CHAPITRE II
LES ÉTUDES
Cependant le moment était venu où les leçons et les entretiens du foyer ne suffiraient plus à l’adolescent. L’éducation publique était considérée comme indispensable pour former un homme distingué, apte aux fonctions municipales ou politiques comme aux devoirs sociaux. Basile, qui avait terminé sous la direction paternelle ses classes de grammaire, fut envoyé à Césarée pour y faire sa réthorique et sa philosophie. On s’est demandé de quelle Césarée il est ici question. Césarée de Cappadoce était « la métropole littéraire aussi bien qu’administrative de la province1 , » et avait compté Ba sile le père parmi ses professeurs. Mais, par ses écoles et sa bibliothèque, Césarée de Palestine jouissait d’une plus grande célébrité. Le choix de la première me paraît cependant à peu près certain. Il était naturel que les parents de Basile, si connus et si estimés dans la capitale de la Cappadoce, lui confiassent leur fils, qui trouverait facilement des guides et des protecteurs parmi les nombreux amis qu’ils y avaient laissés. Césarée de Cappadoce avait tout ce qu'il faut pour rassurer, au point de vue de la foi et des mœurs, la sollicitude paternelle. Peu
i. Saint Grégoire de Naziauze, Oratio X LI II. i3.
SAINT BASILE
de villes de l’Empire étaient aussi chrétiennes. On n'y rencontrait plus qu’un petit nombre de païens. Leurs fêtes, leur culte y avaient à peu près cessé. Deux de leurs temples, ceux de Jupiter et d’Apollon, anciens patrons de la cité, étaient déjà tombés ou allaientprochainement tomber, par la volonté du sénat et du peuple, sous le marteau des démolisseurs*. Dans un tel milieu, l’enseignement lui-même devait être tout imprégné d’esprit chrétien. Basile le père connaissait du reste les maîtres à qui il allait recommander son enfant. Si l’on trouvait, dans cette ville, quelque lourdeur provinciale, un peu de cette gaucherie que l'antiquité reprochait aux Cappadociens1, il est probable que l'ancien professeur, qui paraît n’avoir jamais habité alternativement que le Pont cl la Cappadoce, y était médiocrement sensible. Du reste, le passage par Césarée ne devait être que la transition à des études universitaires plus hautes. Basile y trouva, certes, beaucoup à apprendre. Mais, préparé comme il l’était par les leçons paternelles, il ne tarda pas à monter au premier rang. Grégoire de Nazianze dit qu’il surpassait tous ses condisciples et égalait ses professeurs, rhéteur déjà consommé au pied des chaires de rhétorique, philosophe écoutant les leçons des philosophes. Par la gravite de ses mœurs, il rivalisait avec les prêtres eux-mêmes. Le peuple et les grands de la cité étaient fiers d’un tel écolier3.
Quand Basile eut épuisé les ressources que lui offrait l’enseignement donné à Césarée, il partit pour se rendre aux écoles célèbres de Constantinople4. C’était l’usage, au ive siècle, de passer ainsi de ville en ville, à larecher-
i. Sozomène, Hist. eccl., V,
i. Saint Basile, Ep. 48.
i. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLI1I , il.