Epist.. 48, 11 Philosophai promilUl ut
SENÈQUË Et SAINT PAUL 91
Sénèque avait hérité ces sentiments des philosophes qui l’avaient précédé et dont il était l’élève. M. Zeller fait remarquer 1 que le stoïcisme romain tient certains caractères particuliers du sage qui en fut le fondateur et le père. De tous les philosophes du Portique, Panætius est celui qui, d’un côté, se prêta le mieux aux accommodements avec les autres sectes, de l’autre résista le plus à ces complaisances fâcheuses que les stoïciens témoignaient pour les croyances grossières de la foule. C’est de lui que les premiers philosophes romains ont pris leur penchant vers l’éclectisme et ce remarquable esprit d’indépendance à l’égard des religions populaires. Ces sentiments sont ceux de Sénèque; au point de vue religieux, on peut dire qu’il est dans la tradition de Cicéron et des philosophes de l’école républicaine. 11 raille, comme eux, les dieux de la mythologie; il ne parait pas aimer plus qu’eux les interprétations que les stoïciens en donnent et les fables dont ils remplissent leurs livres pour flatter les goûts du peuple2; comme eux encore, il conseille d’accomplir les pratiques extérieures du culte, mais uniquement parce qu’elles sont commandées par la loi et consacrées par l’usage, tamquam iegiôus jussa, non tamquam dis grata3. Il faut donc plutôt le rattacner au passé que le regarder comme un précurseur de l’avenir. Il était en réalité un des derniers représentants de l’ancienne école, et c’est ce qui peut expliquer en partie que sa réputation et son influence lui aient si peu survécu. Le siècle qui le suivit ne paraît pas lui avoir été favorable. Tacite le juge avec une impartialité malveillante; les grammairiens et les rhéteurs, Quintilicn, Aulu-Gelle, Fronton, le maltraitent sans se gêner; les philosophes, même ceux de sa
1. Zeller, Religion und Philosophie bei den Rômern.— 2. Sén., De benef., 1, 3, 8. — 3. Fragin., 38.
02 SÉNÈQUE ET SAINT PAUL
secte, comme Épictète et Marc-Aurèle, ne prononcent pas son nom. Ce discrédit subit, après une si grande faveur, ne nous surprendra plus, quand nous saurons qu’après lui ses doctrines furent en partie abandonnées, et qu’au moins, en ce qui touche aux choses religieuses, la philosophie siîivit une direction différente.