VI, 67, 8; X
Nous avons eu déjà, tout en recherchant dans certains emplois de nos quatre mots, les traces de leur signification étymologique, plus d'une occasion de reconnaître qu'ils pouvaient y être pris aussi dans le sens de loi. H nous reste à passer en revue ceux de leurs emplois ou ce sens parait hors de doute. Mais nous retiendrons de la discussion précédente cet enseignement, qu'appelés par leur sens primitif à exprimer une action, ils pourront souvent désigner l'œuvre conforme à la loi aussi bien que la loi elle-même. Leur construction avec le génitif du nom de l'agent nous aura aussi fait comprendre qu'ils puissent se construire, dans le sens de loi, avec le génitif du nom du personnage considéré comme législateur ou comme gardien de la loi.
Des quatre mots, vila est certainement celui qui exprime l'idée d'ordre, de loi, sous sa forme la plus arrêtée, la plus mythique, s'il m'est permis de parler ainsi. Tl peut être régi au génitif par l'un quelconque des trois autres. Ainsi on dit le rfAarwan, proprement l'institution, durimI,43,9;VII, 36,5, le dharman, proprement le maintien, du rita IX, 7, 1 ; 1 10, 4^ Ce qui prouve toutefois que, dans les combinaisons de ce genre, le sens étymologique tend à s'effacer, même dans le t^rmequi régit le mot vUa, c'est que ce terme peut s'y construire au pluriel, comme au vers X, 124, 3, où sont mentionnés les dhâman du rtVa, et au vers I, 65, 3 qui parle des vrala du vita. Ces dernières locutions peuvent se traduire à peu près indifféremnient « les lois de l'ordre » ou « l'ordre delà loi». Mais il reste toujours cette différence entre le mot rt(a et les trois autres, qu'il ne régit jamais aucun de ceux-ci au génitif.
D'ailleurs les combinaisons mêmes qui viennent de nous révéler cette différence d'emploi nous fournissent en même temps la preuve que les quatre mots expriment des idées
1 . Citons encore à ea propos la construction du mot tita avec des verbes, des adjectifs ou des substantifs tirés de la même racine que les mots dhâman et dhanMin^ dans les locutions « établir, dhà, le rita » I, 71, 3; VIII. 27, 19), « maintenir, dArt, le rito permanent, dhanaia » V, 15, 2, le c mainteneur, dhartrif du grand rita % II, 23, 17, les c bases solides, dhanma, àa rita • IV, 23, 9, la manifestation régulière, dharnasit du rita • I^ 105, 6. » On dit du reste aussi t établir, â-dhà, les vrata » VIII, 92, 1, «maintenir, dhriy les vrata » VIII, %%, 2, locution qui s^est fixée dans le composé dhcUa-vràtù, et « établir, dhà^ les dharman i IX, 64, 1. Sur la construction des mots ^tiiér tnan et dharman avec des formes tirées de' leur propre racine, voir pUuhaut, p. 216.
fort vokines. On en trouvera ane autre dans les textes pareils au vers Y, 63> 7 c( Selon le dharman, ô Mitra et Varuna» dieux sages, vous gardez les vrata par la magie de T Asura, selon lert^a vous régnez sur le monde entier », où le rapprochement de deux ou trois de nos termes équivaut à peu près à la répétition de Tun d'eux, par exemple du mot rUa ou de ses composés, dans celui-ci « 0 Mitra et Varuna qui, selon le rita, avez grandi dans le riUi et êtes attachés au vita » I, 2, 8. J'aurai le soin, dans chacune des sections suivantes, de réunir, pour les signaler à l'attention du lecteur, les textes de ce genre.
Dans les passages mêmes où les termes en question figurent isolément, la synonymie en est confirmée par la similitude de leurs emplois. C'est ce que nous constaterons plus loin en étudiant ces emplois dans leurs rapports, soit avec différents ordres d'idées, idées naturalistes, idées liturgiques, idées morales, soit avec les mythes de divers dieux. C'est ce que nous allons constater dès à présent en passant en revue les locutions d'où ressort le plus clairement le sens de «loi », attribué en commun aux quati*e termes.
