Orelli
riches avaient, comme les pauvres, un grand souci de leur tombeau. Ils savaient bien qu'ils n'en manqueraient pas et qu'ils n'avaient pas besoin de faire partie d'un collège funéraire pour s'en procurer un. Sur un terrain qui leur appartenait, ils pouvaient faire construire quelque beau monument de marbre avec une salle à manger pour les convives et un autel pour les amis fidèles qui devaient venir y sacrifier; ils pouvaient l'entourer comme d'une barrière par des champs et des jardins qui couvraient plusieurs arpents, y bâtir des maisons pour des concierges et des serviteurs, et se donner ainsi après leur mort une demeure aussi somptueuse et aussi sûre que celle qu'ils habitaient pendant leur vie. Leurs préoccupations étaient différentes. Une triste expérience leur avait appris que rien ne vieillit plus vite que les regrets : étaient-ils certains que ceux à l'amitié desquels ils se fiaient pour entretenir leur tombe et la visiter aux jours de fête ne manqueraient pas à ce devoir? Quand même ils y seraient fidèles, ils devaient disparaître à leur tour, et qu'arriverait-il quand ils ne seraient plus ? Une affranchie qui remplit avec soin auprès de sa maîtresse qu'elle a perdue tous ces offices pieux, s'exprime ainsi dans l'épitaphe qu'elle lui a consacrée : a Tant que je vivrai, tu recevras ces hommages; après ma mort, je ne sais*. y> Ce doute se glissait dans tous les esprits et les tourmentait. On se disait qu'une génération suffit pour emporter la mémoire d'une vie éteinte. Un jour devait fatalement arriver où ce nom inscrit sur une tombe ne réveillerait plus aucun souvenir; alors cette salle à manger resterait vide aux anniversaires funèbres, cet autel n'aurait plus de visiteurs, et personne n'y apporterait ni libations, ni roses. Pour retarder le plus possible l'heure de cet isolement
i, Orelli, 6206 : post morlem, nescio.
dont on était épouvanté, quelques-uns imaginaient toute sorte de précautions minutieuses et compliquées. Un habitant de Nîmes avait fait inscrire sur la tombe qu'il se préparait d'avance les noms de trente de ses amis. «Si quelqu'un d'entre eux, disait-il, n'existe plus quand je mourrai, et s'il meurt après moi, alors les survivants éliront au scrutin, à la place de ceux qui ne seront plus, les gens qu'ils jugeront les plus dignes, de manière que le nombre trente soit toujours complet. 11 sera du reste permis à ceux qui ne pourront pas se rendre à mon tombeau aux jours que j'ai marqués d'envoyer quelqu'un dînera leur place^.» Ce qui était bien plus simple, ce qui devait venir d'abord à l'esprit, c'était de confier aux corporations tous ces soins qui concernaient le culte des morts. Elles ne mouraient pas comme les individus, et plusieurs d'entre elles se vantaient déjà de plusieurs siècles d'existence ; en les chargeant d'accomplir ces devoirs funèbres, on pouvait espérer que le tombeau ne serait jamais abandonné. C'est dans ce dessein qu'on leur laissait des terrais ou de l'argent ; les revenus devaient être employés, soit à porter des couronnes sur la tombe du donateur pendant les jours consacrés aux fêtes des morts, soit à venir y faire un repas commun à l'anniversaire de sa naissance. D'ordinaire tout était minutieusement prévu : dans une affaire aussi grave on ne voulait rien laisser à l'arbitraire. Tantôt le nombre des convives était fixé ^: on décidait, par exemple, qu'on n'entendait pas qu'il y en eût jamais moins de douze ; tantôt on leur imposait l'obligation d'être convenablement vêtus. Quelques-uns parlent en maîtres; comme ils payent, ils se croient le droit de commander. Ils ne sont pas d'humeur de souffrir la moindre négligence : si le collège n'accom-
\. Qrelli, 4366. — 2. Orelli, 3999.
