sylphes follatrants ou en démons furieux , tout selon les dispositions momentanées, joyeux ou sombres, de ceux qui lécoutent.

C'est ainsi qu'un culte grossier et confus d'abord, prend naissance. .Ce culte, est il partagé par plusieurs personnes d'une même famille ou d'une même tribu , et ces personnes parlent elles le même langage, alors les différentes expressions du sentiment religieux s'unissent se confondent et forment une secte. Plusieurs sectes réunies, professant les mêmes opinions religieuses , constituent une religion. Quand cette religion devient l'expression des convictions religieuses de tout un peuple, on a droit de parler de la religion de ce peuple : la religion des Grecs , des Eomains, des Israélites.

Les peuples différents en se rencontrant et en se mettant en rapport de plusieurs manières, se communiquent réciproquement leurs religions respectives et bientôt l'on remarque que les conceptions primitives subissent de part et d'autre des modifications évidentes. S'il arrive que quelques peuples, dérivant d'une même origiiie ou issus d'une même race, s'aperçoivent qu'ils possèdent en commun les mêmes notions primitives , cette conformité de conception agira puissamment et contribuera à établir des relations plus intimes entre leurs croyances religieuses.

C'est ainsi que les Eomains retrouvaient en Grèce leur Dieu Mercure sous le nom de Hermès , Jupiter sous celui de Zeus, Junon sous celui de Héra,

Quand on étudie les différentes formes dans lesquelles la religion se montre, on peut remarquer que toutes, telles qu'elles ont été conçues, portent ^empreinte plus ou moins distincte du caractère de la nation qui les a produites. Ce caractère spécial nait de certaines influences locales , effets du sol ou de latitude géographique. L'ardente imagination, qu'on trouve dans certaines régions des Indes, est en parfaite harmonie avec la nature splendide et la végétation exubérante du climat des tropiques; le quiétisme du culte du Bouddha doit a coup sur, beaucoup à la fertilité prodigieuse d'un sol qui donne abondance de fruits sans demander aucune culture et à Tinfluence d'un climat heureux qui convie continuellement à la mollesse et au repos; l'assujettissement des Egyptiens à leurs prêtres s'explique aisément par la constitution de leur pays. Les phénomènes que présentait a leur observation le Nil , fleuve grandiose et mystérieux, dont les débordements périodiques et fertilisants , excitaient l'admiration en commandant le respect, étaient considérés comme les manifestations . spontanées d'une providence identique avec l'élément bienfaisant. Les prêtres qui seuls en connaissaient les secrets , l'exploitaient habilement à leur profit. La civilisation Européenne doit sans doute une grande partie de son développement énorme , aux exigences continuelles d'un sol qui ne produit des fruits qu'à force de travaux pénibles et fatiguants et au climat propice qui permet aux laborieux de se livrer au travail sans interruption pendant toute l'année.

Il est donc évident que le caractère particulier d'un peuple ou d'une nation imprime son cachet sur la forme de sa religion. Cela énoncé plusieurs faits historiques.

s'expliqueront cVune manière saisissante. P. e. Le culte d'Isis languissait et finit par disparaître tout à fait à Rome; enfant de l'Eg^-pte, il ne put vivre qu'aux bords du Nil. Tel fut aussi le sort du culte Phénicien de Méleclij transplanté en Grèce. Kronos qui dévora ses enfants fut détrôné par Zeus.

Parmi les causes principales qui mettent en rapport les différentes nations, il faut compter en premier lieu le commerce et les guerres. Le premier fait naître les relations tranquilles de la paix ^ les dernières mènent à leur suite les conflits sanglants et les bouleversements terribles. Toutes cependant concourent aux mêmes fins: établir des rapports de différente nature entre les nationalités étrangères, soit qu'elles s'unissent et se confondent^ soit qu'elles se chassent et font place les unes aux autres. Il en résulte toujours que les formes religieuses des peuples commerçants et belligérants se rencontrent ou se heurtent comme les individus, elles en subissent Tinfluence, reçoivent des empreintes plus ou moins profondes et se modifient en raison de la force, de ces impressions.