n n*y en a pas de plus décisives que celles qui signifient <x violer » la loi ou les lois. On trouve cette idée exprimée, avec le mot dhàrman, par la racine yup Vil, 89, 5, et par la racine dmh III, 3, 1. Elle l'est très-souvent par la racine mi, accompagnée ou non du préfixe pra, et dans des phrases, soit affirmatives, soit négatives, avec le mot dhâman IV, 5, 4 ; VI, 21, 3; 67, 9; VII, 63, 3 ; X, 48, 11 ; 89, 8, et avec le mot vrata I, 25, 1 ; 69, 7 ; 92, 12; 124, 2 ; II, 8, 3 ; 24, 12 ; 38, 9 ; III, 32, 8; 56, 1; V,69, 4; VH, 31, 11 ; 47, 3 ; 76, 5; Vm, 48, 9; X, 2, 4; 10, 5; 25, 3. Le mot vrala se construit encore avec la racine dhvish « oser » accompagnée du préfixe â et de la négation pour former une locution dont le sens est a ne rien entreprendre contre la loi » VI, 7, 5 ; IX, 53, 3. La particule a<t, qui implique l'idée d'excès, et par suite de transgression, sert aussi à exprimer la violation du vrata, soit comme préfixe du verbe kvi « faire » X, 12, 5, soit comme proposition dans la formule aii vratam « contre la loi » X, 33, 9.
Si le mo{ vita ne s'est pas rencontré dans les locutions qui viennent d'être signalées, nous le trouvons aussi bien que les trois autres combiné avec des mots exprimant 1* a observation » de la loi. Les racines push, proprement « nourrir », et
ma, proprement « faire », régissant, Tanele mot dharmmnV, 26, 6, rautre le mot dhàman VIII, 41, 10; X, 56, 5; 124, 3, peuvent en rappeler encore les sens étymologiques de « conservation, maintien » et d' a institution ». Avec le mot vrata est plusieurs fois construite la racine bhûsh, accompagnée des préfixes upa III, 3, 9, pari I, 31, 2; 136, 5, pra m, 55, 1 (cf. vi-ihûshYl, 15, 9), et signifiant a s'occuper activement de Texécution d'une chose » *. Le mot rùa est plusieurs fois le régime du verbe »ap I, 67, 8; 68, 4; V, 12, 2*; 68, 4, ou du verbe sapary X, 37, 1, dont le sens propre est « honorer » (cf. le composé rita sap).
Le verb sac a suivre » prend pour régime le mot dhàman I, 123, 8 (cf. le composé dhàmorsac III, 51, 2) et le mot waial, 84, 12; 101, 3; VH, 5, 4 (aux vers VIH, 25. 17 ; IX, 82, 5, avec le préfixe anu). L*auteur du vers V, 67, 3 insiste sur l'idée en ajoutant à la formule a suivre les vrata « cette comparaison a comme avec le pied ». La même idée est exprimée par le verbe i ce aller » construit avec l'accusatif du mot vrata au vers I, 144, 1 (où elle est accompagnée da préfixe pra) et avec celui du mot rtto aux vers I, 41, 4; 188, 2; V, 45, 7; VIII, 27, 20 ; IX, 69, 3 ; 74, 3 ; X, 78, 2, dans le sens de « suivre la loi ».
Cependant les verbes signifiant simplement a aller », et non-seulement i, mais kram, gd, car, se construisent plas souvent avec une locution composée de l'un des mots dhàman IX, 114, 1, ou vrata I, 65, 3; m, 7, 7; 61, 1 ; VIH, 25, 16: 40, 8, et du préfixe anu, dont le sens est « selon la loi » ou « les lois » (cf. anvrsthâ avec le datif de vrata m, 30, 4 et le composé vrata-cârin), ou bien avec l'instrumental du mot rtto VII, 56, 12; X, 123, 4, cf. ni, 4, 5; X, 108, 11 ; 139, 4, exprimant la même idée.