plit pas les cérémanies exactement à l'époque marquée, il payera une amende ou rendra l'argent. D'autres prennent un ton plus humble. Ils n'ignorent pas qu'une promesse a moins de chance d'être tenue quand on sait que celui à qui on l'a faite n'est plus là pour l'exiger; aussi comptent-ils beaucoup plus, pour obtenir ce qu'ils désirent^ sur la reconnaissance que sur les menaces. « Je vous en prie, dit l'un d'eux, mes chers collègues, veuillez bien vous charger, avec l'argent que je vous laisse, de faire célébrer un sacriflce pour moi aux jours ordinaires*. » Ce sont les pauvres surtout qui s'expriment avec humilité. Un ancien soldat prétorien retiré en Espagne et sa femme adressent sur le tombeau de leur fille un appel touchant à quelque collège funéraire dont ils font partie : « Parents infortunés, nous supplions au nom de notre enfant nos collègues actuels et ceux qui viendront après nous. Puisse aucun de vous n'éprouver jamais une douleur semblable, si vous avez le soin d'entretenir sur sa tombe, aux frais du collège, une lampe qui brûlera toujours-. » Remarquons que le Christianisme a conservé presque tous ces usages en les transformant; les mots mêmes ont à peine changé. Lorsque, dans des inscriptions païennes, des femmes ou des enfants nous disent qu'ils instituent ces fondations pieuses en mémoire de leur mari ou de leur père, ob memoriam mariti^, nous songeons à ces chapelles élevées au-dessus des catacombes, à l'endroit où les saints étaient ensevelis, et qu'avant Constantin on appelait les Mémoires des martyrs, Memoriœ martyrum. Ces cérémonies annuelles, festins ou sacrifices, dont on chargeait des collèges, pour être sûr qu'elles s'accompliraient toujours, qu'est-ce autre chose que ce que l'Église
1, OrelU, 4107. — 2. Corp. mscr. lat., n, 2102. — 3. Orelli, 241 7.
appelle un service perpétuel? Seulement ce service, au lieu d'être célébré à l'anniversaire de la naissance, fut transporté par les Chrétiens à l'anniversaire de la mort : la vie véritable ne datait pour eux que du jour où l'on entrait dans l'éternité.
L'habitude des repas communs ie>serre les liens qui unissent les associés. — Fraternité qui règne dans les collégos. — Services qu'ils ont rendus aux classes laborieuses et aux esclaves. — Sontils jamais devenus de véritables sociétés de secours mutuels ? — Les collèges formés par les soldats sont ceux qui paraissent se rapprocher le plus de nos sociétés charitables. — Les associations païennes et le Christianisme.
Ces usages, devenus communs au n^ siècle, eurent des conséquences graves, sur lesquelles il nous faut insister. Par suite des libéralités faites par les protecteurs, les repas de corps se multiplièrent dans les collèges et ils en devinrent bientôt la principale occupation. L'un d'entre eux a la franchise de s'appeler lui-même la société des gens qui dînent ensemble^ ; presque tous auraient mérité ce nom. En devenant si fréquentes, ces réunions donnèrent aux associés l'habitude de vivre en commun et resserrèrent les liens qui les unissaient. Ces liens avaient été de tout temps assez étroits. M. Mommsen pense que les sodalités, dans l'origine, étaient formées de membres d'une même famille ; on s'habitua plus tard à choisir les confrères dans des familles différentes, mais ils contractaient par leur association une sorte de parenté spirituelle qui leur imposait certains devoirs , celui , par exemple, de ne pas s'accuser en justice^. Avec le temps,
