‹ La religion poèmeChapitre 29 sur 69 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

r . AMAN , ZARÈS.

^ ZARES. ^

C’EST donc ici d’Esthef le sopeiiie jardin , •

.Et^c salon pompeux est le lieu du festin.

Mais tandis que la porté en ést encor fermée ,

Ecoutez lés conseils d’une épouse alarmée.

Au nom dü'sacré nœud qui me lie avec vous , 'Dissimulez, seigneur, cet aveugle courroux.

Eclaircissez cC fçont où la douleur est peinte.

Les rois craignent surtout le reproche et la plainte^ Seul entre tous les grands par la reine invité, Ressentez doqo aussi cette félicité.

Si le mal vous aigrit , que le bienfait vous touche. Je l’ai cent fois appris de votre propre bouche : Quiconque ne sait pas dévorer un affront ,

Ni de fausses couleurs se déguiser le front,

Loin.de l’aspect des rois qu^l s’écarte, qu’il fuie.

Il est des contre-temps qu’il faut qu’un sage essuie. Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de degré.

, (i) Le théâtre représente les jardins d’Estber et un des côtés du salon où se fait le festin.

TRAGÉDÏB. 55

AMAN, H 4

O douleur ! A supplice affreux à la pensée !

O honte qui jamais ne peut être effacée! . >

Un exécrable Juif , Fopprohre des humains ,

S’est donc vu de la pourpre hajiilié paV mes mains ! C’est peu qu’il ait sur nioi remporté la victoire ; Malheureux , j’ai servi de>'hcraut à sa gloire.

Le traître J il insultait à ma confusion. , , ^ .

Et tout le peuple même ^ avec dcrisiçn " • . ' Observant la rougeur qui couyrjiit mon visage ,

De ma chute certainq en tirai^ le présage.

Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais.

Tu ne m’as prodigné tes perfides bienfaits v . Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie , ’

Et m’accabler enfin de plus d’ignominie.- - , . ^

. zAnfes,* . '

Pourqûoi juger si mal de -son intention ?

• • • « Ifcroit récompenser une honpe action.

Ne faut-il pas , seigneur, s’étonner au coptraire

Qu’il en ait si Ibng-tempS 'différé le salaire ? •

Du reste il n’a rien fait que par votre conseil ; . •

Vous-même avez dicté, tout ce triste appareil. •

Vous êtes après lui lè premier de l’empire.

Sait-il toute l’hbrreur que ce Juif vous inspire ?

• . AMAN

11 sait qu’il me doit tout, et que' pour sa grandegr J’ai foulé sous les pieds rémo|‘ds', crainte., pudeur; Qu’avec un cœur d’airain exerçant sa puissance J’ai fait taire les lois et gémir l’ihnocence'f ■*

56 «ESTHER,-

Que pour lui des Persaus bravant 'l’avèréion,

J’ai chéri, j’ai cherché la malédiction;

Et pour prix de ma vie à leur haine exposée- Le barbare aujourd’hui m’expose- à leur risée!

*ZAnÊs.

Sei^eur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter? • Ce zèle que poür ïtii vous Fîtes jéclater ,

Ce soin d’immoler tout à son pouvoir suprême,

Entre nôus / avaient-Us d’autre objet que vous-même? Et sans chercher plus loin , tous-Oes Juifs désolés N’est-ce pas à vous seul que vous les immolez? •

Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste... Enfin la cour nous hait , le peuple nous déteste.

Ce Juif même , il le faut confesser malgré moi ,

Ce Juif comblé d’honneurs me cause quelque effroi. Les malheurs sont souvent enchaînés l'un à l’autré ;

Et sa race toujours fut fatale à la vôtre^

De ce léger affront songez à profiter : '

Peut-être la fortune estjçrête à vous quitter ;

Aux plus affreux excè» son inconstance passe ; Prévenez son caprice avant qu’elle se lasse."

Où tendez- vous plus haut? Je frémis quand je voi Les abîmes profonds qui s’ôffrent devànt moi.

La chute désormais ne peut être qû’horrible.- Osez chercher ailleurs un destin plus paisible. Rjcgagncz l’Hellesponl et. ses bord^ écartés Où vos aïeux etrans jadis furent jetés ,

Lorsque des Juifs contre eûx la vengeance allumée Chassa tout Amalec de la triste Idumée.

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TRAGÉDIE

Aux malices du sort enfin ddro&ez-rous. ^ .

Nos plu^ riches tee'sors mtircl\.eront devant nous.' Vous pouvez du départ me laisser là conduite î Surtout de vos enfans j’assttrerai la fuite.

N’ayez soin cependant que de dissimuler ;

Contenta sur vos pas vous me verrez voler. -,

La mer la plus terrible et la plus orageuse Est plus sûre pour nous que cètte cour trompeuse.

Mais à grands- pas vers vous je yoi^ quelqu’un marcher; •

C’est Hydaspe. , ‘ '

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