S. Aug., De mot. cwies. mcnoi., 'M
étaient des hommes comme les autres, et ce sentiment était bon : le dernier degré dans la servitude, c'est de n'en plus être choqué, de la croire légitime, d'accepter sans répugnance les outrages qu'on reçoit. Plus la situation qu'on occupe est basse, plus c'est un devoir de se relever le cœur. Il faut pourtant avouer que l'influence des collèges ne parvint guère à changer la condition des esclaves. L'égalité ne pénétra que très-discrètement dans la maison du maître, et les anciens préjugés y conservèrent jusqu'à la fin beaucoup de force. Nous avons vu qu'on se traitait quelquefois de frères dans les associations païennes ; mais on peut dire que ce beau nom avait perdu en partie sa force avant d'avoir produit tout son effet. Les sénateurs aussi sous les Antonins s'appelaient entre eux des frères, quoiqu'il leur arrivât très-souvent de se détester ; l'Église rendit toute son énergie à ce mot, qui était en train de devenir un terme de politesse banale. Quand elle se nomme elle-même l'assemblée des frères, Ecclesia fratrum, elle entend que tous ceux qui la composent remplissent exactement les devoirs de la fraternité ^.
C'est sous cette impulsion puissante que le rôle des associations s'étend et qu'elles s'imposent des obligations nouvelles. La différence qui sépare des autres celles des Chrétiens est nettement marquée dans un passage célèbre de TertuUien. (Notre trésor, dit-il, quand nous en avons un, n'est pas formé des sommes que versent les ambitieux qui veulent obtenir chez nous des honneurs, et ce n'est pas en mettant notre religion aux enchères que nous le remplissons. Chacun apporte tous les mois une cotisation modique. II paye s'il le veut, quand il
1. On voit bien que ce nom de frères avait une autre signification chez les Chrétiens que dans les collèges. « Les païens, dit Minutius Félix, nous portent envie parce que nous nous appelons des frères : sic nos, quod invidetis, fratres vocamus. » {Octav., 31.)
veut, ou plutôt quand il peut; personne n'est forcé de rien verser, les contributions sont volontaires. Nous regardons cet argent comme un dépôt qui nous est confié par la piété : aussi ne le dépensons-nous pas à manger et à boire ; nous nous gardons bien de l'employer à d'indécentes orgies. Il sert à donner du pain aux pauvres et à les ensevelir, à élever les orphelins des deux sexes, à secourir nos vieillards *. » Voilà ce que n'ont jamais fait les sociétés païennes, au moins d'une manière régulière et permanente ; ce noble emploi de leur fortune leur était généralement inconnu. Dans cette voie de bienfaisance et d'humanité, où elles s'étaient avancées si loin, elles n'ont pas atteint le terme. Ce n'est pourtant pas que le temps leur ait manqué pour accomplir ce dernier progrès; si, pendant ces deux siècles où elles ont été si florissantes, elles ne se sont pas avisées de se servir de leurs fonds « pour donner du pain aux pauvres, élever les orphelins, secourir les vieillards », c'est qu'il n'était pas dans leur nature de le faire. L'empereur Julien le constate lorsqu'il attribue le succès du Christianisme au soin qu'il prend des étrangers et des pauvres, et qu'il recommande aux prêtres de sa religion de bâtir partout des hospices et de distribuer des secours aux mendiants de tous les cultes ', C'est la preuve manifeste que les associations païennes ne le faisaient pas, et qu'elles s'étaient approchées de la charité sans l'atteindre.