Plus généralement, les locutions composées du préfixe anu et de l'accusatif singulier ou pluriel des mots cUiàman IX, 97, 5, dharman HI, 17, 1 et 5 ; X, 56, 3 ; 149, 3, rrata 1, 128, 1 ; 136, 5; n, 38, 3 et 6 ; III, 4, 7; VI, 15, 9; VII. 87, 7 ; Vm. 25, 17 ; 41, 3 et 7 (cf. l'adjectif composé anuvraia), l'instrumental pluriel du mot dUiâman, l'instrumental singn-
1. Cf. encore remploi de upa-kshi o demeurer dans > avec raccQUUtify III, 59, 3, et de Tadjectif nimrigra « s^adaptant à » avec Le locatif II, S8, S, du mot vrata.
i. Et au vers 6, si ou substitue sadpdii à la leçon du texte sa pdti.
ier ou pluriel des mots dhannan, vraîa, riîa (Orassmann, s. y.), s'emploient dans une phrase quelconque pour exprimer ridée que Tacte dont il s'agit s'accomplit conformémeat à la loi. Il en est de même de l'ablatif du mot dharman avec le pi^fixe pari VI, 70, 3 {id. VIE, 27, 16; X, 64, 13), et de celui du mot rita avec le préfixe adhi 1, 36, 11 ; X, 73, 5.
Comme on dit « observer », on dit aussi a garder » la loi, et cette expression paraît, au moinsdans la plupart des cas, signifier, non plus seulement « exécuter la loi », mais « veiller à son exécution ». Le mot vrata est construit dans ce sens, soit au singulier, soit au pluriel, avec la racine raksh précédée ou non du préfixe abhi, I, 62, 10 ; 90, 2 ; IV, 53, 4 ; V, 63, 7 ;
VI, 8,2; VII, 83,9; VHI, 56, 13; IX, 73,3; X,37,5, ou avec la racine ;>â IX, 70, 4 (cf. le composé vrata^pd^ particulièrement au vers VI, 8, 2), et, comme régime indirect, avec l'intensif yâ^t a veiller sur les lois » IX, 61, 24. La même idée est exprimée avec le mot riia dans la locution <c gardien de la loi », dont on peut rapprocher celle de « maître de la loi » (Grassman s. v., 19, cf. le composé vita-^â). On dit aussi a le maître du dharman » IX, 35, 6, « le surveillant des dharman » VIII, 43, 24 (cf. 1, 55, 3 « régner sur les dharman »).
J'ai dit plus haut que le mot rila est celui des quatre termes qui exprime l'idée de loi sous sa forme la plus arrêtée, et en quelque sorte la plus mythique. C'est ce que prouvent, outre les combinaisons de mots déjà signalées alors, celles qu'il me reste à relever, et par l'énumération desquelles je terminerai cette première section.
Les locutions qui signifient « suivre la loi » se forment, ainsi que nous l'avons vu, avec les autres termes comme ayec le terme vita. Mais c'est celui-ci seul qui entre dans l'expression «chemin de laloi»(Grassmann, s. v., 21) et dans les locutions « suivre, anu-i, yâ le chemin de la loi » I, 124, 3 ; m, 12, 7 ; V, 80, 4 ; VII, 44, 5 ; VIII, 12, 3 ; X. 66, 13, aller ou venir VIH, 22, 7 ; IX, 86, 33, cf. VIII, 31, 13, passer Vn, 65, 3, conduire X, 133, 6 (cf. le conducteur du rila
VII, 40, 4, le composé ri7a-nt), se répandre IX, 7, 1, par le chemin ou les chemins (ou sur IX, 95, 2, cf. en suivant, anu, IX, 97, 32, les chemins) de la loi. On peut citer dans le même ordre d'idées les expressions telles que le « char, la roue, le joug I, 143, 7, III, 6, 6, les chevaux IV, 2, 3, les bœufs attelés au joug I, 84, 16 (cf. l'expression atteler le rito m, 27, 11 ; IX, 7, 1 ; X, 30, 11), les rênes, les cochers »,
oa « le navire », ou « les ailes », ou « les portes » du rùa (Grassmann, s. t, 16).
Comme on dit « le chemin » , on dit aussi « le séjour, le plateau, le fond, le domaine X, 92, 4, durtto»(iM(i(., 14). De même que la première expression correspond à la locution a suivre la loi » , les autres correspondent, au moins dans certains cas, à la locution « garder la loi »^ comme le prouve le vers X, 5, 2 « Les sages gardent la place du rùa », cf. X, 177, 2. Les deux ordres d'idées sont réunis au vers yi»51,9, où il est dit des ildityas qu'ils sont les cochers du rùa et qu'ils siègent dans le séjour du rila.
Aux expressions telles que « séjour du riia », on peat rattacher celles de « matrice » ou de « nombril » du rite {ibid.y 14), impliquant surtout l'idée du lieu d'origine.
