Hor., Carm., n, 11, 1. — 2. Ep. i, 6, i
LE SIÈCLE D’AUGUSTE
que idée nouvelle, les préparer à quelque changement dans les lois ou les mœurs et le leur faire agréer, il était utile d’avoir Horace pour soi. Auguste le comprit; aussi n’est-il pas douteux que le poëte n’ait été plusieurs fois sollicité de donner son appui aux réformes qu’on méditait au Palatin. Il n’y a pas de témérité à croire qu’il fait allusion à ces insistances et à la résolution qu’il avait prise d’y céder, quand il dit à sa lyre : « On nous réclame : allons, ma lyre, si jamais sous l’ombrage tu amusas mes loisirs, fais entendre des chants dignes de vivre l. » Dès lors Horace paraît tout à fait initié à la pensée du maître : il fait honte aux Romains de laisser les temples en ruine au moment où Auguste les relève 2; il vante la simplicité antique, il conseille de fuir le luxe et les dépenses insensées pendant que le pouvoir préparait ses lois somptuaires ; il prévient toutes les réformes et semble quelquefois les provoquer; ses attaques violentes contre ces femmes sans pudeur « qui, à la table même de leur mari et devant ses yeux, se pourvoient d’amants plus jeunes 3 », ont précédé de quelques années les lois d’Auguste contre les adultères. L’empereur paraît hésiter, mais le poëte le presse de punir ces déréglements ; il demande des châtiments sévères : « A quoi sert de gémir, si l’on ne supprime la faute par des supplices 4? » A mesure qu’il avance, il semble s’encourager dans ce rôle de réformateur des mœurs publiques qui lui avait coûté d’abord quelque peine à prendre. Le troisième livre des Odes -'ouvre par un véritable traité de morale publique et privée à l’usage de ses contemporains. Les six premières pièces de ce livre ont dû être faites à la fois ; elles sont
i. Carrn., i, 32, 1. — 2. Mommsen, Res gestœdivi Aug., p 58. — 3. Carrn., ni, 6, 25. — i. ni, 24, 33.
m LE SIÈCLE D’AUGUSTE.
écrites dans le même mètre et sous la même inspiration *, Le poëte y prend dès le début un ton religieux qui ne lui était pas ordinaire : c’est un « prêtre des muscs » qui parle, et avant de promulguer ses oracles, il éloigne de lui les profanes : Odi profanumvulgus et arceo. Ces profanes sont sans doute les indifférents, les esprits légers et mondains que tant de gravité risquerait de déconcerter et qu’il faut écarter à tout prix ; puis, s’adressant aux âmes plus naïves et dont il est sûr d’être mieux écouté, il leur recommande toutes les vertus civiles et domestiques qui font le salut des États, l’amour du pays, le respect des choses sacrées, la fermeté dans la conduite, la résignation dans les souffrances, la modération dans les goûts, le courage en face de l’ennemi, l’honnêteté dans la vie intérieure. Il veut former une jeunesse active et robuste « qui sache supporter vaillamment la misère, qui poursuive de sa lance le Parthe orgueilleux, qui passe sa vie en plein air, au milieu de l’agitation des combats 1 2 ». Il apprend à l’àge mûr « que la force brutale se précipite elle-même, mais que, lorsqu’elle se modère et se contient, les dieux la soutiennent et la portent plus haut 3». Il croit que le mal dont Rome est atteinte ne vient que de la démoralisation qui s’est introduite dans les familles : « Des générations coupables ont souillé le mariage et porté le trouble dans la maison : c’est la source des fléaux qui désolent la patrie4». Et à ces mœurs déréglées il oppose l’exemple de cette race énergique de soldats-paysans « qui rougit