Fragm., 113. — 1 Epist., 88, 37. — 3. Epist., U
d'hui cachées. Que de choses connaîtront nos fils» dont nous ne nous doutons pas l Que d'autres sont mises en réserve pour les siècles futurs, quand la mémoire de notre nom n'existera plus ! La nature ne livre pas en un jour tous ses secrets. Nous nous croyons initiés à ses mystères, c'est à peine si nous sommes entrés dans le vestibule de son temple M » Ce ne sont pas là, je le répète, des sentiments favorables à l'esprit religieux.
Ces dispositions devaient nécessairement éloigner Sénèque du Christianisme. On se trompe beaucoup si l'on croit que les mieux préparés pour la rehgion nouvelle étaient ceux qui attaquaient le plus l'ancienne, et qu'il n'y avait qu'un pas à faire pour qu'un païen incrédule devînt un chrétien convaincu. Les incrédules étaient d'ordinaire plus loin du Christianisme que les dévots. C'est plutôt parmi ceux qui croyaient aux dieux, qui les priaient avec ferveur, qui consultaient à tout propos les augures et les devins, que l'Évangile dut faire ses plus nombreuses conquêtes. Il gagna les premières ces âmes souffrantes et troublées, toujours désireuses do croyances inconnues, comme les malades recherchent des remèdes nouveaux, et qui s'adressaient à lui après avoir traversé, sans se satisfaire, tous les cultes de l'Orient. Ceux-là, au moins, ne niaient pas le surnaturel, ils ne se moquaient pas des miracles, et ils étaient si portés à les accepter qu'ils admettaient même ceux des reHgions qu'ils combattaient Les païens avouaient que le Christ et les apôtres avaient accompli des prodiges ; ils supposaient seulement qu'ils avaient eu recours à la magie pour les accomplir. De leur côté, les Chrétiens ne refusaient pas de croire ce qu'on racontait de merveilleux de Jupiter et d'Apollon; ils l'expliquaient en disant que c'était l'œuvre des démons.