Quant à l'expression « mères du vita » [ibid.^ 20, cf. les vaches, le lait, les flots, ibid., 15, les breuvages lY, 23, 8, du riia), elle parait suggérer, moins l'idée d'un enfantement de la loi, que celle d'un enfantement conforme à la loi, comme celle de « fœtus, progéniture, premier-né (cf. le m&l'e y, 12, 1) du rita » (ibid., 17) ne suggère que l'idée d'une naissance conforme à la loi (cf. l'expression rùa d jdtam VI, 7, 1, les composés rita-jà, rita-prajâta, rita-jd).
D'une façon générale, le mot rtto se distingue des autres termes qui ont le sens de loi par le grand nombre de ses emplois au génitif, non-seulement dans des expressions métaphoriques, ou pour parler plus exactement mythiques, comme celles qui viennent d'être signalées, mais dans plusieurs autres encore, pour lesquelles je renvoie au Wo^terbudi de M. Grassmann, enrelevantseulementencore celle de aprièresi» {ibid., 18, cf. les composés rita-dhiêi, riia-vdka) et celle de « prescriptions {ibid., 22) durtïa », d'où ressort encore bien nettement le sens de « loi ».
SECTION II
L'min DE LOI DANS l'ordre des PHÉNOBiÈNES NATURELS.
Dans l'ordre des phénomènes naturels l'idée de loi est principalement suggérée par la succession régulière des jours et des nuits. Le soleil est assimilé au dieu Savitri en tant qu'il ne viole pas le dhâman commun VU, 63, 3. Il s'avance entre
les deux mondes selon le dharman I, 160, 1 . On lui donne répithète vratapà « qui garde la loi » I, 83, 5, équivalente à la formule du veis X, 37, 5 : « Tu gardes le vrata de Tudîvers. » Eu revanche, l'obscurité qui le cache indûment est appelée apavrala u contraire à la loi » V, 40, 6. Il est enlSn « la face brillante du viia » VI, 51, 1.
L'aurore suit le vraialJl, 61, 1. Les aurores engendrent, c'est-à-dire sans doute manifestent en les observant, les vrala divins VII, 75, 3. L'épithète rilàvari « fidèle à la loi » , attribuée à l'aurore III, 61, 6 ; IV, 52, 2; VIII, 62, 16, est accompagnée au vers V, 80, 1 d'une locution qui la développe et brillante selon le nia ». L'aurore reçoit encore et à la fois les qualifications de ritapâ « gardant la loi m et de ritvjd « née dans Tordre, selon la loi » I, 113, 2 (cf. vilajàlasalya IV, 51,7). Klle a brillé selon le nVa VII, 75, 1. Les aurores ont brillé, rayonné le vita IV, 2, 19 (cf. 1, 105, 112). Leurs chevaux sont attelés selon le viUi (ritayuj) IV, 51, 5. Elles partent en s'ëveillant du séjour du riia IV, 51, 8. L'aurore suit bien le chemin du vita et observe la distinction des points cardinaux I, 124, (3 id. V, 80, 4). Elle dirige les rênes du rila I, 123, 13. Deux de nos termes se trouvent combinés dans la formule du vers I, 123, 9 : « La jeune femme, venant chaque jour au rendez-vous, ne viole pas le dhâman du vita, »
L'aurore et la nuit sont appelées les mères du Tita 1, 142, 7; V, 6, 6. La roue aux douze rayons qui symbolise Tannée dans Thymne I, 164 est au vers 11 appelée la roue du rita. D'après le vers X, 170, 2, la lumière est adaptée au dharnian solide du ciel. C'est là, comme nous Tavons vu, une des formules où peut se reconnaître encore le sens étymologique de d/iarman : la lumière sert à étayer le ciel.
La régularité moins grande des phénomènes météorologiques n'empêche pas d'ailleurs qu'on ne leur applique aussi l'idée de loi. Citons, en attendant les formules plus importantes où seront intéressés difi'érents dieux, Tépithète ritàvarî « fidèle à la loi » attribuée aux eaux du ciel IV, 18, 6 et aux rivières terrestres qui leur sont assimilées III, 33, 5.
