‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 3)Chapitre 47 sur 98 · Ovide, An amal-, ni · texte numérisé non relu

Ovide, An amal-, ni

LES FEMMES

vent savoir les vers des poètes qui ont célébré l’amour, surtout ceux deCallimaque et de Sapho, et ceux des Romains qui les ont imités. Il est question, dans Horace, de grandes écoles où de jeunes et belles affranchies apprenaient à chanter les poésies de Catulle, sous la direction des plus grands musiciens de Rome1. Ces talents qu’elles se donnaient avec tant de peine ne leur furent pas sans profit. Quelques-unes d’entre elles arrivèrent à d’aussi brillantes fortunes que les courtisanes de la Grèce. Telle fut la comédienne Cythéris, la maîtresse du riche Eutrapelus et d’Antoine, celle dont l’infidélité causa tant de douleur à Gallus, que son ami Yirgile crut devoir, dans une églogue, convoquer tous les dieux de l’Olympe pour venir le consoler. Cicéron raconte qu’il dîna un jour avec elle, en compagnie du sage Atticus et d’autres gens d’importance, et il s’excuse gaiement de l’avoir fait en rappelant que le philosophe Aristippe ne rougissait pas d’êlre l’amant de Laïs2. L’exemple des Grecs commençait donc à gagner les Romains; on s’habituait, à ce qu’il semble, à ce partage de la vie qui existait chez eux entre la courtisane et l’épouse légitime, et Antoine avait osé traverser toute l’Italie suivi de deux litières, dont l’une portait sa femme et l’autre Cythéris3*1

Les Romains s’arrêtèrent pourtant sur cette pente. Malgré de grands déréglements, ils ne sont jamais arrivés tout à fait à cette facilité des mœurs grecques qui met lYpouse et la courtisane à peu près sur la même ligne. Ce qui ne fut pas inutile à les préserver de cet excès, c’est l’habitude que prirent alors les femmes de ne pas s’occuper seulement des devoirs sérieux de la vie et de re- ' chercher aussi les agréments plus futiles que l’opinion

1. Horace, Sat., I, 10, 91, et les commentateurs. — 2, Cic., Ad fam., ix, 26. — 3. Cic., Ad Att., x, 10, 5.

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semblait U nr interdire. En remplaçant leur roideur ancienne par des manières plus aisées, en se permettant d’apprendre la danse et le chant, en devenant plus sensibles aux jouissances des lettres et des arts, en osant sortir de leur intérieur sévère pour se mêler plus souvent aux réunions du monde, elles désarmèrent les courtisanes de leurs plus puissantes séductions. Le Romain qui pouvait trouver réunies chez sa femme des qualités que le Grec divisait était moins tenté de les chercher ailleurs. De tout temps il y avait eu des matrones qui avaient voulu s’affranchir de cette réserve que les préjugés leur imposaient. On en avait vu, même aux époques où les moeurs étaient le plus sévères, qui essayaient de se donner un peu plus de liberté et qui osaient acquérir des talents suspects. Vers le IVe siècle, la vestale Postumia fut accusée d’avoir manqué à ses devoirs. La seule raison qu on avait de le croire, c’est qu’elle se mettait trop bien et qu’on lui trouvait un esprit trop enjoué: ce goût pour la parure et pour la gaieté la faisait soupçonner de tous les crimes. Elle fut pourtant acquittée; mais le grand pontife, en la rendant à ses fonctions, eut soin de lui recommander de mener désormais une vie plus grave et d accomplir son ministère € plutôt comme une sainte femme que comme une personne d’esprit 1 ». On était devenu bien moins rigoureux vers la fin de la république Le nombre des femmes mieux élevées, plus .instruites, était alors plus considérable. Plutarque nous dit de Cornél.e, qui avait épousé Pompée, « qu’elle était lettrée, jouait o la lyre, connaissait la géométrie et pouvait écouter avec fruit des conversations philosophiques. » Il ajoute « qu elle avait su se préserver des défauts que n’évitent pas toujours les jeunes femmes qui sont versées dans ces études, l’exa-

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