Etudier les influences qu^ont exercé sur l'esprit d'un peuple connu le contact avec des nationalités étrangères, c'est en même temps recberclier les lois qui régissent l'histoire de l'humanité. En suivant toutes les phases de la civilisation antique nous voyons de différents peuples, les caractères les plus dissemblables s'allier , , se combiner , se confondre , et produire des conceptions neuves qui à leur tour font naître de nouveaux résultats. Constammant les causes égales sont suivies des mêmes effets et l'on n'a pour se convaincre de cette assertion qu'a jeter un regard sans prévention dans les pages de l'histoire.

Si nous désirons rendre hommage a la providence divine, il faut s'appliquer aussi à apprendre à la mieux connaître. Si Dieu agit sur le monde, il nous est permis d'attendre qu'il se manifestera dans cette activité. Scrutons donc les lois sublimes et invariables de la nature qui nous révèlent la main de l'ouvrier divin et tout-puissant; étudions les lois qui régissent les destinées de Tliumanité depuis son apparition dans le monde, alors la nature et l'histoire deviendront les organes révélateurs qui nous montreront le Dieu de Funivers. Le peuple de la révélation sera donc pour nous celui dont nous connaîtrons le mieux l'histoire, dont nous pourrons suivre pas à pas les destinées à travers les siècles et dont nous saurons expliquer les influences sur les nations contemporaines.

Cette étude nous apprendra les lois par lesquelles Dieu conduit l'humanité dans les voies de la perfection, et s'il nous arrive de trouver rapporté parmi les traditions de l'antiquité qu'en vertu de la volonté divine, des infïactions au droit des gens ou des violations de la conscience ont eu lieu, nous protestons contre de semblables assertions. L'histoire d'un tel peuple ne saurait nous guider dans nos recherches pour trouver la vérité, ne saurait nous servir de point de comparaison pour notre moralité , nonobstant que la divinité y soit introduite comme donnant ses ordres aux mortels.

Néanmoins un tel peuple ne serait pas condamné pour cela sans retour, car en examinant a quelle époque il a vécu et sous quelles circonstances il fut placé, les choses changeront peut-être d'aspect et en nous rendant compte des influences différentes qui ont joué im rôle important dans son histoire, ces traditions rejetées d'abord comme

inutiles et indignes de notre attention se montreront dignes de notre respect. Chaque événement appartient à rhistoire, dépend d'une cause et produit un effet. Apprécier la juste valeur des faits historiques, voilà la grande dif&culté qu'il faut vaincre et qu'il n'appartient qu^ aux esprits courageux et éclairés à surmonter.

La principale cause des dissensions continuelles sur le domaine religieux c'est que l'on s'obstine à séparer de la religion, ce que l'histoire revendique a juste titre ou ce qui appartient de droit aux sciences naturelles. Tant que l'on persistera à confondre ces éléments hétérogènes les malentendus continueront. Ce n'est qu'en plaçant chaque chose dans sa catégorie, qu'on peut rétablir l'harmonie.

Ce n'est aussi qu' après avoir vu se dérouler l'histoire dépuis le commencement jusqu'à la fin et les événements se succéder dans un enchainement régulier et conséquent, que nous pouvons nous former une idée d'un gouvernement providentiel dont nous remarquons les traces non équivoques et devant lequel nous nous prosternons , saisis d'un respect religieux en adorant la suprême sagesse qui régit l'univers.

Ce respect religieux, nous ne saurons l'éprouver là où nous remarquons les actes d'un dispotisme arbitraire.

Partout dans la nature nous voyons régner un ordre merveilleux , un accord parfait entre toutes les parties ; si donc nous pouvons constater une semblable harmonie dans le monde moral, notre conception d'un être suprême qui dirige l'univers deviendra une conviction profonde.

Dans l'histoire de l'humanité nous pouvons remarquer un développement continuel. Ce développement se montre parfois à nous, marchant avec une régularité parfaite; les

événements se succèdent gagnant en importance et le siècle qui s'en va est toujours suivi d'un autre, supérieur en lumières et en civilisation. Ces progrès cependant, doivent souvent leur naissance à de rudes combats moraux. Que d'efforts il en a coûté au monde pour enfanter le christianisme! Mais sans combat la victoire est cbose impossible.

