‹ La religion et la liberté (volume 2)Chapitre 83 sur 152 · I. Ep · texte numérisé non relu

I. Ep

qui parcourait les campagnes en chantant des hymnes et, semble-t-il, en dansant, et traversait même ainsi, au milieu des rires de la populace, la foule assemblée un jour de marché, causait aux vrais chrétiens une surprise mêlée d’indignation. Les parents dont les filles avaient été enlevées couraient à leur poursuite, les suppliaient de revenir, n’obtenaient le plus souvent de ces exaltées et de leur chef que des refus dédaigneux. Glycère et sa suite se réfugièrent enfin près d’un évêque de Cappadoce, appelé Grégoire*. Celui-ci, les croyant sans doute injustement persécutés, ne découvrant d’ailleurs rien d’immoral dans leur conduite, consentit à les prendre sous sa protection. Basile écrivit alors à Grégoire, lui exposa les faits, et lui demanda de rapatrier Glycère et ses compagnes, ou au moins celles-ci, au cas où Glycère refuserait de revenir. Pourvu que les fugitifs se présentent porteurs d’une lettre de l’évêque, la faute sera pardonnée ; mais, en cas de désobéissance, Glycère sera destitué de toute fonction ecclésiastique. Il envoya une autre lettre à ce dernier, paternelle et sévère tout ensemble. « Ta conduite, lui dit-il, a couvert d’opprobre tout l'ordre monastique, » ce qui montre que cet aventurier avait eu la prétention d’instituer un nouveau genre de vie religieuse; il lui réitère la promesse de pardon, s’il manifeste un repentir sincère : « autrement, avec tes cantiques et ta belle robe, tu perdras Dieu, et conduiras à l'abîme les vierges que tu as entraînées. » Une troisième lettre de Basile, adressée à l’évêque Grégoire, fait part de son étonnement de n’avoir encore rien obtenu. On ne sait comment se termina cette affaire : le dossier qui en est resté met bien

i. Ce nom est si fréquent à cette époque, que rien n’oblige à y reconnaître, comme l’ont voulu quelques-uns, soit Grégoire <le Nazianze, soit Grégoire de Nysse.

SAINT BASILE

en lumière le bon sens, la fermeté et la douceur de Basile1.

Celui-ci ne faisait pas seulement porter sa vigilance sur les membres de son clergé : il veillait aussi à réprimer toute faute ou toute négligence des chorévèques, sorte de coadjuteurs établis dans les districts de campagne pour y exercer certaines fonctions épiscopales. Les canons leur donnaient un droit desurveillance sur les prêtres et les diacres : on vient de voir Glycère averti par le chorévêque de qui dépendait la paroisse où il servait. Ils avaient de plus le pouvoir d’ordonner les ministres inférieurs, c'est-à-dire les clercs au-dessous des diacres. Mais il paraît que des abus s’étaient quelquefois glissés dans ces ordinations. Bien des gens, à cette époque, comme on le verra aussi au moyen âge, entraient dans la cléricature, non pour exercer des fonctions ecclésiastiques, mais pour se soustraire soit à la justice civile, soit à certaines charges fiscales, soit au service militaire. Des chorévèques, oublieux de leurdevoir, avaient consenti, à prix d’argent, à ordonner ainsi des sujets incapables ou indignes. Basile adressa à tous ceux de sa circonscription une lettre circulaire très énergique. Il condamne les pasteurs qui <t vendent les choses spirituelles, » et « font un marché de l’église, où ils ont le dépôt du corps et du sang du Christ. » S’ils persistent « à imiter ainsi Judas, » ils seront déposés*.

Un autre abus, moins criminel sans doute que la simonie, mais cependant assez grave, s’était aussi introduit. Des chorévèques complaisants admettaient sans examen les aspirants à la cléricature et négligeaient d’en

j. Saint Basile, Ep. 169, i-o, 1 7 1 . — Sur l’histoire de Glycère, voir une curieuse dissertation de Ramsay, à la suite de son livre The Church and tlie Roman Empire, 1 894 -

a. Ep. 53.

donner avis à l’évêque, comme ils y étaient obligés. Souvent même ils laissaient les prêtres ou les diacres de leur circonscription choisir ces ministres inférieurs. Il arrivait ainsi que les petites villes ou les villages se remplissaient de clercs, parmi lesquels il était impossible de trouver un homme en état d’être appelé au service des autels. Basile envoya à ses chorévêques une nouvelle circulaire pour remettre en vigueur les canons. Il est probable que l’abus qu’il se proposait de corriger était fort ancien, car il déclare que les clercs admis directement par les prêtres depuis la première indiction, c’est-à-dire depuis l’an 358, seront déposés et remis au rang des laïques, sauf à pouvoir, s'ils le méritent, être choisis de nouveau, après mûr examen, par les chorévêques1.

Cette vigilance de Basile n’impliquait, vis-à-vis de ses subordonnés, ni dédain ni dureté. Une lettre adressée par lui à l’un de ses chorévêques, Timothée, en qui il avait à reprendre quelque immixtion indiscrète ou excessive dans les affaires temporelles et dans la politique, montre de quelle affection, de quels égards, de quel vrai respect étaient mêlées ses admonitions pastorales*. Une autre lettre laisse voir le soin avec lequel il choisissait ses coadjuteurs, attentif à écarter toute considération humaine, et attendant de la prière plus que de tout autre moyen les lumières propres à guider son choix*.

La renommée de saint Basile était assez grande pour que, malgré les dissidences profondes qui les séparaient, l’empereur ait eu recours à lui pour rétablir la paix religieuse dans une province où l’épiscopat était

i. Ep. 5 L

a. Ep. aiji.

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