‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda (volume 4)Chapitre 75 sur 83 · L’aile « ailée »? patatri parnam · texte numérisé non relu

L’aile « ailée »? patatri parnam

2. Je ue puis croire que lad soit ici une conjonction équivalente à api; ce serait un emploi unique, au moins clans le ftig-Yeda. J'en fais simplement un démonstratif que je construis avec paraam.

première partie de la phrase « étant encore dans la matrice ». Le sens de la formule est en somme : « Avant d'être né, je savais déjà comment tous les dieux sont nés. »

Eh bien ! ce paradoxe si nettement formulé n’a pas trouvé grâce devant la méthode « simplifiante » de M. Roth. S’étant proposé comme but de faire, au moyen d’un nombre suffisant de corrections au texte, un petit morceau simple et naturel d’un hymne à première vue compliqué et raffiné, il a commencé par supprimer ce premier raffinement qui aurait pu laisser des doutes au lecteur sur l’opportunité du travail qu’il allait entreprendre. Il l’a fait sans correction au texte, il est vrai, mais, d’une part, en changeant arbitrairement le sens des mots ; de l’autre, en négligeant des analogies qui s’offraient pourtant d’elles-mêmes et devaient imposer à l’esprit d’un védiste aussi consommé la seule interprétation possible, en un mot, en fermant les yeux à l’évidence.

Selon M. Roth, la « matrice » n’est pas une matrice, c’est la prison du Soma. Eh! sans doute! la matrice et la prison peuvent ne faire qu’un dans l’esprit de l’auteur de l’hymne, par la raison que l’apparition de Soma, aussi bien que celle d’Agni caché, est présentée, tantôt comme une naissance, tantôt comme une délivrance des liens qui le retenaient. Mais il ne résulte pas de là que le mot « matrice » signifie « prison». Ce sera un nouvel exemple, si l’on veut, de cette juxtaposition de formes différentes d’un même mythe dont j’ai eu l’occasion de parler plus haut. Ce sera même, soit dit en passant, un nouvel argument en faveur de mon essai d’interprétation des vers 2 et 3. Mais il vaudrait mieux encore rompre tout lien entre la première et la seconde moitié de la stance que de les rattacher l'une à l’aulre parle procédé de M. Roth. Le mot garbhe 11e doit pas même être ici considéré isolément: fjarbhe nu « déjà dans la matrice » est une formule toute faite, signifiant « avant d’être né », qui se retrouve dans un passage où M. Roth n’en contestera probablement pas le sens. Au vers 5 de l’hymne X, 10, Yamî dit àYama; « Notre père, le dieu Tvashtri Savitri nous a faits mari et femme dans la matrice même (avant notre naissance), garbhe nu. »

Plaçons-nous cependant un instant au point de vue de M. Roth, et admettons, contre l’évidence, que le mot garbhd n’éveille nullement ici l’idée de « matrice ». Que signifiera le reste de la formule? Selon M. Roth, le Soma déclare qu’il a

pressenti le voisinage des dieux (qui venaient le délivrer). Mais où donc prendre l’idée de « voisinage » ? Ce n’est pas, j’imagine, dans le démonstratif eshdm qui a ici, comme au vers I, 68, 2. par exemple, une valeur purement emphatique. Aussi bien M. Roth, en traduisant « In meiner Haft verspürt’ ich wohl die Ahnung der Nahe voiler Scharen unsrer Gotter », nous avertit-il en note que c’est « unsrer » qui traduit eshdm. L’idée de voisinage est donc sous-entendue? Ou bien est-ce le mot janunan « naissance » qui prend le sens d' « approche » ? Je m’arrête : le terrain manque encore une fois à la discussion.

Mieux vaut d’ailleurs, dans une question aussi simple, procéder par affirmations que par négations. J’ai déjà établi le sens de garbhe nu. La racine vid avec anu s’emploie tout particulièrement pour exprimer la connaissance d’un grand mystère, celle de la fiancée mystérieuse de Soma, I, 34, 2, Sûryâ, cf. X, 8o, 16, celle du Père célébré dans cet hymne plein d’énigmes qu’on appelle le grand hymne de Dirghatamas, I, 164, 18. Enfin « connaître les races ou les naissances » est une expression consacrée, si bien consacrée qu’elle s’est fixée dans un des noms les plus connus d’Agni, Jâtavedas, dont l’étymologie est donnée dans le Æig-Veda même, VI, lo, 13, viçvâ veda janimâ jâtavedâ h: « Il connaît toutes les races (ou toutes les naissances), lui Jâtavedas. » Le rapprochement paraît-il cette fois concluant? Il y a mieux encore : Agni déclare lui-même, au vers III, 26, 7 : « qu’il est Jâtavedas de naissance, janmanâ jâtavedâ h . Pour le coup, voilà notre formule même en deux mots.

Il est vrai qu’au vers IV, 27, 1, il s’agit, d’après ma propre interprétation, de Soma et non d’Agni. Mais quelle est celle des formules mythiques concernant Agni qui n’a pas été, au moins accidentellement, appliquée à Soma? Soma n’est-il pas, comme Agni, le sage par excellence ? Et puis, qu’importe en somme, pour la question qui nous occupe en ce moment, l’attribution de la formule à tel ou tel personnage mythique ? M. Grassmann l’attribue à l’aigle porteur du Soma. M. Kuhn, autrefois, l’a attribuée à Indra. Le commentateur indien l’avait attribuée à l’auteur même de l’hymne1. Qu’importe encore une fois pour le sens de la formule elle-même ? Car c’est

i. M. Ludwig, d'après une explication de son commentaire, que je reçois à l’instant, l’attribue comme moi à Soma, sans correction au texte. 11 l'avait d'ailleurs traduite correctement, ainsi que M. Grassmann.

une formule, les derniers rapprochements le prouvent avec l’évidence la plus absolue. Elle est de la famille de celles qui fournissent aux iîishis leurs énigmes, X, 32, 3 : « Cela me paraît la merveille des merveilles, que le fils connaisse la naissance de ses parents, etc. l. »

La constatation des raffinements de ce genre est, je crois, l’une des parties les plus solides de mon œuvre, et celle, en tout cas, sur laquelle je suis et sens que je resterai radical, intransigeant, irréconciliable : je vouerai ma vie, si on m’y oblige, à la revendication des droits méconnus du paradoxe védique.

1. C’est-à-dire, dans l'esprit du poète, y ait assisté. Ce vers renferme une seconde énigme: Uxor ducit maritum. V. II, p. 288.

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