1. Orelli, 4073 : Convidores, qui una epulo vesci soient. — 2. Mommsen, De colleg., p. 3.
les collèges avaient beaucoup changé, les anciennes coutumes s'y étaient presque entièrement perdues ; cependant ceux qui en faisaient partie, qui s'asseyaient sans cesse à la même table, qui devaient souvent reposer dans le même tombeau, persistèrent toujours à ne pas se regarder entre eux comme des étrangers. Certains collèges avaient pris l'habitude de célébrer chez eux toutes les solennités qu'on fêtait dans la famille. On s'y donnait des étrennes au premier de l'an ; on se rassemblait aux fêtes des. morls; on dînait ensemble le 8 des calendes de mars, jour où, d'après l'usage, tous les parents devaient se réunir autour d'une table commune, «afin que si quelque querelle s'était élevée entre eux dans l'année, la joie du festin qui porte à la concorde et à l'oubli les amenât à se réconcilier». C'était, comme on l'appelait d'un nom touchant, «le jour de la chère parenté*». Aussi arrivait-il plus d'une fois que lorsqu'on n'avait pas d'héritier, on laissait sa fortune à ses collègues. En Bètique, où l'on avait coutume d'inscrire sur la tombe de quelqu'un dont on voulait faire l'éloge : Il fut pieux envers les siens, pius in suos, on disait aussi qu'il l'avait été envers ses associés, pius in collegio- ; ces deux devoirs semblaient donc être mis sur la même ligne. Ce qui achevait de faire ressembler ces associations à la famille, c'était la façon dont on désignait souvent les associés et les dignitaires. Le protecteur et la protectrice prenaient le nom de père et de mère du collège, les associés s'appelaient quelquefois entre eux des frères : c'est ainsi que dans une inscription de Home quelqu'un nous fait savoir qu'il donne un monument qu'il a restauré « à ses frères du collège des habitants du Vélabre^», et que
1. Orelli, 2417. Ovide, FasL, w, «17. — %. Qorp inscr. lat., u, 1976. — 3. Orelli, 1485.
deux dévots qui ont élevé un autel à Jupiter, père de tous les dieux, nous apprennent qu'ils l'ont dédié « avec l'aide des frères et des sœurs *».
Ces beaux noms n'étaient pas tout à fait des mensonges, et l'on ne peut étudier la constitution intérieure des collèges sans reconnaître qu'il y régnait une sorte de fraternité. Malgré le respect qu'on y témoignait pour la hiérarchie sociale, tous les membres avaient des droits égaux. Ils étaient tous appelés à voter les lois et les décrets de l'association, et l'on mentionnait quelquefois dans ces décrets, pour leur donner plus de force et d'autorité, qu'ils avaient été faits « en assemblée générale^». Cette assemblée n'était regardée comme régulière et ne pouvait faire des lois que si le nombre des votants atteignait un chiffre fixé d'avance^ : de cette façon le règlement supprimait les coups de surprise et d'autorité. Il en était de même pour l'élection des dignitaires de l'association : tout le monde avait le droit d'y concourir, et il est dit expressément qu'ils sont nommés par le suffrage de tous*. Quelquefois sans doute le vote a lieu d'une façon assez sommaire. Quand la société a le bonheur de posséder quelque homme important, dont elle espère de grandes libéralités, on le nomme par acclamation, sans prendre la peine d'aller aux voix; mais on a soin de dire que ces acclamations sont unanimes, et que par conséquent les plus pauvres ont manifesté leur opinion comme les
i. Orclli, 1238. Il n'est pas douteux qu'on ne se soit assez souvent donné ce nom de frères dans les collèges. Voyez Corp. inscr. lat., ni, 2509; Orelli, 2318, et cette inscription où il est question du collegium fralrum sellariorum, Bull, de Vinst. de corr. arch., 1850, p. 152. Mais Borghesi est allé trop loin quand il a cru qu'on se le donnait aussi dans les grands collèges sacerdotaux de Rome. Voyez, Œuvres, m, AU et la note de M. Mommsen. — 2. Orelli, 2417 : conventupleno. — 3. Orelli, iloi : numerum habentibus, — 4. Muratori, 518, 6 : suffragio universorum.
