‹ La religion védique d'après les hymnes du Ṛig-Véda (volume 2)Chapitre 366 sur 417 · I. Voir ch. I, section V, p. 3i et !«ec(ion IX, p · texte numérisé non relu

I. Voir ch. I, section V, p. 3i et !«ec(ion IX, p

II, 33, 6, cette image suggère Tidée de la colère de Rudra. comparée à une flamme dévorante.

Les Maruts, comme nous Tavons dit, participent dans une certaine mesure du caractère de leur père Rudra. Aussi redoute-t-on leur colère. Comme Rudra, d'ailleurs, on les prie d'écarter le mal qui vient d'eux-mêmes. C'est ce que fait l'auteur du vers I, 39, 8, qui oppose le mal a envoyé par les mortels » au mal « envoyé par les Maruts » en suppliant ceux-ci d'éloigner l'un etl' autre. On leur adresse ces vers : « VII, 58, 2. Votre race, â Maruts, est puissante; vous êtes terribles, trèsirritables, rapides. Ceux qui sont les premiera par la grandeur et la force, tous ceux qui voient la lumière, tremblent â

votre approche 6. J'invoque les fils libéraux de Rudra.

Les Maruts se tourneront-ils de nouveau vers nous ? Qu'ils soient irrités contre nous en secret ou ouvertement, nous détournons ce mal (dont nous menace la colère) des dieux rapides. » Le trait des Maruts, qu'on écarte par des déprécations VII, 56, 9 comme celui de Rudra, est destructeur dos vaches et des hommes ibid,, 17. De fréquents appels sont fait^ à leur miséricorde ibid.; I, 23, 12; 169, 5; V, 55, 9; 57, 8: VI, 48, 12 ; VIII, 7, 30. Le suppliant sait d'ailleurs que leur colère doit être motivée par ses fautes : VII, 57, 4. « Que votre trait soit écarté de nous, ô Maruts, si nous avons commis quelque faute envers vous, comme des hommes que nous sommes ! Puissions-nous n'y être point exposés, ô dieux sainte ! Que votre précieuse bienveillance soit sur nous! »

J'ai signalé déjà plus haut, comme un trait de ressemblance entre Gandharva et Varuna, le lacet dans lequol le premier de ces personnages retient le trompeur IX, 83, 4. Nous y reviendrons toutàl'heure encore. En ce qui concerne Parjanya. nous n'avons à relever ici que les vers 2 et 9 de l'hymne V»83: d'après le vers 9, il frappe en tonnant ceux qui font le mal; d'après le vers 2, il frappe les Raksbas (démons) en même temps qu'il fend les arbres, le monde entier tremble devant lui, et V innocent lui-même prend la fuite, quand il frappe en tonnant ceux qui font le mal. Quant à Savitri, son nom reviendra plus d'une fois dans le cours du présent chapitre. Mais il ne faut pas oublier que ce dieu, dont la miséricorde est implorée au vers I, 35, 10, représente presque exclusivement l'aspect bienfaisant d'une divinité qui, sous son aspect malfaisant, porte le nom de Tvash(ri. Or de Tvash/ri lui-même nous n'avons rien à dire ici, ce personnage, dont l'impor-

tance mythologique a été dûment appréciée plus haut, u'étaut invoqué qu'en compagnie d'autres dieux, et dans des formules peu significatives.

De toutes les divinités dont le caractère a été, dans le chapitre précédent, opposé à celui d'Indra, celles que nous aurons le plus souvent l'occasion de mentionner dans l'exposé qui va suivre sont les /Idityas en général et leur mère Aditi, puis plus particulièrement les trois /4dityas, ou le couple composé de Mitra et de Varuna, ou enfin le seul Varuna, c'est-àdire la plus auguste, mais aussi la plus sévère des divinités, soit du couple, soit de la triade, soit du groupe indéterminé.

Citons d'abord le commencement de l'hymne 1, 25 à Varuna : « 1. Si, comme des hommes que nous sommes, nou$ violons journellement ta loi, ô Varuna, — 2. Ne nous abandonne pas à l'arme du (dieu) irrité (sans doute Varuna luimême), prête à nous frapper, à la colère du furieux. — 3. Par nos chants, ô Varuna, nous dételons ta colère, comme un cocher dételle un cheval attelé, pour que tu nous fasses miséricorde.— 4. Mes (prières) qui calment ta colère, implorant pour moi un sort meilleur, s'envolent comme des oiseaux vers leurs nids. — 5. Comment disposerons-nous à la miséricorde le héros revêtu de la puissance royale, Varuna, dont la vue s'étend au loin? » L'hymne VII, 89 mérite d'être traduit en entier : « 1. Puissé-je, ô roi Varuna, ne pas aller dans la maison de terre (dans la tombe) ! Miséricorde ! ô dieu puissant, miséricorde! — 2. Si je bondis en quelque sorte (hors du droit chemin), pareil à une outre gonflée*, miséricorde! ô dieu puissant, miséricorde ! — 3. C'est par faiblesse d'esprit que nous avons failli, ô dieu pur. Miséricorde ! ô dieu puissant, miséricorde ! — 4. La soif tourmente ton chantre qui (naguère encore) était au milieu des eaux. Miséricorde! ô dieu puissant, miséricorde ! — 5. Quelqu'ofi'ense, ô Varuna, que nous ayons commise envers la race divine, comme des hommes que nous

