Cf. I, p
doigts ont engendré Agni. Enfin la décuple cachette d*où il sort quand le dieu Yama le découvre rappelle aussi les dix doigts, X, 51 , 3.
§ m. — AGNI ET l'aurore. — AGNI ET L'AURORE ET LA NUIT
L'identification du feu au soleil n'a pas eu, on le sait, les mêmes effets que son identification à l'éclair. Le résultat de celle-ci a été de substituer à peu près complètement dans les formules mj^thiques au nom, d'ailleurs féminin en sanscrit, de l'éclair, le nom de l'élément mâle Agni, tandis que le soleil a continué à figurer le plus ordinairement sous son propre nom dans les formules qui le concernent. Nous devons donc nous attendre à trouver des textes beaucoup plus nombreux pour les relations d'Agni, représentant l'éclair, avec les eaux, que pour celles du même élément, représentant le soleil, avec les aurores. Ce n*est pas qu'Agni ne figure souvent dans les hymnes en relation avec l'aurore. Mais la plupart du temps, il s'agit là du feu de l'autel. Car Agni, indépendamment des rapports qu'il soutient dans chacun des différents mondes avec les éléments femelles du même monde, en soutient d'autres encore de monde à monde en vertu de l'action que le sacrifice exerce sur les phénomènes célestes. Cette influence du feu de l'autel s'étend du reste aux eaux du ciel aussi bien qu'aux aurores. Mais, tandis que les formules concernant les relations d'Agni avec les eaux doivent, d'après le sens de la majorité de ces formules, être rapportées, jusqu'à preuve du contraire, à Âgni-éclair, dans celles qui concernent les relations d'Agni avec les aurores, c'est, au contraire, l'identification d'Agni au soleil qui a besoin d'être prouvée. Tel sera l'esprit dans lequel nous classerons les textes. Telle sera aussi la raison du partage très inégal que nous en devrons faire entre les différents points qui sont à établir.
Les rapports de l'aurore avec le feu de l'autel seront, en raison du grand nombre de formules qui les concernent, étudiés les premiers.
Comme le soleil, le feu du sacrifice brille à l'aurore, 1, 124, 1; 157,1; VII, 10,2. Les formules où se trouvent rapprochés les deux phénomènes lumineux qui se produisent simultanément dans le ciel et sur l'autel sont très nombreuses, I, 124, 11; 11,28,2; 111,5,2; 15,2; IV, 39, 3 ; 45, 5 ; V, 3, 8; VII,
67, 2; X, 6, 3; 122, 7, ©tô. Agnî, brillant « au commencement des aurores », VII, 8, 1;9, 3; X, 45, 5, reçoit Tépithète usharbudh « qui s'éveille à l'aurore », IV, 6, 8. Nombreuses sont les aurores en compagnie desquelles il a brillé ainsi, III, 6,7. Car il brillait déjà avecles aurores anciennes, I, 44, 10, et il continue de briller au commencement de chaque aurore, X, 8, 4. Plusieurs textes insistent sur la correspondance des deux phénomènes, en montrant Agni qui brille, IV, 13, 1 ; 14,1 ;V, 28, 1, qui s'éveille, III, 5, 1, « en face » de l'aurore ou des aurores. Au vers V, 1, 1, l'aurore en face de laquelle Agni s'éveille est comparée à Une vache qui arrive. Avec ce texte, nous sortons déjà de la poésie pure pour prendre pied sur le domaine de la mythologie. Faisons-y quelques pas. Nous trouverons l'idée d'uue union du feu de l'autel avec l'aurore, cf. I, 44, 2, suggérée par la comparaison d'Agni avec l'amant de l'aurore, I, 69, 1 et 9; VII, 10, 1, c'est-à« dire avec le soleil. Nous verrons ensuite l'Agni qui brille « nuit et jour j) appelé lui-même le « bien-aimé i> des grandes aurores, VIII, 19, 31. Il devra alors nous sembler naturel d'identifier au feu de l'autel le dieu qui « désire » l'aurorei cf. m, 61, 6, et qu'elle vient trouver, fidèle au rendeis-vous, jeune fille souriante et le sein découvert, I, 123, 9*10, cf. I, 124, 7.
D'autre part, comme c'est sur l'aurore que le prêtre se règle pour allumer ou pour attiser le feu de l'autel, on a pu dire que l'aurore fait allumer le feu» 1, 113,9, cf. VII, 77. 1, qu'elle fait briller le feu, VII, 80, 2. On dit aussi qu'Agni brille de l'éclat de l'aurore, VI, 15, 5, ou, ce qui revient aii même, qu'il se revêt des aurores, VI, 3, 6. De là à dire que les aurores ont engendré Agni, en même temps que le soleil et le sacrifice, VII, 78, 3, cf. 80, 2, il n'y avait qu'on pas. Nous lisons aussi au vers III, 17, 3 qu'Agni a « trois naissances de l'aurore ». L'une de ces naissances doit être sa naissance comme feu de l'autel. Concluons de là que dans le vers V, 75, 9, « l'aurore a eu un veau * brillant; Te feu a été fait en son temps », il y a d'assez bonnes raisons d'identifier le veau de l'aurore avec le feu qui s'allume.
