‹ La religion romaine d'Auguste aux Antonins (volume 5)Chapitre 21 sur 100 · Tite-Live, xxix · texte numérisé non relu

Tite-Live, xxix

faites pour l'arrêter. Une école savante, à laquelle appartenaient iElius Stilo et son illustre disciple Yarron , se donna la tâche de fouiller avec patience et avec amour le passé de ce vieux culte. De même qu'on essaya chez nous, à l'époque delà Restauration, de ramener les indifférents aux croyances chrétiennes par un retour à l'étude du moyen âge, on revint alors aux antiquités nationales, et surtout aux antiquités religieuses. 11 sembla que cette religion serait moins légèrement traitée si l'on en savait mieux l'histoire ; en faisant connaître l'origine et la signification de ces anciens usages, en montrant qu'ils rappelaient presque toujours quelque souvenir patriotique, on espéra les rendre plus vénérables. Le temps est pour les religions à la fois un affaiblissement et une force; pendant qu'il use les croyances, il leur donne cet aspect antique qui impose le respect. Ces tentatives, qui vinrent de divers côtés et prirent des lormes dilTérentes, avaient pourtant un caractère commun : elles étaient moins l'œuvre de dévots que de politiques et furent faites dans l'intérêt de l'État plutôt que dans celui de la religion. Il nous semble aujourd'hui que, pour ranimer la foi chez les autres, il faut d'abord l'avoir soi-même ; les réformes qui se sont accomplies dans diverses églises chrétiennes ont eu pour auteurs des gens pieux et convaincus. Chez les Romains, ceux qui venaient au secours de la religion en péril étaient surtout des patriotes zélés, ils ne se piquaient pas d'être des croyants sincères. Varron n'hésite pas à reconnaître qu'on racontait sur les dieux des fables absurdes; il avoue de bonne grâce que ce culte, dont il était le champion, avait été mal fait c( et qu'il s'y prendrait autrement, s'il pouvait le refaire* »; mais il existait depuis longtemps, l'État s'était bâti sur lui, et l'on ris-

Page 1