‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 112 sur 155 · Ovide, Ars amat, m · texte numérisé non relu

Ovide, Ars amat, m

ÎÎO LES FËMlVÎÉà.

vent savoir les vers des poètes qui ont célébré l*amoul', surtout ceux de Callimaque et de Sapho, et ceux des Romains qui les ont imités. Il est question, dans Horace, de grandes écoles où déjeunes et belles affranchies apprenaient à chanter les poésies de Catulle, sous la direction des plus grands musiciens de Rome*. Ces talents qu'elles 86 donnaient avec tant de peine ne leur furent pas sans profit. Quelques-unes d'entre elles arrivèrent à d'aussi brillantes fortunes que les courtisanes de la Grèce. Telle fut la comédienne Cythéris, la maîtresse du riche Eutrapelus et d'Antoine, celle dont l'infidélité causa tant de douleur à Gallus, que son ami Virgile crut devoir, dans une églogue, convoquer tous les dieux de l'Olympe pour Venir le consoler. Cicéron raconte qu'il dîna un jour avec elle, en compagnie du sage Atticus et d'autres gens d'importance, et il s'excuse gaiement de l'avoir fait en rappelant que le philosophe Aristippe ne rougissait pas d'être l'amant de Laïs'. L'exemple des Grecs commençait donc à gagner les Romains; on s'habituait, à ce qu'il semble, à ce partage de la vie qui existait chez eux entre la coUrtiêane et réponse légitime, et Antoine avait osé traverser toute l'Italie suivi de deux litières, dont l'une portait sa femme et l'autre Cythéris ^.

Les Romains s'arrêtèrent pourtant sur cette pente. Malgré de grands dérèglements, ils ne sont jamais arrivés tout à fait à cette facilité des mœurs grecques qui met l'épouse et la courtisane à peu près sur la môme ligne. Ce qui ne fut pas inutile à les préserver. de cet excès, c'est l'habitude que prirent alors les femmes de ne pas s'occuper seulement des devoirs sérieux de la vie et de rechercher aussi les agréments plus futiles que l'opinion

1. Horace, Sat., I, 10, 91, et les commentateurs. — 2. Cic, Ad fam., IX, «6. — 3. Cic, Ad Ait., x, 10, 5.

LES l'tMMRS. ^

semblait Uur interdire. En remplaçant leur roldeur ancienne par des manières plus aisées, en se permettant d'apprendre la danse et le chant, en devenant plus sensibles aui jouissances des lettres et des arts, en osant sortir de leur intérieur sévère pour se mêler plus souvent aux réunions du monde, elles désarmèrent les courtisanes de leurs plus puissantes séductions. Le Romain qui pouvait trouver réunies chez sa femme des qualités que le Grec divisait était moins tenté de les chercher ailleurs. De tout temps il y avait eu des matrones qui avaient voulu s'affranchir de cette réserve que les préjugés leur imposaient. On en avait vu, même aux époques où les mœurs étaient le plus sévères, qui essayaient de se donner un peu plus de liberté et qui osaient acquérir des talents suspects. Vers le n* siècle, la vestale Postumia fut accusée d'avoir manqué à ses devoirs. La seule raison qu'oo avait de le croire, c'est qu'elle se mettait trop bien et qu'on lui trouvait un esprit trop enjoué : ce goût pour la parure et pour la gaieté la faisait soupçonner de tous lea crimes. Elle fut pourtant acquittée; mais le grand pontife, en la rendant à ses fonctions, eut soin de lui recommander de mener désormais une vie plus grave et d'accomplir son ministère € plutôt comme une sainte femme que comme une personne d'esprit * >. On était devenu bien moins rigoureux vers la 6n de la république. Le nombre des femmes mieux élevées, plus instruites, était alors plus considérable. Plutarque nous dit de Cornélie, qui avait épousé Pompée, € qu'elle était lettrée, jouait de la lyre, connaissait la géométrie et pouvait écouter avec fruit des conversations philosophiques. > Il ajoute « qu'elle avait su se préserver des défauts que n'évitent pas toujours les ieunes femmes qui sont versées dans ces études, l'exa-

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