‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 152 sur 152 · Ep · texte numérisé non relu

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le repentir. La porte n’est pas fermée : l’Epoux écoute : le péché ne domine pas encore. Reprends donc la lutte, sans tarder : aie pitié de toi-même et de nous tous, dans le Christ Jésus Notre Seigneur. »

Basile n'a pas moins d’éloquence, quand, en face de douleurs qui semblent sans remèdes, il lui faut prêcher la résignation. Ses lettres à des parents ou à des époux en deuil sont quelquefois admirables1. Aux froides raisons de se soumettre, que suggère la nature, il joint tous les motifs que donne la foi. Il redit le mot de Job : « Dieu me l’avait donné, Dieu me l’a ôté, que son saint nom soit béni! » Mais il répète aussi le mot de saint Paul, défendant aux chrétiens de s’affliger sans mesure, « comme ceux qui n’ont pas d’espérance. » Son langage varie selon la condition des personnes, ferme, viril, s’il parle à un père, à un homme élevé en dignité et mûri par l’expérience de la vie, pénétré d'une tendre compassion s’il s’adresse à une mère ou h une veuve. « Je sais, écrit-il à l’une, ce que sont les entrailles d’une mère. » Il fait l’éloge de l’enfant qu’elle a perdu. Il célèbre son innocence, ses grâces, ses jeunes talents. Mais il montre en même temps la miséricorde de Dieu, qui l’enlève au monde avant l’heure où tous ces trésors auraient pu être souillés. « Attendons un peu, et bientôt nous serons réunis à celui que nous avons aimé. » A la veuve d’un général illustre, il rappelle ses actions d'éclat, le deuil universel que la mort du guerrier a excité, et que partage l’empereur lui-même; mais il rappelle surtout la grâce que Dieu lui fit de laver avant de mourir ses fautes dans l'eau du baptême. Il ne se contente pas de présenter à ses amis affligés les motifs les plus propres à leur faire accepter chrétiennement la

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SAINT BASILE

douleur. Il met chacun en face du devoir spécial que lui a réservé la Providence. Il dit à une mère en pleurs : « Aie pitié de ton mari. Soyez-vous une consolation l’un pour l’autre. N’aggrave pas sa peine, en te renfermant trop complètement dans la tienne. » Il écrit à une veuve : « Aie pitié de ta mère, accablée par la vieillesse. Aie pitié de ta fdle, si jeune, et dont tu es maintenant le seul appui. Sois un exemple aux autres femmes. Gouverne-toi de telle sorte, que ta douleur te soit toujours présente, mais que tu ne te laisses pas absorber par elle. » « Tes enfants, écrit-il à une autre, te restent comme l’image vivante de celui que tu pleures. Que le soin de leur éducation préserve ton âme de l’excès de la tristesse. Le reste de ton temps, consacre-le à chercher les occasions de plaire à Dieu. Ainsi le travail te procurera l’apaisement. »

A ces conseils précis, directs, pleins d’autorité et de prudence, on reconnaît l’esprit pratique de saint Basile. Mais on voit aussi par où de telles lettres de consolation diffèrent des déclamations élégantes et vaines où la sagesse antique était le plus souvent contrainte de s’enfermer. Celui dont nous venons de citer les paroles n’est pas un rhéteur : il est plus qu’un moraliste; c’est un zélé conducteur d'âmes, un pasteur, un père.

« J’ai vu ton âme dans tes lettres, » écrivait saint Basile à l’un de ses amis1. Nous adresserons respectueusement la même parole au grand saint dont nous avons essayé, dans ces pages trop imparfaites, de raconter la vie et de retracer l’image.

i. Ep. 1 63.

TABLE DES MATIÈRES

I reface . .

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