ESTHEL
HTDASPE. ■’ ^
Seignear , dé vos bienfaits mille fois honoré ,
. Je me souviens toujours que je voué ai jure' D’exposer, à vos yeux par des avis sincères , Tout ce. que' ce palais renferme de mystères.
' Le, 'rai cf un noir chagrin parait enveloppe. Quelque son^e effrayant' cette nuit l’a frappé. . Pendant que tout gardait un silence paisible , •Sa voix s’est fait entendre, avec un cri terrible. J’ai couru. Le, désordre était dans ses discours. • 11 s’est plaint d’un péril qui menaçait ses jours. Il parlait d’ennemis , de ravisseurs farouches ; • Ménae le nom d’Esthér gst sorti de sa bouche. , 'Il a dans ces horreurs passé toute la nuit. Enfin , las d’appelèr un sommeil qui le fuit, Poui^ écarter de hii ces images funèbres ,
t'.pa ^nnalcs célèbres ,
Où les faits de son règne avec soîn amassés , Par de fid^es, mains chaque jour sont tracés : On y 1 conserve écrit le service et l’offense, Monumens etemels d’amour et de vengeance.
Le roi que j’ai laissé plus calme dans son lit , D’une oreille attentive écoute ce, récit. *
AMArr.
De quel tempe 4e sa vie a-t-il choisi l’histoire?
HVDASPtf.
Il revoit tous ces temps si remplis de sa gloire , Depuis le fameux jour qu’au tirône de Qyrus Le choix du sort plaça l’heureux Assuérus.
■ TRAGÉDIE. 35
’ ^ ATHAiV. ' ^ ,
Ce songe , Hj daspe , est donc parti de son idée ?
. * HYDstSPIJ.
Entre tous les devins fameux dans la Chaldée
Il a fait assembler ceux qui Savent le mieux
Lire en un songe obscur la volonté des Cieuj^.
Mais quel trouble vous-même aujourd’hui vous agite ?
Votre âme en m’écoutant paraît iout interdite. «
L’heureux Aman a-t-il quelques secrets ennuis ?
• AMAN. . , . • «
Peux-tu le demander , dans la place où je suis; * Haï , craint, envié , souvent plus^ misérable Que tous les malheureux que mon pouvôif accable?
HTDASPE., ■ .% '■
Hé ! qui jamais du Ciel eut des regards plus doux ? *
Vous voyez l’univers prosterné devant vpus.-
AMAN
L’univers? 'Tous les jours un homme.:., un vil esclave, D’un front audacieux me dédaigne et «le brave.
. IIYDASPE.
Quel est cet-ennemi de l’état et du roi? ‘ '
'% ' AMAN
Le nom de Mardoebée est-il connu de toi?
I , • HTJ)ASPB. * . * ■
Qui ? ce chef d’une race abominable , impie?
ESTHER , •'
AMAN
Oui , lui-raême. ,
HTDASPE.
• * ■ . Hé f seignieur, d’une si faelîe Yié
Un si faible ennemi peut>il troubler la paix?
^ AMAN
L’insolent devant mOi ne se courba jamais..
En vain de la faveur du plus grand des monarques
Tout re'vère à genoux les glorieuses marques,; ,
Lorsque d’un saint respect tous les Persans touchés^ ,
IN’osent leve^ lëurs fronts à la terre attachés,
Lui , fièrement assis , et la tête immobile ,
Traite tous ces honneurs d’impiété servile ; “
Présente à mes -regards, un front. séditieux,-^
Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux. >
Du palais ftependant il assiège la porte.
'A quelque heure fue j’entre , Hydaspe , ou que je
. sorte ‘ '
Son visage odi^x m^ afflige et me poursuit i .
Et mon esprit troublé le voit encor la nuit. '
Ce matin j’ai voulu devancer la lumière, • ,
Je l’ai trouvé couvert d’unê affreuse poussière ;
-Wi
Revêtu de lambeaux , tout pâle. Mais son œil Cdnservait sous la cendre êhcor Jp même orgueil.
D’où loi vient, cher ami , cette imprudente audace^ Toi qui dans cé palais vois tout ce qui se passe , Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui^
Sur quel ro3èau fragile a>t-il mis son appui?
TaAGEPiE.
HTOASPE.
:i.i\ '.le 1 '■ ' •
Seigneur , jVis^us le savez ^ sou avis salutaire
Deçouvrit de T^ar^Jç. complot sangidnairc.
Le roi promit alôrs^ de le .récompenser. .{
I(e roi depuis ce temps paraît ,n*y plus penser.
■-* ' AMAIV.
Non , il faut à'tes yeuXjdépouiliei rarlifîce.* . r ^ J’ai su de mon destin corriger l’injustice. ^ •*’ ,
Dans Ics'mains des'Pérsans j^uüe cnfaul apporte,
^ Je gouverne fjjfcapire où je fus achetçl . . , . .
