‹ La religion du VédaChapitre 376 sur 380 · Sacred Boohs of the East, V, p. 38?, n · texte numérisé non relu

Sacred Boohs of the East, V, p. 38?, n

servent les mêmes défenses' : chez lesAlfouresde l'Archipel Indien, le veuf s"abstient, pendant quelque temps, de toute nourriture apprêtée dans la maison mortuaire; aux îles Samoa, tant que le corps restait dans la maison, on n'y prenait aucun repas, la famille allait manger en plein air ou chez un voisin. Il ne s'agit pas, remarquons-le bien, de se priver de nourriture en signe de deuil : ce qu'il faut éviter, ce sont les mets qu'on a apprêtés soi-même, ceux qui viennent de la maison mortuaire; on ne saurait dire plus clairement que la substance meurtrière ou le fluide animique qui émane du mort les a imprégnés et serait susceptible de pénétrer avec eux en ceux qui les ingéreraient'.

Il est à supposer que l'obligation de coucher sur le sol relève du même ordre d'idées. Est-ce à dire que l'homme qui s'est trouvé en contact avec un mort, transportant avec lui le fluide funeste, pourrait en infecter son lit? Ou faut-il croire que Tàme doit revenir pendant la nuit hanter ceux qu'elle a délaissés, et qu'on la déroute en couchant ailleurs qu'àla place où elle les ira chercher? Quant à la continence\ je suis tenté de l'assimiler à l'abstention d'aliment : le voisinage du mort rend impure la semence du vivant, (jui dès lors devient susceptible de contaminer mortellement, soit la femme, soit l'enfant engendré dans ces conditions.

Ici se clôt notre étude du rituel funéraire. Elle nous a appris ce qu'au surplus nous aurions pu anticiper : si nombreuses soient les traces léguées par la superstition d'un passé barbare à la croyance de l'âge védique, elle a néanmoins depuis longtemps dépassé le niveau des épouvantements hideux qu'évoque le culte animique des sauvages. Le fond des formules funéraires de la religion védique, — fortement mélangé, il faut bien le reconnaître, de puérilités ritualistiques et de préoccupations égo'istes, — c'est une

1. Wilken, op. rit., p. 352, et cf. Haberland, Zeitschr. f. \ôlkerp.^ychologie, XVII, p. 379.

2. Mêmes considérations dans Frazer, Joum. of. thc Antliropol. Inst., XV, p. 92 sq.

3. Voir les parallèles dans Wilken, loc. cit., p. 352, n. 41.

pieuse confiance dans les dieux qui veillent sur les pauvres défunts, une pieuse affection pour les ancêtres disparus. Si ces sentiments se traduisent dans une langue où Ion souhaiterait un peu plus de chaleur de cœur, un peu plus de cette sombre et émouvante poésie qu'inspirent les regrets éternels, n'oublions pas que nous n'en avons d'autres garants que les livres liturgiques et leurs impersonnelles formules. Si les temps védiques nous avaient transmis quelques descriptions poétiques, du genre des funérailles de Patrocle dans riliade, ou de la grande fête célébrée en l'honneur des héros tombés sur le champ de bataille, admirable épisode du Mahâbhârata, notre tableau s'enrichirait à coup sûr de bien des traits qui nous demeurent ignorés.

Arrivés au terme de la route, nous nous appliquerons à réunir et à définir en ce qu'elles ont d'essentiellement caractéristique les impressions que nous y avons recueillies.

L'antique poésie du sacrifice, exclusivement faite de style et de concepts sacerdotaux, n'embrasse pas le domaine entier delà pensée religieuse de l'Inde. Dans l'horizon relativement restreint où elle nous confine, régnent au premier plan quelques déités suprêmes. La plupart, les plus grandes sont des forces naturelles divinisées : l'orage et le vent fougueux ; le soleil et la lune ; l'étoile du matin et celle du soir; le feu, hôte et ami de l'homme. D'autres sont des types incarnés d'activité divine ou président à divers domaines de l'activité humaine : il y a un dieu Excitateur et un dieu Formateur, un dieu des chemins et des voyageurs, un dieuprétre qui est seigneur de la prière.

