G CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA RELIGION ROMAINE
trop de violence à leur raison, s’y trouvaient un peu moins mal à l’aise qu’ailleurs; aussi la proclamaient-ils supérieure à toutes les autres.
Toutes ces raisons expliquent pourquoi ce ne sont pas les vrais dévots, mais les politiques et même les incrédules qui lui donnent le plus d’éloges; peu d’écrivains en ont mieux parlé que Cicéron, qui n’y croyait pas : « Si l’on compare, dit-il, le peuple romain aux autres nations, on verra qu’elles l’égalent ou même le dépassent dans tout le reste ; mais il vaut mieux qu’elles par le culte qu’il rend aux dieux1. » Et ailleurs: « C’est par la religion que nous avons vaincu l’univers 2. » Cette opinion propagée par des sceptiques, c’est-à-dire par les seuls qui auraient eu quelque intérêt à la combattre, fut acceptée partout sans contestation; il fut convenu, chez les Grecs aussi bien que chez les Romains, que Rome était la ville la plus religieuse du monde3; que sa piété l’élevait au-dessus des hommes et des dieux*, qu’enfin elle lui devait sa grandeur et ses conquêtes, et ce préjugé prit tant de force, qu’il devint dans la suite un obstacle sérieux à la propagation du christianisme, et que les Pères de l’Église se crurent souvent obligés de le combattre .
1. De nat. cleor., il, 2. — 2. De har. resp., 9. — 3. Salluste, Cat., 12 : « majores nostri religiosissumi mortales. » — A. Vir g.,Æn., xn, 839 : .< Supra homines, supra, ire deos pietate videbis. » — 5. Voyez sur* tout Prudence, Contra Sijmm., u, 520.