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sirs, c’était une consolation de reposer dans la même tombe. Ce désir était surtout très-vif parmi les associations les plus humbles ; leurs protecteurs le savaient bien, et une de leurs libéralités consistait à aider le collège qui leur avait fait l’honneur de les nommer dans la construction de son tombeau. « C. Valgius Fuscus, dit une inscription d’une petite ville d’Italie, a donné ce terrain au collège des muletiers de la porte des Gaules pour la sépulture des associés, de leurs descendants, de leurs femmes et de leurs concubines1. »
Ainsi dans la plupart des collèges il était d’usage que les associés se faisaient enterrer ensemble ; mais indépendamment de ceux qui, fondés pour d’autres intérêts, se construisaient des tombeaux communs, il y en avait dont la sépulture était l’unique affaire et qui n’étaient institués que dans le dessein spécial de fournir à peu de frais une tombe à leurs membres. Ces collèges funéraires, comme on les appelle ordinairement, sont très-imparfaitement connus. Ils devaient être fort nombreux ; le nom qu’ils prenaient, la façon dont ils étaient constitués, ont sans doute beaucoup varié selon les pays et les époques; aujourd’hui nous ne pouvons plus distinguer parmi eux avec quelque assurance que deux groupes différents qu’il importe d’étudier à part. Le premier de ces groupes a eu l’avantage de laisser des monuments qui de bonne heure ont attiré l’attention des savants sur lui ; on les appelle des colombiers ( columbaria ) : ce sont des édifices souterrains dans les murs desquels on creusait de petites niches qui contenaient une ou deux urnes2. A l’origine, ces columbaria étaient destinés à réunir après leur mort les
1. Orelli, 4093. — 2. Les columbaria n’ont été encore retrouvés qu’à Rome. On peut voir, sur ces columbaria, le mémoire de M. Ilenzen, Ann. de l'Inst. arch., 1856.
affranchis et les esclaves des maisons riches : les serviteurs faisaient partie de la famille aussi, et c’était le devoir d’un maître généreux de ne pas négliger leur sépulture. On a retrouvé le columbarium qui contient tous les affranchis de Livie. Quelquefois des étrangers étaient admis à contribuer aux dépenses du monument, et ils avaient naturellement leur part de propriété quand il était fini *. Les gens qui n’avaient pas de tombeau de famille regardaient comme avantageux de trouver place dans ces édifices qui résistaient mieux au temps et à la malveillance qu’une pauvre tombe isolée, placée sur le bord d’un grand chemin; aussi prit-on bientôt l’habitude de s’associer pour faire construire un columbarium à frais communs. Ce qui caractérise les associations de ce genre, c’est qu’on ne les appelle pas des collèges, mais des sociétés, et que ceux qui les composent se contentent de prendre le nom général de socii sans y rien ajouter. En réalité, elles sont tout à fait organisées comme les collèges ordinaires : la société a ses administrateurs qui font construire le columbarium , ses questeurs chargés de surveiller la caisse commune, ses décurions, parmi lesquels on trouve quelquefois des femmes. Le monument achevé, on se partage les places : chacun reçoit un certain nombre de niches, suivant sa mise de fonds; s’il en a trop pour son usage, il les donne ou les vend : il se faisait là, comme dans les catacombes chrétiennes, un véritable commerce de tombes. L’acheteur, pour n’être pas inquiété, mentionne souvent le contrat sur son épitaphe; il indique le nombre et la place des niches qu’on lui a cédées2, et il a soin de dire que la vente s’est faite en présence des
1. C’est ce qui sc voit très-clairement dans l’inscription suivante : ex domo Scribonice Cæscris libertomm Uberlarumque et qui in hoc monumentum contulerunt (Orelli, 612). — 2. Otto Jahn, Spec. epigr. p. 33 et sq.
associés pour la rendre plus solennelle1. Les gens qui sont enterrés dans ces columbaria appartiennent à des conditions très-différentes, mais les plus nombreux sont les affranchis des grandes maisons, surtout ceux qui appartiennent à la domesticité impériale. Les columbaria nous donnent quelque idée de cette multitude de gens attachés au service du prince. Tous les métiers qu’on exerçait au Palatin s’y retrouvent. On a même découvert, dans celui de la porte Latine, la tombe d’un malheureux dont le rôle était bien difficile : il était chargé d’amuser Tibère. C’était un mime fort habile qui, dans son épitaphe, s’attribue l’honneur d’avoir imaginé le premier d’imiter les avocats 2.
L’autre groupe des collèges funéraires est beaucoup moins connu; c’est seulement de nos jours qu’il a été étudié avec quelque soin3. Il comprend des associations très-nombreuses qui se distinguent des autres par la façon dont on les désigne ordinairement : leurs membres prennent le nom d’un dieu dont ils se disent les adorateurs ( cullores Jovis, cultores Herculis , etc ). On avait cru jusqu’à présent que c’étaient des collèges purement religieux et qu’on ne les avait institués que pour honorer le dieu dont ils portaient le nom. M. Mommsen remarqua le premier que toutes les associations de ce genre, que le hasard nous avait fait un peu mieux connaître, se trouvaient être de véritables collèges funéraires; il en conclut que les autres devaient avoir la même destination, et cette conclusion a été confirmée par toutes les découvertes récentes. Pourquoi se sont-elles appelées d’une autre manière que les sociétés qui ont fait construire les columbaria? Par quelles différences dans leur constitution
1. Orelli, 4540. — 2. Otto Jahn, Spec. epigr., p. 38. — 3. Le premier qui l’ait étudié avec soin est M. Mommsen, dans son mémoire intitulé : De collegiis et sodalitiis Rommorum, 1843.
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intérieure peut-on expliquer la diversité de leurs noms? C’est ce qu’on ne peut qu’entrevoir. 11 est probable que ces deux genres d’associations ne sont pas tout à fait de la même époque. Les columbaria élevés par des sociétés collectives appartiennent au commencement du ier siècle de notre ère ; tous ceux que nous connaissons ont été construits sous les premiers Césars et n’ont servi que jusqu’aux Antonins. Les collèges du second groupe paraissent plus récents ; on n’en trouve pas de traces certaines dans les inscriptions avant Nerva. C’est donc à cette date, vers la fin du ier siècle, au moment où commençait cette ère des Antonins, qui devait être si glorieuse, qu’un certain changement a dû s’opérer dans l’organisation des collèges funéraires ; mais il n’est pas aisé de dire quelles en étaient la nature et l’étendue. Ce qu’on voit de plus certain, c’est que, pour les funérailles des associés, c’està-dire pour ce qui était l’objet principal de l’association, on ne procédait pas toujours dans la seconde époque de la même façon que dans la première. Les cultores deorum enterraient sans doute encore quelquefois leurs morts dans des tombeaux communs *, mais ils avaient aussi une autre manière de pourvoir à la sépulture de leurs membres. C’est ce qui nous a été révélé par la découverte qu’on a faite, en 1816, de la loi du collège des adorateurs de Diane et d’Antinoüs.
Ce monument curieux a été trouvé dans les ruines delà petite ville de Lanuvium 2 ; il avait été gravé en l'an 136, vers la fin du règne d’Hadrien. L’association à ce moment venait de naître ; un magistrat de la ville, qu’elle avait nommé son protecteur et qui prenait ses fonctions au sérieux, voulut donner plus de publicité à son règlement et le fit afficher sous le portique du temple