‹ La religion du VédaChapitre 80 sur 380 · LA CONQUÊTE DE LA LUMIERE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE DE LA LUMIERE

cette poésie, la inctapliore ' des vaches rouges désignant les aurores. Mainte stance védique parle de la déesse Aurore en des ternies qui rappellent sans équivoque possible la légende de la concjucte des vaches ou y font nicnie expresse allusion. — Elle « ouvre les ténèbres, comme les vaches leur étable ». — (( Tu ;is, lui dit le poète, ouvert les portes du dur rocher. » — « Elle a brisé les citadelles, elle a donné des [ vaches J rouges : les vaches ont mugi à la rencontre de laurore. » — « En vérité, ô Ushas, toi qui habites le sommet des monts, tes étables sont chantées par les Angiras : ils les ont fendues ])ar l'hymne et la parole sainte ; le [prodige] s'est accompli, en vue duquel les hommes ont invoqué les dieux '. » — Le symbolisme naturaliste du mythe semble donc affleurer encore dans la pensée du Véda ; mais en outre, comme dans le mythe de Vitra les eaux des nuées sont devenues rivières terrestres, les vaches rouges du ciel uiatmal se sont changées en bétail commun, et le mythe, prenant un sens terre-à-terre, signifie désormais que les brahmanes ont droit aux vaches du fidèle, que l'avare qui leur refuse leur dû doit s'attendre à une fin déplorable.

La confjucte de lu liunicre. — La conquête de la lumière, du soleil, de l'aurore, que nous venons de voir rattachée :'l la découverte des vaches, est aussi fort souvent conçue comme un acte indépendant, qu'on attribue également ;i Indra- Il a fixé le soleil au ciel, il l'a fait luire : il a posé le ciel ferme sur ses étais et étendu les lointains de la terre. On lui assigne, en somme, toutes les grandes œuvres, on lui

l.Voir les passages colligés par Bergaigue, /?c'^. V«/., I, p. 215. Parfois, dans le Rig-Véda, les vaches désignent les eaux (cf. Bergaigne, I, p. 259), et l'on a fait entrer aussi cette donnée danslinterprétalion de notre mythe ; mais on se convaincra ])ar un examen impartial ({ue la seconde métaphore le cède do beaucoup à la première.

2. R. V. I. 92. 4, VII. 79. 4, VII. 75. 7, VI. 65. 5, et cf. Bergaigne, I, p. 246. — En présence de cet accord quasi-unanime, y a-t-il lieu de s'arrêter à la stance isolée IX. 108. 6, suivant laquelle Sôma « a fendu la caverne rocheuse et en a fait sortir par force le vache« rouges des eaux » («*•/•/«/« apyûs) ?

126 IXDHA

rapporte toutes les grandes lois physiques, dont on fait honneur aussi à Varuna '. Il est difficile de ramener ces conceptions à celle du dieu de l'orage, en ce sens qu'il ordonnerait le noir chaos dont l'orage enveloppe la terre et le ciel et rendrait aux hommes la vue du soleil '. Bien plus probablement, c'est à son renom de puissance irrésistible qu'Indra doit la gloire de ce nouvel exploit : n'est ce pas le propre du fort entre les forts,, d'avoir assuré à l'humanité ses plus grands biens, en les arrachant à la cupidité des ennemis, et d'avoir assigné leur place aux plus sul)limes météores, au ciel et au soleil ?

Indra vainc/ueur des Dûsas. — Les deux exploits d'Indra étudiés ci-dessus, victoire sur Vrtra et conquête des vaches, sont indépendants l'un de l'autre et irréductibles entre eux. Il en est d'autres qui, au contraire, se présentent à nous sous un as2:)ect uniforme, mais sans doute plus apparent que réel; carie poète, en général, ne fait que les mentionner brièvement, la plupart du temps par voie d'énumération, et c'est à cette forme que nous devons imputer la perte des traits individuels qui les ont caractérisés.

Le tlîème constant, c'est la défaite d'ennemis que désigne le mot dfls/ï ou dasr/n. Or ce sont là aussi, ])our les Arj'as de l'Inde, les appellations courantes des indigènes au teint sombre qu'ils ont supplantés. Il y a donc lieu ici. dès l'abord, de soupçonner un écho de récits historiques : la vic-

Page 1