D'après le vers X, 92, 4,1e domaine du viia est le ciel et le vaste espace. L'étendue que le ciel et la terre « habitent ensemble » est appelée la matrice du rila X, 65, 8. Cette dernière expression est répétée sans doute dans le même sens
Ber(;aigne, Dieux souverains. lo
au vers HI, 54, 6^ Le ciel et la terre reçoivent, comme Vaurore et la nuit, la qualification de mères du rita VI, 17,7 ;X, 59, 8, cf. IX, 102, 7. On demande que leur rita s'accomplisse m, 54, 3 (cf. IV, 56, 6). Cependant dans ces formules, le mot rita peut suggérer d'autres idées encore que celle de l'ordre naturel du monde. J'en dirai autant des épithètes ritàvari <x fidèle à la loi » 1, 160, 1 ; IH, 6, 10; 54, 4; IV, 56, 2; X, 36, 2; 66, 6, ritàyini (même sens) X, 5, 3 vitâvridh « qui croit selon la loi » I, 106, 3 ; 159, 1 ; IX, 9, 3, qui sont aussi données au ciel et i la terre. Le ciel et la terre en effet ne sont pas toujours les deux mondes visibles. Les rishis don* nent aussi ce nom à des divinités présidant aux deux mondes, et le ciel, en particulier, comme prototype du dieu père, pourrait être passagèrement revêtu d'attributs moraux*.
Plus généralement, les mots signifiant « loi », dans les formules mêmes où ces mots paraissent le plus évidemment pris au sens purement naturaliste, peuvent éveiller aussi l'idée du sacrifice, soit du sacrifice céleste auquel les phénomènes dont il s'agit se trouvaient identifiés, soit du sacrifice terrestre qui en déterminerait l'apparition.
SECTION III l'IBBB DK loi dans l'ORDRB DBS IDEBS LITURGIQUES.
Dans les formules où figurent les noms d*Agni et de Soma, que nous allons maintenant passer en revue, si ces noms semblent suffisants à eux seuls pour suggérer Tidëe du sacrifice, il ne faut cependant pas oublier, d'un côté, qu'ils appartiennent à des personnages complexes, représentant le soleil et l'éclair en même temps que le feu de Tantel et le breuvage sacré, de l'autre que ce feu et ce breuvage sont eux-mêmes conçus comme exerçant une action sar les feux célestes. Il résulte de là que les « lois » dont il s*agira
1. Mais au vers VII, 53, i, le séjour du rita où sont appelés le ciel «I la terre penonnifiés est le lieu du sacriâce.
%. Notons encore rapplicniion au ciel et à la terre des épithëtes pliavraia « dont la loi est brillante, on pure • VI, 70, ), madkmjraia « dont la loi est de répandre la liquenr »VI, 70, 5, savrata < observant une naàme loi » X, «5, 8, cf. VI, 70, 3.
dans les citations qui vont suivre pourront 6tre quelquefois celles qui règlent l*ordre des phénomènes célestes aussi bieu que les rites du sacrifice terrestre. Mais par cela seul que les personnages chargés de pourroir ou de veiller à leur ob* servation recevront dans ces formules les noms d'A|pi ou de Soma, les phénomènes célestes, sauf les cas où ils seraient expressément placés sou3 la dépendance du sacrifice terres? tre, 8*7 trouveraient assimilés eux-mêmes i un sacrifice. En fait, ridée des rites du sacrifice et celle de Tordre du monde paraissent avoir été ainsi bien des fois confondues dans la même formule sous Tundes quatre termes dont nous étudions remploi. Il serait trop long de discuter toutes les possibilités dMnterprétation dans chaque cas particulier. Nous nous con* tenterons d'insister sur les plus significatifS9, sans toutefois omettre sciemment aucun des passages qui intéressent Agni et Sema à l'observation de la « loi ». Il va sans dire qu'on trouvera à part ceux où Tintervention des sacrificateurs, et non-seulement des sacrificateurs anciens qui peuvent n'être que des personnifications d'Agni et de Soma^ mais de ceux qui ofi'rent actuellement le sacrifice, suffit pour préciser l'application du terme de « loi » dans le sens liturgique. Aux ci« tations concernant Agni, nous joindrons celles qui conoer* nent en général les sacrificateurs^ anciens ou actuels, avec ou sans mention d'Agni, réservant seulement celles où il est fait mention de Soma pour les comprendre dans le nombre des textes qui concernent spécialement ce dieu.
