‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 4)Chapitre 4 sur 93 · Sén., Epist., 108, 3.-2. Epist · texte numérisé non relu

Sén., Epist., 108, 3.-2. Epist

entendu Sotion, il s'abstint pendant un an de la chair des animaux ^ Les exhortations d'Attale lui donnèrent la passion de la frugalité; pour dompter son corps, il aurait voulu ne vivre que de pain et de bouillie. C'était une ardeur de nouveau converti qui ne dura pas. « Ramené par la vie, dit-il, aux usages de tout le monde, je n'ai pas conservé grand'chose des résolutions de ma jeunesse ^. » Il en garda cependant l'habitude de se priver de vin, d'huîtres et de champignons, de ne point user de parfums et d'éviter ces bains qui affaiblissent le corps par des sueurs excessives. S'il ne couchait pas tout nu sur un grabat, comme Démétrius, il nous apprend que les matelas de son lit étaient durs, « et qu'ils ne gardaient pas le matin l'empreinte de son corps ^ ».

Depuis ce moment, bien des raisons semblèrent devoir l'écarter de ses premières études. Le plaisir et l'ambition se disputèrent son temps; mais au milieu de toutes les traverses de sa vie agitée, il ne cessa pas de revenir toujours à la philosophie. Probablement il se cachait un peu pour l'étudier tant que vécut son père : le vieux rhéteur se défiait d'elle et il ne comprenait pas qu'on pût rien mettre au-dessus de l'éloquence. C'est pour lui complaire que Sénèque devint un orateur renommé pendant les dernières années du règne de Tibère et au commencement de celui de Galigula. La mort de son père lui rendit la liberté. « Je cessai d'abord, nous dit-il, de vouloir plaider, puis de le pouvoir*. » Ces paroles nous font entendre que lorsque son exil vint l'arracher au forum, il avait perdu le goût d'y paraître, et l'on devine qu'il ne s'en éloignait que pour se livrer tout entier à la philosophie. En se dirigeant de ce côté, non-seulement il

1. Epist, 108, 22. — 2. Epist.^ 108, 15. — 3. Epist., 108. 23. — 4. Epist,, 49, 3.

suivait ses préférences naturelles, mais il travaillait aussi pour sa réputation. C'étaient ses traités philosophiques qui lui donnaient tant de renommée dans le monde. Il pouvait avoir des rivaux pour l'éloquence : le barreau comptait encore des orateurs distingués et habiles, mais aucun d'eux ne joignait comme lui à cette gloire celle d'être un des premiers philosophes de son temps. C'est ce mélange de talents divers, c'est le bruit que faisaient ses ouvrages, c'est l'action qu'il avait sur la société élégante par son enseignement, qui lui créaient une situation particulière, et qui firent qu'Agrippine crut être utile à son fils en appelant auprès de lui, en attachant à sa cause un homme d'un si grand renom.

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