Quintilien, Vin
LES ENCLAVES
Luculliiset le pria de lui prêter une centaine de tuniques. «Cent tuniques! répondit le riche Romain, où voulezvous que je les prenne ? Néanmoins je ferai chercher. » Le lendemain, il en envoyait cinq mille l. L’administration de ces immenses fortunes devait donner beaucoup de peine. Aussi le maître se dispensait-il souvent de s’en occuper. Tout entier au plaisir, il abandonnait ses affaires à des intendants qui le volaient. Quand il consentait à les diriger lui-même, ce travail pénible n’était pas sans profit pour lui. On a prétendu avec raison que, si la noblesse romaine a eu pendant des siècles le sens politique, si elle s est montrée capable de commander au monde, c’est que chacun pouvait faire chez soi l’apprentissage du gouvernement. L’exploitation de ces vastes domaines, ces millions de sesterces à manier, ces nations d’esclaves à conduire, faisaient de tous ces grands seigneurs, dès leur jeunesse, des administrateurs et des financiers.
D’ordinaire chacun imite ce qu’il voit faire au-dessus de lui, et il est d’usage que les classes inférieures reproduisent autant qu’elles le peuvent les exemples que 1 aristocratie leur donne. On vient de voir qu’à Rome les nobles mettaient leur luxe à posséder beaucoup d’esclaves; la bourgeoisie faisait comme eux. Peut-être nu me ce grand nombre de serviteurs est-il plus frappant encore dans les maisons modestes, tant il y semble peu en rapport avec la fortune du maître. Marcus Scaurus qm devin t plus tard un grand personnage, avait commencé
son n,r<3 feS Pauvre. R disait, dans ses mémoires, que son pere ne lu, avait laissé que 37 000 sesterces (7400 fr ï et dix esclaves2. Assurément celui qui ne posséderait
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