Agni chante selon les dhâman III, 3, 4. Il a oint », c'està-dire sans doute qu'il honore les dhàman II, 3, 2. Le sacrificateur aime les dhàman d'Agni par lesquels ce dieu est devenu un habitant du ciel III^ 3, 10.
En honorant les dieux, Agni ne viole jamais les dharmanf m, 3, 1 ; il observe (littéralement nourrit, entretient) les dharman Y, 26, 6 ; il est le surveillant des dhmrman, c'està-dire qu'il veille à leur observation Vin, 48, 24. Au vers III, 17, 5, il est invité à accomplir le sacrifice selon le dharman d'un sacrificateur plus ancien que lui, ce qui n'empêche pas qu'il ne reçoive ailleurs l'épithète êvadharman « qui suit sa propre loi » III, 21, 2. On l'appelle aussi «Myadharman a dont la loi s'accomplit, ne peut être violée « I, 12, 7. Cette dernière fait évidemment allusion à l'ordre immuable du monde plutôt qu'aux rites du sacrifice terrestre.
L'épithète dhrUavraia a qui maintient la loi » est une fois appliquée à Agni VIII, 44, 25. Il reçoit encore, outre celles de mahivrcUa 1, 45, 3, harivrata III, 3, 5, çucivrala Vin, 43, 16; X, 118, 1, et au snperlsitif çucivralatama YOl, H, 21 , qui peuvent signifier simplement « dont les œuvres sont grandes, brillantes, etc. » aussi bien que « dont la loi est grande, etc. », celle de vralapd «qui garde la loi» I, 31, 10; VIII, 11, 1. Cette dernière est au vers VI, 8, 2 accompagnée d*une locution qui répète une seconde fois la même idée : « Agni, naissant dans le ciel suprême, a gardé les vrala, lai le gardien des vrata. » Ce passage, comme on le voit, parait faire allusion à Tordre général du monde. C'est sans doute dans le même sens qu'il est dit que le vrata d*Agni n'est pas, c'est-à-dire ne peut être violé II, 8, 3. L'idée est plus développée au vers VI, 7, 5 : « 0 Agni Vaiçvânara, nul n'a violé ces grands vrata qui sont les tiens, alors que naissant au sein du père et de la mère (du ciel et de la terre) tu as trouvé selon les règles la lumière des jours. » Dans une formule de ce genre le mot vrala paraît d'ailleurs désigner, moins la loi elle-même, que l'œuvre conforme à la loi. Il en est de même au vers III, 6, 5, « Tels sont tes grands vrala, ô Agni ; tu t*es, par ta puissance, étendu sur les deux mondes », et au vers VII, 6, 2 « J'appelle par mes chants les grands vrata anciens d'Agni briseur de villes », dont on peut rapprocher cet autre passage, « Nul ne viole tes vrala quand tu exauces les hommes » I, 69, 7, c'est-à-dire « Nul ne peut t'empécher d'accomplir tes œuvres célestes en faveur de ceux que tu veux favoriser ». Le sens de loi convient seul au contraire dans cette formule : Vil, 5, 4. « 0 Agni Vaiçvânara, le triple monde, la terre et le ciel suivent ton vrcUa, » Nous lisons encore au vers 1 de l'hymne 1, 31 à Agni, que les Maruts sont nés « sous son vrala ». D'après le vers 12 du même hymne, Agni fait bonne garde « dans son vrata », c'est-à-dire en observant lui-même sa propre loi. Cette loi est évidemment celle du culte aux vers I, 128, 1 et 144, 1, où Agni est appelé le sacrificateur qui suit son propre m^aia. Le vers X, 122, 2, portant que les dieux « ont engendré » selon le vrata àWgniy fait sans doute allusion au sacrifice céleste. Les dieux ont placé les vrala en Agni, c'est-à-dire qu'ils lui en ont confié la garde VIII, 92, 1. La même idée est exprimée au vers 1,36, 5 en ces termes : « C'est en toi que sont réunis tous les vrala immuables qu'ont fait les dieux. » Ces vrala immua-
blés sont ainsi devenus ceux d'Âgni lui-même» qui les connaît II, 5, 4. C'est selon les vrata qu*Âgni a honore », c*està-dire ici satisfait les deux races (des hommes et des dieux), en allant comme messager des dieux d'un monde à l'autre VI, 15, 9.