29i LES CLASSES INFÉRIEURES
autres*. Si tous les associés sont électeurs, ils sont aussi tous éligibles. En réalité, dans les collèges comme dans la cité, les honneurs appartiennent presque toujours aux plus riches. On a vu qu'ils coûtent très-cher, et il ne convient pas qu'on lesreciierchc si l'on ne pv.ut pas les payer; mais il n'y a point d'article dans le règlement qui défende expressément aux plus humbles d'y parvenir, et l'on a des exemples qui prouvent qu'ils y sont quelquefois arrivés. Dans les associations qui contiennent des hommes libres et des esclaves, on réserve d'ordinaire à ces derniers une petite part d'autorité dans un ordre inférieur. Les fonctionnaires libres appelés mogistri ont sous leurs ordres des fonctionnaires esclaves sous le nom de ministri'^. C'est quelque chose déjà; on est allé plus loin encore. L'esclave s'est quelquefois glissé parmi les fonctionnaires les plus élevés et il a pris place au milieu d'eux ^. Il pouvait donc se faire qu'il commandât à des hommes libres : qui l'aurait souiTert il y a quelques années dans la république chrétienne des États-Unis? On peut dire d'une manière générale que c'est l'esclave qui gagna le plus à la fraternité des collèges. Jusque-là les esprits les plus généreux, ceux qui souhaitaient sincèrement rendre son existence plus douce, s'étaient contentés de lui assurer un peu plus de bien-être et de liberté dans le sein de la famille. «Je permets aux miens, dit Pline le jeune, de faire des testaments et je les respecte ; je les laisse libres de partager, de donner, de léguer ce qu'ils possèdent, à la condition que ce soit à des personnes de chez moi, car la maison est une sorte de république et de cité pour l'esclave*. » L'association l'en fait sortir; elle
1. Orelli, 4057 : sine su/fragis, ex omnium senlentia. — 2. Corp, i7iscr. lat., i, 1129. — 3. Corp. inscr. lat., i, 1406. — 4. Pline, Epist., vm, 16.
ouvre pour lui ces portes si rigoureusement fermées, elle l'introduit dans un monde qui lui est nouveau, où il fréquente des hommes libres dont il se trouve l'égal, dont il peut devenir quelquefois le supérieur. A la vérité, pour qu'un esclave puisse être reçu dans un collège, la loi exige qu'il obtienne le consentement de son maître ; mais Uâie fois le consentement donné, il lui échappe en partie. Il a des réunions, des intérêts, des amitiés, des appuis hors de la famille; on le consulte, on l'écoute, on le sollicite, on le flatte ; pendant les quelques heures qu'il passe dans son collège, il peut oublier qu'il est esclave. C'est une trêve à la servitude; elle est malheureusement bien courte : de retour chez son maître, il y retrouve le travail, les outrages et les coups; rien ne lui appartient, pas même son corps. Il a beau payer avec exactitude la contribution funéraire, après sa mort, son maître, s'il le veut, peut refuser son cadavre à l'association qui le réclame; il peut le garder chez lui, s'il a quelque vengeance à exercer, et le faire jeter dans ces excavations fétides où pourrissent ensemble tous les esclaves imprévoyants qui n'ont pas pris la peine de se préparer une sépulture. Mais si la société ne peu t pas venir le lui arracher, elle se permet au moins de flétrir la conduite du maître : elle dit qu'il est injuste, et célèbre en face de lui une cérémonie funèbre en l'honneur de cet esclave qu'il veut outrager. Le droit d'association, qui, comme on vient de le voir, relève l'individu dans le collège, relève aussi le collège dans la cité. Ces pauvres gens isolés ne comptaient guère; réunis, ils prennent une certaine importance. Dans les inscriptions où l'on énumère les libéralités faites par les magistrats municipaux à la ville qui les a élus, les collèges sont toujours nommés avant la plèbe et on leur donne une somme plus forte. Ils interviennent aussi quelquefois dans les affaires publiques. Parmi les affi-
ches électorales qu'on rencontre en si grand nombre sur les niurs de Pompéi, plusieurs sont l'œuvre des collèges de la ville. Ils ont leurs candidats qu'ils recommandent au peuple. Quelques-uns s'expriment d'une façon modeste : «Les marchands de bois et les charretiers vous demandent d'élire Marcellinus*. » D'autres ont un ton plus décidé : « Les pêcheurs nomment pour édile Popidius Rufus -. )) Ces pécheurs connaissent la force que donne l'association; c'est ce qui les fait parler avec tant d'assurance.