Ce mouvement progressif se montre aussi dans le domaine religieux , bien que bon nombre de gens s'obstinent à l'admettre, et beaucoup cbercbent leur salut dans un retour vers le passé. En agissant ainsi ils confondent l'essentiel avec l'accessoire. Le principe religieux mis au grand jour par le fondateur du christianisme, était un principe de vérité éternelle , mais étroitement lié à une cosmogénie, produit des temps antiques, et tandis que Ton relève de nos jours ce principe fondamental avec une vigueur nouvelle, il y en a qui prétendent que l'on ne saurait être fidèlement attaché à ce principe, si en même temps on ne déclare adhérer toujours à la cosmogénie, qui fiorissait il y a plus de dix huit siècles. C'est là que se trouve le différend. Conservons le grand principe intact, mais n'oublions pas que le temps a marché, que le cercle des connaissances humaines s'est élargi considérablement et que les lumières acquises dans les sciences de la nature et de l'histoire ont fait changer pour nous la face du monde. Appliquons le principe aux événements du temps présent et ne faisons pas un retour vers une époque, naïve peut-être, mais assurément ignorante des grandes vérités, dont la génération présente est le dépositaire.

Si Copernic ou Newton avaient vécu parmi les premiers

chrétiens, il est probable que ceux-ci auraient jugé tout difiFéremment de beaucoup de choses et qu'ils se seraient troavés plus proche de la vérité. Mais parfois on va plus loin en arrière encore , en considérant la génération primitive , comme ayant possédé la suprême révélation , tandis que les descendants doivent se contenter de modifications erronées. Toutefois , cette opinion n'a pas même un fond vraisemblable'; la critique historique met tout à fait en défaut la source que l'on allègue en sa faveur. D'ailleurs, serait il trop hasardé d'admettre qu'un individu, qui n'a laissé à ses descendants aucune preuve de ses connaissances religieuses , ne saurait avoir connu 1 Etre Suprême, ou du moins n'a pas été le dépositaire de la suprême révélation.

Le monothéisme, dont on croit retrouver les vestiges plus ou moins marqués chez plusieui's peuples, a été le fondament des religions de tous et ce n'était pas la race sémitique seule qui le possédait exclusivement, comme M. Renan a voulu le démontrer. Nous en retrouvons les traces chez les Grecs et les Ariens , mais leur monothéisme s'est converti en polythéisme et cette transformation s'explique aisément. Les rapports de différente nature qui s'établirent peu à peu entre les petiples, donnaient lieu souvent à des changements remarquables , tant religieux que politiques. Imposées par les vainqueurs on introduites par le commerce, et acceptées soit par contrainte morale, soit par des considérations politiques, les divinités étrangères acquirent insensiblement droit de domicile et finirent par se confondre avec les dieux naiionaux. Plus tard nous les retrouvons ensemble rangés dans les différents systèmes.

L'expression du sentiment religieux a suivi la marche suivante. Au commencement, nous voyons l'homme rendre hommage à la matière inanimée; peu à peu ce culte primitif et grossier se voit remplacé par un autre qui révère la matière vivante ; celui-ci disparait à son tom* pour faire place au culte qui a pour objet un espiit invisible à qui Ton rend hommage par moyen d'offrandes matérielles lequel enfin se transforme dans la religion qui adore en esprit, un Dieu esprit.

Il arrive parfois que dans l'homme religieux, comme dans la forme que revêt son expression religieuse, un certain vide annonce Fabsence de la puissance divine ; on se figure alors la divinité comme fixée dans certains lieux ou les prêtres seuls ont la faculté de l'approcher. Telle fut la conception des Israélites à l'époque ou Moria était le lieu de l'adoration. Une autre fois , le sentiment de se trouver partout en présence de FEtre divin, se fait jour et alors Fon croit entrevoir dans tout ce qu'on observe que la divinité est proche. Tels , les Grecs se réprésentaient leurs dieux et leur déesses. Dans le murmure des ruisseaux, ils croyaient entendre la douce voix des Naïades et dans le souffle des Zefirs, les soupirs des Dryades, qui folâtrent dans la forêt. Ainsi dans le soleil levant ils aperçurent la déesse de l'aurore.