Le mot rita, dans sa fonction d'adjectif, est une fois appliqué à Agni VIII, 49, 5. Ce dieu reçoit aussi les épithètes TÙajéUa 1, 144, 7; 189, 6 et TÎtaprajâta î, 65, 10. Le sens de ces dernières est déterminé par la formule du vers VI, 7, 1, appliquée à Agni Vaiçvânara, où le composé est résolu en ses éléments « né dans le rila », c'est-à-dire dans l'ordre, selon la loi. L'épithète viiajàta est donnée à Agni dans un passage où le ciel et la terre, souvent considérés comme ses parents, reçoivent en même temps Tépithète viiâvari « fidèle à la loi » m, 6, 10. Il faut interpréter dans le même sens les termes de « fœtus du rita » et de « premier-né du vUa ». Le premier de ces termes est appliqué à Agni dans un passage qui mentionne les différents éléments d'où peut sortir le feu, à savoir les eaux, les pierres, le bois, et en outre, l'opération du frottementpar laquelle il estproduit surlasurface de la terre, VI, 48, 5 : il peut donc faire allusion à la fois à ses différentes origines. Le second suggère, tant par lui-même que par le contexte où on le rencontre X, 5, 7, cf. 61 , 19, l'idée de la première origine d'Agni dans le ciel. II parait à lui seul désigner Agni au vers I, 164, 37, Pour en revenir à l'épithète vitajàta a né dans l'ordre », constatons qu'elle est appliquée à Agni dans un passage où il semble opposé au fils des eaux, Apâm napàt, VI, 13, 3, et représenter par conséquent le feu terrestre, mais aussi dans un autre qui fait mention de ses trois demeures III, 20, 2. Il la reçoit encore au vers I, 36, 19, où elle est accompagnée du participe ukshUa « accru ». Cette dernière citation qui nomme en outre Kanva comme le sacrificateur chez lequel Agni est né et s'est accru selon la loi, et dont on peut rapprocher encore Tapplication faite au même dieu de l'épithète vitapravita « conçu selon la loi » dans un passage portant que les Virûpas (les Afigiras) l'ont ce accru » pendant bien des nuits (et bien des jours) I, 70, 7, nous fournit l'explication de l'épithète vitàvvidh « qui croît selon la loi » (cf. plus bas IX, 108, 8), donnée à Agni Vaiçvânara III, 2, 1. Agni est encore appelé vitàvan « fidèle à la loi » en différentes circonstances 111,2, 13; 13, 2; 14, 2; IV, 6, 5; 7, 3; V, 1, 6; VI, 12, 1 ; VII, 3, 1; 7, 4; VIH,
2i, 9; 64, S; 9S, 8; X, 7, 4; 140, 6; et ^artieulièrdment dans dôS passages où la mention des dieux qu*il honore suggère natUirellement Tapplication du terme rita aux lois du culte I,T7,let2cf.5,IV,2,l; 7,7; VI, 15, 13; X,2,2; 6,2. Dans Tun de ceux-ci III, 20, 4, Tépithète rilâvan et rapprochée de celle de ritupd c qui garde» observe les temps n. Elle a peut-être un sens moral aux vers IV» 10, 7 et VII, 1. 19 (cf. V, 25, 1), cités dans le chapitre précédent, o& Agni paraît être prié d'éloigner du sacrificateur les fautes qu*il a commises et de ne pas a l'enlacer » . J*en dirai autant de la locution < gardien du rita » au vers X, 118, 7, où Agni est invité à br&ler le Rakshas avec sa flamme qu'on ne peut tromper. La même locution n* éveille pas d'autre idée que celle des lois du culte aux vers I, 1, 8; III, 10, 2 où elle est appliquée à Agni en même temps que le titre de sacriflcateur ou de roi des sacrifices : Le « haut » rita dont Agni est le maître d*aprés les vers VI, 13, 2, paraît bien désigner» avec ou sahs allusion an sacrifice, Tordre général du monde*
La a matrice du rita » où Agni nouveau-né est « aeem », c'est-à-dire nourri, par les eaux I, 65, 4, paraît bien être le séjour des eaux célestes elles-mêmes. Cette locution eemUe désigner encore le lieu d'origine d'Agni dans le ciel au vers rV> 1, 12, cf. 11, ainsi que la locution équivalente « séjour du rita y> au vers IV, 5, 9, et celle de « fond du rtto » au vers m, 61 , 7 , si c'est Agni qui y est représenté sous les traits du mile qui pénètre dans les deux mondes. La matrice du rita où s'établit Agni, V, 21,4; VI, 16, 85, serait au contraire le lieu du sacrifice terrestre au vers m, 1 » 1 1 , d'après lequel ce dieu c< domestique » y séjourne quand les sœurs (les doigts) font leur œuvre, et au vers tll, 7, 2, où la vache unique, qui tourne autour de lui^ semble être opposée aux vaches qui lui servent de cavales dans le ciel, et représenter la prière (ou l'offrande) qui lui tient lieu de mère ici-bas.