Quand on songe aux services que les collèges ont rendus aux classes laborieuses et souffrantes de l'empire romain, l'idée vient aussitôt de les comparer à nos associations charitables, et l'on est tenté de voir en eux de véritables sociétés de secours mutuels. Il est certain qu'organisés comme ils l'étaient, ils n'avaient qu'un pas à faire pour le devenir; mais ce pas, l'ont-ils fait? Peut-on établir que d'une manière régulière et permanente ils venaient en aide à leurs membres malades ou indigents? Se regardaient-ils comme institués pour soulager ces misères? a-t-on la preuve qu'ils avaient des fonds réservés à ces dépenses? M. Mommsen est assez porté aie croire ; j'avoue qu'après avoir étudié avec soin les inscriptions qui les concernent, il ne me paraît pas possible de l'affirmer. Ils possédaient, comme on le sait, des caisses communes alimentées par des contributions mensuelles; seulement la loi exigeait que cet argent ne fût affecté qu'aux frais des funérailles. Ils recueillaient des libéralités nombreuses qui leur venaient de leurs magistrats ou des gens riches qui s'intéressaient à leur œuvre; mais le produit en était presque toujours employé au même usage : il servait à des repas solennels célébrés
1. Corp. inscr. lat., iv, 485. — 2. Corp. inscr. laU, iv, 826.
en mémoire du donateur à des époques qu'il avait fixées. Sans doute ces libéralités, à les prendre par leurs résultats plutôt que par leur principe, avaient souvent les mêmes effets que les secours qu'un homme charitable distribue aux malheureux; ces festins éternels que le protecteur offrait aux associés devaient diminuer leurs dépenses particulières; ils y trouvaient en réalité autant de profit que de plaisir. Le profit fut plus grand encore quand on eut l'idée de remplacer les repas par des distributions de vivres et d'argent. La veuve d'un riche affranchi de l'empereur, chargé de la surveillance de ses musées, en laissant au collège d'Esculape et d'Hygie 50 000 sesterces (10 000 francs), règle d'avance, selon l'usage, la manière dont les revenus de cette somme importante doivent être employés. Elle veut notamment que deux fois par an on distribue aux magistrats les plus élevés de l'association, administrateurs et protecteurs, 6 deniers (4 fr 80 c.) et 8 setiersde vin, à des fonctionnaires inférieurs 4 deniers (3 fr. 20 c.) et 6 setiers,aux associés ordinaires 2 deniers (1 fr. 60 c.) et 3 seticrs, et qu'on leur donne àtous quatre pains ^ Ces dons que chacun emporte chez soi sont un secours utile pour ces pauvres ménages et les aident à vivre; cependant ce n'est pas là véritablement une aumône, une distribution de charité, comme nous l'entendons aujourd'hui. Si le donateur, dans la libéralité qu'il fait aux membres du collège d'Esculape et d'Hygie, avait eu le dessein spécial de soulager leur misère, il aurait donné à chacun selon ses besoins; au contraire, ce sont les magistrats de la société, c'est-à-dire les plus riches, qui reçoivent le plus.
Une particularité remarquable, c'est que jusqu'à présent les associations formées par les soldats sont celles