Parmi les dieux de la première catégorie, il en est beaucoup qui laissent à peine entrevoir encore les traits distinctifs de leurnature primitive. Par le temps non moins que par le progrès des idées, le Véda est déjà bien éloigné de la période des origines : sous cette double influence s'est relâché ou même entièrement rompu le lien qui unissait l'entité divine à l'entité naturaliste. La croyance qui faisait dépendre des grandes puissances de la nature le bien-être ou le malheur de l'existence humaine, s'est de plus en plus effacée : désormais, dans la vie sociale, ce sont les pouvoirs artificiels nés de ses relations qui dominent de toute leur force l'action isolée de l'individu; et, de même, dans l'ordre religieux, les

anciens dieux du naturalisme ne sont plus guère que des potentats faits à l'image de lliomme, hommes surhumains, géants célestes, les uns robustes d'une vigueur toute physique et d'ailleurs invincible, les autres armés d'une magie dont les secrets et les vertus sont infinis, transportant dans leur Olympe les mœurs des roitelets de leurs adorateurs. Leurs besoins et leurs goûts, pour simples qu'ils soient, ne laissent pas de se nuancer d'un raffinement spécial, naïf et puéril : ils aiment qu'on les gorge de nourriture et qu'on les fasse boire jusqu'à l'ivresse; ils sont sensibles à la caresse de la louange qui exalte leur grandeur et leurs exploits; mais ce qu'ils prisent par dessus tout, ce sont les subtilités ingénieuses de leurs prêtres, les jeux énigmatiques d'i.llusions accumulées, entrelacées à plaisir, où se déploie et se cache à la fois le mystère de leur nature et de leurs hauts faits.

L'élément moral n'est chez ces dieux qu'un vernis extérieur et peu solide. Sans doute, le dieu de la tempête, à demi voilé sous les apparences d'un guerrier puissant et héroïque, ne saurait être, en sa qualité d'ami des hommes et de dispensateur de grâces inépuisables, qu'un bon et honnête géant ; mais de là à la pureté sublime d'un idéal moral il y a loin encore, et d'où lui serait-elle venue? L'idée morale, cependant, s'est fait une place dans le panthéon hindou, dès avant même que le peuple hindou formât un groupe ethnique distinct : elle a pris corps surtout dans un chœur de dieux lumineux, d'origine probablement étrangère, et plus spécialement dans la personne d'un antique dieu lunaire, à qui son rôle nouveau de gardien du droit et de justicier a fait perdre, à quelques vestiges près, tout l'attirail de ses attributs naturalistes. Si le contraste est sensible entre ce roi de l'ordre et le fougueux tonitruant, il ne se reproduit guère par ailleurs : toutes ces divinités, détachées du fond naturaliste d'où elles sont issues, représentations mythiques aux formes incessamment changeantes et capricieuses, toutes passées au moule conventionnel de la même phraséologie louangeuse, se ressemblent au point de presque se confondre. On serait parfois tenté de croire que le Véda ne connaît qu'une seule

grande divinité, toujours la même, mais qu'à l'appel du poète et au gré de sa fantaisie, chacun des dieux, dont la personnalité s'obscurcit et s'efface, vient tour à tour se glisser sous cette enveloppe.