Agni est, sous les noms de Narâçamsa et de Tanûnapât, prié de faire agréer le sacrifice aux dieux par le ehemin du Tita X, 70, 2, de leur transmettre le sacrifice en « oignant de liqueur » les chemins du rita, X»110,2. Couvert lui-même de beurre, il se place sous le joug du rito (pour le traîner) 1,143, 7, ou bien encore il prend les rênes du rt<aV, 7,3, il attelle an jongles deux chevaux rouges du rita, III, 6, 6, cf. IV, 2, 3. La locution a cocher du haut rt(a », IV, 10, 2, fait certainement Allusion au sacrifice céleste, au moins dans le passage où elle
est appliquée à Â^i en même temps que le titre de purohita des dieux III, 2, 8.
Le mot rita peut être pris dans un sens très-général au vers V, I, 7, d'après lequel Agni s'est étendu sur les deux mondes selon le rita. Mais il désigne certainement la loi du culte au vers III, 5, 3 ce Agni, fils des eaux, a été établi chez les races humaines où, comme un ami (ou en qualité de Mitra) il opère selon le rila », et au vers X, 12, 2 où Agni est prié de porter l'offrande aux dieux selon le rita. Il semble désigner le sacrifice lui-même dans les formules qui invitent le même dieu à sacrifier le rita VII, 39, 1, les rita VI, 15, 14, à offrir aux dieux le haut rita I, 75, 5, et dont on peut rapprocher le titre de sacrificateur du rita X, 61, 14, également donné à Agni. L'épithète adruh a non trompeur » qui accompagne ce dernier titre, nou^fait songer en même temps à la possibilité d*une interprétation du mot rita dans le sens moral. La même interprétation paraît devoir être combinée à la fois avec l'interprétation naturaliste et l'interprétation liturgique dans l'hymne V, 12, qui a été traduit en entier dans le chapitre précédent. Le terme de loi, si souvent répété dans cette traduction à laquelle je renvoie, y correspond dans tous les cas au sanskrit rito. Citons encore, dans le même ordre d'idées, le versX, 87, 11, où le poëte exprime le souhait queleYâtudhâna qui détrait le rita par Vanrita, par « ce qui est contraire à la loi », tombe sous les coups d'Agni.
J'ai réservé les passages renfermant des allusions ex-* presses à la diversité des formes de la loi qu'Agni observe oa dont il surveille l'observation. Il est dit au vers III, 6, 2» que ce dieu aime les nombreux aspects du rita, au vers X, 124, 3, avec combinaison de deux de nos termes, qu'il a or<« donné les nombreux dhàtnan du rita. L'hymne X, 122 nous donne des chiffres. D'après le vers 3, Agni embrasse les sept dhdman; d'après le vers 6, il embrasse trois fois les rita. Le rapport de ces chiffres avec les divisions consacrées de l'Uni* vers est clairement indiqué au vers X, 8, 4, où Agni prend sept séjours pour le rita, c'est-à-dire pour que la loi s'accomplisse. C'est ainsi que d'après le vers suivant, il doit de-* venir l'œil (le soleil), le gardien du grand rita ; c'est ainsi qu'il doit devenir Varuna par son amour du rita' {cf. plus haut, p. 121). Les sept dhànhan selon lesquels Agni a été institué sacrificateur par les anciens prêtres IV, 7, 5, rappellent d'ail-
leurs aussi le mythe des sept fondadeurs (dfiâM) du sacrifice