‹ La religion romaine d'Auguste aux AntoninsChapitre 66 sur 155 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Cornnent les Romains traitaient les dieux des nations vaincues. — Les religions de l'antiquité n'ont pas connu le prosélytisme et l'intolérance. — Tendance de tous les cultes anciens à s'unir entre eux.

Les premières et les plus profondes modifications que subit la religion romaine lui vinrent de ses rapports avec les religions étrangères. Il ne lui était pas possible de les éviter. L'esprit d'expansion et de conquête qui entraînait les Romains dans tous les pays du monde les mit nécessairement en relation avec des peuples qui pratiquaient des cultes différents. Cette rencontre ne parut d'abord leur causer aucune surprise. Toutes les religions, même les plus opposées, ont des points par lesquels elles se touchent; ce furent ces ressemblances qui frappèrent surtout les Romains : ils crurent le plus souvent retrouver leurs dieux dans ces dieux étrangers. Parmi les mille divinités de leur Panthéon, il y en avait presque toujours quelqu'une qui se rapprochait de la divinité nouvelle; avec un peu de bonne volonté, il était possible de les confondre. « Les Gaulois, dit César, honorent par-dessus tout Mercure; après lui, Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Au sujet de ces dieux, ils ont à peu près la

même opinion que les autres nations ^ » Ces assimilations n'étaient pas aussi fausses qu'elles le paraissent au premier abord. En réalité, tous ces peuples dont l'origine était la même s'étaient séparés avec un fonds commun d'opinions religieuses. Leur façon de Concevoir et d'honorer la divinité se ressemblait beaucoup, et l'instinct populaire devinait ce que la mythologie comparée a depuis établi.

Les différences étaient pourtant quelquefois assez grandes pour qu'on fût bien forcé de reconnaître qu'on se trouvait en présence de dieux nouveaux. La conduite des Romains en cette occasion était toujours la même. On ne peut la comprendre que si l'on se détache des idées que nous donne aujourd'hui le monothéisme. Pour des gens qui ne croyaient pas à l'existence d'un Dieu unique, il n'y avait pas de faux dieux*. La liste qui les contenait en si grande abondance était toujours ouverte pour de nouveaux venus, et aucun scrupule ne pouvait empêcher d'y inscrire quelques noms de plus. On croyait que chaque pays en avait au moins un pour lui, qui le protégeait, qui veillait sur le salut et la prosj)érité des habitants^. Les dieux des différentes nations n'étaient pas tous également puissants, et l'on était tenté de mesurer leur importance sur celle des peuples qui les adoraient, mais tous étaient également vrais. Rome, qui tenait les siens en grande estime, ne méconnaissait pas le pouvoir des autres. Quand les généraux mettaient le siège devant

1. De bello galL, vi, 17. De môme Pline nous dit que les habitants

de Taprobane adorent Hercule \IIist. nat.,\l, 2:2 (24-)]. — 2. Cicérou emploie l'expression falsi dei (De nat. deor., ii, 1); mais il veut entendre par là la manière dont les épicuriens se représentent la divinité. Des dieux sans acliou sur le monde ne sont pas dos difux véritables. — 3. Cic, Pro Flacco, 28 : Sua cuique civilati reliyio ext, nos ira nobis.

336 LES RELIGIONS ÉTUANGÈRES.

une ville ennemie, ils commençaient par essayer d'aUi« rer à eux les divinités protectrices de cette ville. Nous avons conservé la formule curieuse de cette évocation: on y traite avec beaucoup de respect le dieu qu'on veut gagner, et oh lui promet des temples et des jeux s'il consent à se mettre du coté des Romains ^ C'est une preuve évidente qu'on croit à sa puissance. Chacun d'eux a donc pour ainsi dire son domaine et ses terres; on e^t convaincu qu'il règne sur une certaine contrée; quand par hasard on la traverse, on sait qu'on est chez lui, et l'on ne manque pas, quoiqu'on soit étranger, de hii adresser des prières pour obtenir d'avoir part au secours qu'il accorde aux habitants du pays. Le poëte Stace recommande à Isis un jeune homme qui va faire un voyage en Egypte; il la prie de l'accompagner dans toutes ses courses, de lui faire éviter tous les dangers et de le remettre en bon état entre les mains de Mars, le protecteur des Latins *. Les religions étant nationales, quand les peuples étaient en guerre, il pouvait bien y avoir une certaine mésintelligence entre leurs dieux ; comme chacun d'eux prenait naturellement parti pour ses adorateurs, on supposait qu'ils les aidaient de leur puissance et que même ils paraissaient quelquefois dans la mêlée ; mais ils n'y venaient que comme alliés et auxiliaires; co n'était pas pour eux et en leur nom qu'on se battait, leur intérêt n'a jamais armé les hommes entre eux. Les nations antiques, à l'exception des Égyptiens, n'ont pas connu les guerres de religion. Juvénal ne peut pas comprendre que les gens d'Ombros et ceux de Tenlyra soient toujours prêts à se battre ou même à se dévorer « parce que chacune de ces deux villes déteste les divinités de

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