Mais ce n'est pas l'aurore seule qui est le plus souvent
i. Je considère ruçût-paçu commi ua sjdonyme de t*uçad-valsâ^ autre épi* thëte de TÂurore, h^^h 2* l^o.^9 ce dernier passage, il est à peu près impossible de décid'CT si le veau de TAurore est le feuderautel ou le soleil. Voir plus haut, p. 2.
appelée la mère du feu de l'auteL Le feu terrestre brille même la nuit, IV, 11» 1 ; V, 7, 4; VII, 15, 8. Aussi dit-on qu'il est accru, c'est-à-dire nourri par les nuits, I, 70, 7. Il brille, VIII, 19, 31, il est beau, IV, 10, 5, la nuit et le jour. D'autre part, allumé, ou attisé pour le sacrifice à Tapprocbe de la nuit de même qu'à Taurore, IV, 12, 2; VII, 3, 5, cf. I, 144, 4, il est célébré aux mêmes heures, II, 8, 3 ; IV, 2, 8; aux mêmes heures, la cuiller s'approche de lui, VII, 1, 6. Ed un raot^ le sacrifice du soir est réglé sur la tombée de la nait, comme celui du matin 1 e^t sur le lever de l'aurore. On comprend donc que les nuits aient été comparées, en même temps que les aurores, à des vaches qui mugissent après Agni comme après leur veau, II, 2, 2 Le couple de la Bait et de l'aurore, comparé ailleurs encore à une vache bonne laitière, VII, 2, 6, allaite un petit unique, I, 96, 5, et ce petit n'est autre que le feu de l'autel, que le vers V, 1, 4f nous montre enfanté par « les deux aurores de couleur différente », cf. III, 15, 3, c'est-à-dire toujours par l'antore et la nuit. C'est encore la même idée qui est exprimée dans cette dernière formule, I, 95, 1 : « Les deux femelles da couleur différente marchent droit à leur but ; elles allaitent le reau Tune après l'autre. »
Reyenons à l'aurore seule. Mère du feu de l'autel, elle a pu être aussi considérée comme sa fille en raison de Faction attribnée au sacrifice sur les phénomènes célestes. D'après lesrersl, 124, 1; IV, 2, 19; 3, 11; X, 11, 3, c'est àlanais- MUI06 d'Âgni que les aurores paraissent. Les aurores, en effet, obéissent au sacrifice, VII, 41, 6, cf. IV, 1, 13-20. On dit donc qu'Agni a fait briller les aurores, II, 2, 7 ; V, 76, 1. Au vers VII, 79, 4, le taureau dont le mugissement a fait naître l'aurore est probablement le feu dans lequel les ancêtres ont offert leur sacrifice, cf. IV, 1, 13-20. Enfin, au vers VI, 12, 4, le feu du sacrifice est décidément considéré comme le père de Taurore (cf. encore 111,1, 12).
Mais si Agni, dans les formules qui concernent ses rap*ports avec l'aurore, est le plus souvent conçu comme feu du sacrifice terrestre, on ne peut douter pourtant qu'il j représente aussi quelquefois le soleil.
L'épithète indravantah « compagnons d'Indra », donnée aux feux qui s'éveillent au lever de Tauror^, X, 35, 1, peut déjà suggérer l'idée de feux célestes, d'une tmupe divine plus ou moins complètement identifiée avec les rayons du soleil.
Au vers 1 de l'hymne X, 1, le « grand » feu qui se dresse au commencement des aurores, qui, sortant de robscurité, a est arrivé » plein d*éclat, et qui, dès sa naissance, a «rempli toutes les demeures », peut avec assez de vraisemblance être pris pour le feu du soleil, surtout si Ton rapproche de ce vers les suivants, et particulièrement le vers 3 où est mentionné le c( troisième» séjour d*Agni. Quoi qu'il en soit, Agni a « trois vies )) et « trois naissances de l'aurore », III, 17, 3, ce qui permet de l'appeler le Vaiçvânara, ou le feu « universel »^ des aurores, VII, 5, 5. L'une de ces naissances doit être sa naissance sous la forme du soleil. Enfin, au vers 1 de l'hymne VII, 9, à Agni, « L'amant des aurores s'est éveillé, sortant de leur sein », l'Agni-Soleil nous apparaît à la fois comme le Ôls et comme l'amant des aurores. Un autre genre d'inceste fait l'objet du vers 3 de l'hymne X, 3, adressé pareillement à Agni : « Il est venu, propice, avec celle qui est propice; l'amant suit sa sœur par derrière; Agni, répandant une clarté brillante, a, par son éclat resplendissant, triomphé de la nuit. » 6'est bien là, en d'autres termes, le soleil poursuivant l'aurore comme un homme poursuit une femme, I, 115,2. Voilà donc déjà l'Agni-Soleil fils, amant et frère de l'Aurore. Ce n'est pas tout, et le vers 2 du même hymne X, 3 «... Il a triomphé de la noire, engendrant la jeune femme qui est fille du père sublime », nous apprend que l'Aurore, fille du ciel, a été considérée aussi comme la fille d'Agni-Soleil. Ailleurs encore, dans l'hymne X, 88, où Agni Vaiçvânara est clairement identifié au soleil, nous voyons au vers 12 que c'est ce feu qui a « étendu », c'est-à-dire fait apparaître les aurores brillantes.