‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 2)Chapitre 67 sur 92 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

VIKGILE. 259

Christ que le poète avait voulu parler. On racontait qu’au plus fort de la persécution de Dèce, trois païens du midi de l’Italie furent convertis en lisant Virgile et qu’ils vinrent s oflrir au martyre1. Dans son discours aux Pères du concile de Nicée, Constantin n’hésita pas à s’appuyer sur la quatrième églogue et à en traduire la plus grande partie pour établir la divinité du Christ. L’opinion qui faisait de V irgile un voyant et un apôtre reçut ainsi une sorte de consécration solennelle. Elle n’a guère été contestée au moyen âge. Il était d’usage alors, dans certains pays, que le jour de Noël on réunît dans la nef de l’église tous les prophètes qui avaient annoncé la venue du Christ et qu’on les invitât l’un après l’autre à venir répéter leurs prédictions devant le peuple. Après Moïse, Isaïe, David et les autres personnages de l’ancienne loi, on appelait Virgile : « Allons, lui disait-on, prophète des gentils, viens rendre témoignage au Christ 2. » Aussitôt Virgile s’avançait « orné de riches vêtements, sous les traits d’un jeune homme 3 », et il prononçait ces mots, qui ne sont qu’une variante légère d’un des vers de son églogue : « Une race nouvelle descend du ciel sur la terre 4 . »

Assurément cette opinion, prise à la lettre, est fausse. Le Christ n’est pas né en 714, sous le consulat de Pollion, il est né une quarantaine d’années plus tard : l’erreur

1. Tillemont, Hist. eccles., III, 331. On sait aussi que Dante raconte que Stace a été converti par la lecture de la quatrième églogue. Le poëte de la Thèbdide, rencontrant Virgile dans le purgatoire, le remercie de lui avoir fait connaître la vérité et le salue en lui disant ? Per te poeta fui, per te Cristiano.

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