\. Varuna ayant été dans la mythologie postérieure considéré, en sa qualité de dieu des eaux, comme envoyant l'hydropisie, on a cherché ici, ains t[u'au vers 4 (Voyez Delbrûck, Vedisrhe Chrcstomathie, p. 32j, une allusion à celle croyance. J'ai déjà eu l'occasion [Bévue critique,, 1875, I, p. J9), de cont<'Ster cette interprétation. En revenant aujourd'hui sur ce point, j'insisterai surtout sur le sens de pra-sphur qui ne parait pouvoir signifier que « bondir » et non « chanceler »; cf. A. V. I, 27, 4 : a Allez! 0 pieds, bondissez! Portez-moi dans la demeure de celui qui donne! »

sommes, si par inadvertance nous avons violé tos lois, ne nous fais pas de mal pour cette faute. »

Varuna, on le voit, est un dieu redoutable comme Rudra; mais dans la notion de ce dieu, le plus vénérable du panthéon védique, Tidée de la colère est étroitement unie à celle de la justice divine. Ce n'est pas que la colère de Rudra n'ait pu, et même dû être quelquefois expliquée par les fautes des hommes. L'argument négatif qu'on pourrait tirer de Tabseace, dans les passages cicés, de toute allusion au péché, ne tiendrait pas contre l'argument d'analogie fourni par des passages tels que le vers VII, 57, 3, où la colère des Maruts, fils de Rudra, est justifiée par la même cause que celle de Varuna. Mais il n'en reste pas moins ce fait, que l'aveu des fautes commises est surtout fréquent dans les hymnes à Varuwa et aux autres .-Idity&s, qui prennent ainsi le caractère, non plus de simples déprécations, mais de véritables prières expiatoires. Pour mériter la bienveillance de ces dieux, il faut être sans péché. Aussi souhaite-t-on d'être sans péché devant Mitra et Varuna X, 36, 12. C'est d'ailleurs une grâce qu'on demande aux -4dityas eux-mêmes , à Mitra fit à Aryaman en même temps qu'à Savitri Bhaga VII, 66, 4, à un personnage du nom d'Aditi, mais du sexe masculin, mentionné en compagnie de Mitra et Varuna IV, 39, 3, à un autre personnage, nommé encore Aditi, et peut-être identique au cheval du sacrifice I, 162, 22. L'idée du suppliant est alors, soit que les .4dityas préservent du péché, soit qu'ils rendent par le pardon l'innocence à celui qui l'a perdue. On peut entendre dans l'un ou dans l'autre sens cette prière adressée auxi4dityas : II, 29, 1. « Ecartez de moi le péché comme celle qui enfante en secret (comme Aditi ?). » Il est peut-être fait allusion aux deux idées à la fois dans une formule où les dieux sont priés de sauver leurs suppliants du mal fait, et du mal qui n'est pas fait, X, 63, 8, si toutefois il s'agit là du mal qu'ils ont fait ou qu'ils seraient exposés à faire eux-mêmes, et non, comme on pourrait l'entendre aussi, du mal que d'autres leur ont fait ou se prépareraient à leur faire. Quoi qu'il en soit, le pécheur a un recours dans la miséricorde de Varuna (I, 25, 19; 129, 3; 136, 6), de Mitra et Varuna (I. 136, 1, cf. V, 62, 6), des ;4dityas (I, 107, 1 ; II, 28, 3; VI, 50, 1), quand il ne peut plus se prévaloir de son innocence : VII, 87, 7. tt Puissions nous être sans péché devant Varuna, qui pardonne même à celui qui a commis le péché! *

Les i4dityas font vivre même celui « qui revient du péché » VIII, 56, 17 (cf. plus loin VIII, 18, 12). De ce passage qui. comme plusieurs des citations précédentes, nous montre que la mort pouvait être la punition du pécheur, on rapprochera cette prière adressée aux dieux en général, dans un hymne destiné à éloigner la maladie : X, 137, 1. « Vous rendez la vie, ô dieux, même à celui qui a commis le péché. » C'est d'ailleurs par le sacrifice que la colère des /Iditjas peut être apaisée comme l'indique au vers VIII, 18, 19, une formule qui rappelle la prière du vers VII, 101, 5 « Que cette parole arrive jusqu'au cœur (de Parjanya) » ; le poëte, en implorant la miséricorde des i4dityas, leur dit: « Le sacrifice arrive jusqu'à < votre colère. »

SECTION III

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