Mes Richesses des rois égalent l’opulence.
Environné' d’ei^fans , soutiens de ma puissance ,
Il ne manque à mon front que le J>andeau royal. Cependant'dcs mortels ayet>glémi?nt fatal ! ' ‘‘ '
Dé cct amas d’honneurs la douéém- pàsssigprei" ' *
Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère.
Mais Mardochée assii aux portes du'palais Dans cç pcpmjwalhpureux enfonde mil^e tea^Ai .T, Ettoutçuif^gx^dfïùrme dEvient^,insiplido j-ii*. . ' . » '
Tandis que.ls ,^vl£il dclaire éeperfide.'\ . *> ,
.IIYDASPE,,
Vous ^^ga.de,fa v^e, .affranchi dads dix jours « > La natip^ entière est promise aUx vautours, .
•- i .! y:-- •' if-
Ah ! que ce temps eét long à mon’ impatience ! ,* . C’est lui je,t|ç,^eux;bien jconfier ma vengeance, C’est lui , qui dc\;ani moi refusant de ployer,*
Les a livrés, au bras.qui ja les foudroyer.
36 ‘esther;
C'était trop peu pour moi d’tmp- telle victime.
La veugeance trop faible attiré un second crime. Un%omme tel: qu’Aman’, lorsqu’on l’osd irritér, «' Dans sa juste fureur' ne peut trop éclater. ' ' '
U faut des chàtimens dont füniverè frémisse : '
Qu’on tremble en comparant roltense et le supplice i Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu’on dise un jour aux siècles effrayés: ’
Il fut des Juifs. 11 fut une insolente race. •-* Rép^dus'sur la ferre , ils en couvraient la face;' Un seul osa d’Aman attirer le courrom^
Aussitôt de la terre ils dispefriirent to'iis*
IKtDASPE.
Çe n’est donc pas , seig;i&ur , le sang amalécite , Dont la j,vqi.\ à 1 m perdre e !4 secret, vous excite ?
AMAN
Je eais'qüé-, tkscenîlu de ce sang' malbèure^ j' ' Une éternelle haine a du m*amleip cohtre eux : Qu’ils firent d’AthoIcc un iqdigne carnage ; ■'
Qpfe jusqu’aux vils troupeaux tout-éprouva leur rage Qu’un déplorable reste à peine fut sauvé.
Mais, crois-moi, dans le rang oiV je suis élevé," ' Mon âme ,'à ran grandeur toute entière attachée , ' Des intérêts du sang est faiblement touchée.
Mardochée est coupable , et que fàut-il dé plus?
Je prévins donc «mire, eux l’esprit (VAssùérus ; ‘
J’inventai de* cetdeuts , j’armai la calomnie : J’intéressai sa gloire , il trembla pobr sa vie. • '
Je les peignis pidssans , riches, séditieux > " •
TE^GEDIE. " 57
Leur Dieu même '^nilemi de tous les autres dieux.
Jusqu’à quand soufTre-t-on que ce peuple respire Et d’un* culte jprofenc infecte votre empîtu?/' » . '
Etrangers dans la Perse<,:à nos dois opposas, * '
Du reste des. humains ils sei^lenj: divisés ;* N’aspirent qu’à ;troubler le repos où 'nous sommes^ Et déteslëÿ partout,' délestent tous les hommes. ' Prévenez , punissez leurs iasolenS efforts.
De leiiV dépouille enlîn grossissez vos trésors. ^ ; Je dis , et l’on me crut. Le roi , dès l’heure même , IVlit dans' ma main le sceau de son pouvQir suprêmë. Assure , nae dit-il , le repos de ton roi.
Va , perds cès malheureux ^leur dépouille est à toi< Toute la tmtion fut ainsi condamnée. ' ' ■
Du carnage avec lui je réglai la journée ;
Mais de ce traître enfin le trépas différé Fait trop souffrir mon cœUr dé son sang altéré.
Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie. Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voje
HTDASPE.
Et de pouvez- vous pas d’un mot l’exterminer? Dites au roi, seigneur, de vous l’abandonner.'
AMAN
Je viens pour épier le moment favorable.
Tu connais comme nioi ce prince inexorable.
Tu sais combien tërrible en ses sou4aias transports , De nos desseins souvent il rompt tousjes ressorts. Mais à me tourmenter *ma crainte est trob subtile. Mardoebée à ses yeux est une âmé trop vile. ,
ESTHÊIl,
UYDASPE.
Que tard,e^3{ôus ? AUez, et faites proiaptenjiéDt •' Elever dé sa moik le hooteDx.mstrament. ■
AMAN
J’entends du bruit, je sors. Toi , si le rgi m’appelle. ««
HVDASPE.
Il suint.