Les légendes que l'on conte de ces dieux et de leurs œuvres sont de nature fort variée: réminiscences historiques ; produits de pure imagination, sérieuse en général, éventuellement humoristique et même bouffonne; mais surtout vieux mythes naturalistes, la bataille de l'orage, la conquête des vaches rouges de l'aurore qu'un ennemi tenait captives, le voyage des deux étoiles du matin et du soir en compagnie de la fiancée solaire. Le sens primitif de ces mythes, le Yéda l'a oublié, ou du moins il ne s'en souvient qu'à demi: il n'y voit plus que des exploits héroïques et miraculeux; souvent le tableau n'est plus qu'un-chaos d'informes hiéroglyphes. Ordinairement le récit s'est réduit à un trait mince, à ses motifs les plus élémentaires: gigantesque vaillance récompensée par des conquêtes splendides; victoire remportée, par force ou par ruse, sur un ennemi formidable; salut apporté au plus profond de la détresse; bien plus rarement, beauté et passion toute sensuelle. Aucune psychologie; aucun soupçon de l'art qui sait relier entre eux, en un enchaînement cohérent et logique, les actes et les destins des personnages. Partout transparaît encore le style original de l'état de nature, style amorphe et bizarre, digne organe d'une imagination effrénée. Si quelque mythe antique, évoluant d'âge en âge, s'est mélangé d'éléments plus modernes, ce n'est point à une idée morale qu'il a prêté le voile de son symbolisme, mais surtout aux revendications cupides et franchement affichées d'un sacerdoce qui ne le cède à cet égard à aucun de ceux de l'Orient : la conquête des vaches rouges de l'aurore devient le succès remporté par les prêtres, qui veulent gagner des vaches, sur les avares qui entendent les garder par devers eux.

Le sacrifice offert aux dieux du Véda est celui qui convient à des tribus de pasteurs, initiées toutefois à maint raffinement d'une civilisation déjà assez ancienne. Il n'y a point

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encore de centres urbains où l'architecture prête son décor à un culte officiel ; mais les cérémonies qui se déploient autour des feux sacrés et de la jonchée de gazon où siègent les dieux, ne laissent pas d"étre fort éloignées de la simplicité primitive. Elles comportent des frais énormes, s'encombrent de rites où se complaît la minutie sacerdotale, exigent le concours d'une poésie liturgique où se combinent, en un alliage tout particulier, les survivances d'un style amorphe et confus avec les signes avant-coureurs de ce goût des pointes factices que la littérature postérieure de l'Inde développera à un si éminent degré. Tout un chœur de prêtres y officie, multipliant ses verbeuses adjurations, pour y appeler les dieux et les rendre favorables au sacrifiant, qui attend d'eux la richesse, la longévité, la victoire sur ses ennemis. Rien ici que de concret, rien qui dépasse les intérêts et les besoins de l'existence terrestre: le culte n'est que le moyen d'assurer et d'accroître l'opulence des grands; au plus saisit-on quelques rudiments de la religion en tant que puissance morale, éducatrice de l'individu et des masses.

Les institutions de ce culte demeurent à peu près indépendantes, soit du sol et des localités, soit de la vie organique du clan ou de la tribu, encore faiblement différenciée. En quelque point du domaine de la civilisation védique que les pieux laïques et les brahmanes officiants célèbrent leur sacrifice, c"est toujours presque sous les mêmes formes qu'ils s'adressent aux mêmes divinités, dont aucune n'a d'attache locale. Çà et là seulement, là surtout où nos textes, par delà le culte exclusivement sacerdotal des grands dieux, nous permettent de plonger le regard jusque dans les profondeurs de la vie religieuse du peuple, nous entrevoyons une race de démons attachés à la glèbe, hantant la forêt, le fleuve ou la montagne, nous apprenons à connaître la femme des bois que le voyageur rencontre dans la verte solitude pleine du cri des oiseaux, nous surprenons enfin les traces de la vénération craintive vouée aux silvains qui se cachent dans le tronc des arbres sacrés, aux nymphes qui se baignent dans les rivières et les étangs.