Wo jetzt nur wie uns're Weisen sagen Seelenlos ein Peiierball sieh dreht, Lenkte damais Seinen goldnen Wagen Helios, in stiller Majestât,

Dièse Hôhen, fiillten Oreaden Eiue Dryas lebt' in jenem Bauin Aus den Urnen lieblicber Najaden Sprang der strôme Silberschaum.

Toutefois ce panthéisme poétique dut passer comme le Déisme des Israélites. L'homme qui traverse les vicissitudes nombreuses de la vie ne trouve la tranquillité d'âme, que lorsqu'il peut adorer une providence divine, invisible, dont il voit les oeuvres sublimes répandus partout dans l'univers, dans lesquels elle lui montre les conceptions merveilleuses et grandioses de son esprit tout-puissant. Lorsqu'on se représente ainsi l'Etre divin, l'ideé qu'il est le père jaillit dans notre esprit en même temps que la créature se reconnait son enfant.

Ces réflexions préliminaires expliqueront- suflisamment, je l'espère, le choix du sujet que je me propose d'étudier dans les pages suivantes. J'ai intitulé cette étude : La religion des Pré-Israélites , recherches sur le Dieu Seth. Je tacherai de répandre quelque lumière sur la religion du peuple d'Israël, avant qu'il sortit de l'Egjqjte pour commencer son séjour dans le désert. Inutile de relever ici que les différentes opinions qui existent, concernant cette matière, sont loin d'être en parfaite harmonie. Ceax qui admettent avant tout une révélation surnaturelle toute spéciale et consultent la conception qu'ils se sont formés de l'inspiration , plutôt que de scruter la valeur des canons de l'ancien testament , clierchent ordinairement dans la Genèse, ce qui se trouve seulement en Jérémie. Il est évident qu'en agissant ainsi, les documents historiques doivent perdre beaucoup de leur intérêt, mais sans doute

un tel chemin ne conduit pas et n'a jamais conduit à la vérité. Je tâcherai donc de recueillir les vestiges des opinions antiques, éparses dans les vieux documents qui sont arrivés jusqu'à nous, et nous marcherons vers le but que nous comptons atteindre en prenant pour point de départ le fait historique que le peuple d'Israël, à une époque bien recalée de son histoire, a été en contact avec les populations qui habitaient alors la Phénicie, l'Arabie, la Palestine et l'Egypte. Nous examinerons ce que Ton counait de ces différentes nations qui vécurent vers le temps ou les Israélites arrivèrent en Egypte.

L'Egjqpte est le pays des monuments par excellence. Nous possédons des inscriptions de dates contemporaines qui remontent à la plus haute antiquité et qui, taiUées dans la pierre des rochers ou tracées dans des documents impérissables, se sont conservées jusqu'à nos jours. Cela nous permet d'interroger les anciens Egyptiens sur ce qu'ils savent nous communiquer de l'arrivée des Hébreux dans leur pays, nous leur demandons s'ils confirment ou nient la tradition Mosaïque ou s'ils répandent sur elle plus de jour en comblant les lacunes qu'elle nous présente. S'il arrive que nous trouvons conservée l'histoire du séjour des tribus étrangères parmi eux, nous serons en état de comparer les témoignages acquis avec la tradition hébraïque et les résultats seront concluants.

Notre travail se divise en deux parties; la première traitera l'histoire primitive des peuples avec lesquels Israël à été en contact en Egypte dans les temps les plus reculés et les souvenirs que les différentes nations ont conservés de ce fait historique.

Dans la seconde partie nous rechercherons qu'elle a été

la religion des tribus étrangères en Egypte et les traces qu''elles ont laissées chez les Hébreux.

Puisse cet essai contribuer à faire mieux connaître FMstoire du peuple d'Israël et attacher un chamon de plus à la grande chaîne qui réunit les phases diverses de l'histoire de l'humanité, qui est la révélation suprême de la providence divine.

Plus nous y découvrirons Tordre et la sagesse, plus notre foi en le gouvernement de Dieu deviendi'a ferme, elle seule est en état d'établir la réconciliation entre le créateur et la créature.

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