D'autres figures mythiques encore, et d'autres types de culte, que l'horizon restreint du Véda antique ne nous laisse apercevoir (luà la dérobée et en traits effacés, viennent compléter le tableau des premières croyances védiques, en revendiquant leur place à côté des dieux suprêmes et du sacrifice qu'exaltent les hymnes du Rig-Véda. Autour de l'aristocratie divine fourmille toute une plèbe surnaturelle et infime, esprits malins, spectres difformes et zoomorphes, vampires, démons des maladies, qui se nichent dans les maisons, hantent les carrefours, voltigent par les airs. Les âmes des morts, les (( pères» de chaque famille viennent au banquet où les invitent les descendants, s'intéressent à leur sort, leur assurent le bien-être et la postérité; mais dans le nombre il y a des âmes méchantes dont les vivants doivent pré\enirlesembûches.Etpuisenfin, de toutes parts, bruissent, ^'agitent, flottent ou gitent en silence certaines substances, en nombre infini, qui portent bonheur ou malheur, dont on cherche à s'assimiler les bienfaisantes vertus ou à fuir le contage funeste'. C'est là le champ d'activité du culte inférieur, culte d'exorcismes et de conjurations, d'incantations de bon augure et de charmes magiques en tout genre, là que se déploie un luxe inouï d'observances superstitieuses : la défense de regarder, de se retourner, de toucher, de manger, le tabou sous toutes ses formes. Ces rites s'enlacent dans la vie quotidienne: il n'est pas d'événement familial auquel ils ne président, et la technique dont ils relèvent joue, dans l'application pratique de la religion à la santé et au bien-être, un rôle aussi important, plus important peut-être, que les sacrifices solennels, surtout pour les petites gens auxquelles leurs moyens ne permettent pas d'offrir à Indra et à ses divins compagnons le banquet des somptueuses ivresses.

Par delà l'horizon relativement moderne de la croyance à Indra et à Varuna, du sacrifice de sôma, de la poésie du Rig-

1. [Entre parenthèses, cette vue n'est point si sotte; car quentendons-nous aujourd'hm par les microbes? Notre seule supériorité^ c'est que nous cherchons plus scientifiquement à nous en préserveret. V. Henry, Vedica. in Mém. Soc. Ling., IX, p. 233 sq. —V. H.]

Véda, par delà ce domaine que traverse et vivifie le courant de l'évolution historique, nous voyons donc s'entr'ouvrir le monde immuable de la primitive pensée religieuse de Thumanité, monde préhistorique et qui n'a point d'histoire, bien plus ancien que celui qui lui a succédé et destiné à lui survivre à jamais. Ils coexistent, non pas isolément l'un de l'autre, mais intimement combinés, et dans les formes modernes de la croyance et du culte nous démêlons les types religieux venus d'un insondable passé. Le voile que les âges postérieurs ont jeté sur eux pallie sans la déguiser l'étrangeté de ces conceptions traditionnelles, qui jurent avec les idées nouvelles et sont devenues inintelligibles aux tendances religieuses du temps où elles se survivent. Derrière les dieux védiques à face humaine, s'estompent des profils animaux, des formes hybrides, un vague panthéon monstrueux : les dieux s'incarnent çà et là en fétiches grossiers; sous le sacrificateur védique, transparait le sorcier guérisseur ou le charmeur de pluie des races sauvages ; sous le feu du sacrifice védique, le feu de l'immémoriale magie; sous la cérémonie d'initiation du brahmane novice, le rite de la ceinture et de la seconde naissance qui dans l'état de nature consacre le passage de l'adolescent à l'âge de puberté. Du lointain de la religion védique, notre regard désormais plane sur un lointain plus reculé encore, antérieur à l'indianisme, à l'indogermanisme, à toute chronologie: vaste perspective inexplorée, mais dont l'exploration s'ouvre à nous dans des conditions qui nous interdisent d'en désespérer à l'avenir.

INDEX ALPHABETIQUE

Lt'.< chiJJ're.? rencoient au-x pages.

N'. B. — Pour les articles qui comportent un long développement, tels que « Magie, Indra », etc., compléter les données du présent index en se reportant à la table méthodique.

Ablution : 295, n.; 417 sq. Cf. Eau

dans les rites maf/iques. Bain.

Abstinences : Cf. Jeûne.

AccH.\vÂK.\ : 327 et n. 4; 338, n. 3. Accouchée (feu de ï) : 288.

Accouchement: 229, 288, 397.

Action de grâces (sacrifice d') :

259 sq., 404.

AçviNs: 42 sq., 45, 46, 61 sq.,

135, 173 sq., 237, 305; .313, n. 1;

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