‹ La religion védique d'après les hymnes du Rig-VédaChapitre 252 sur 335 · CHAPITRE DI · texte numérisé non relu

CHAPITRE DI

VISHiKU

Nishnu est le nom d'un personnage diyûii qui aprç imaiflir portance capitale dans la mythologie brahmanique et dans la culte des sectes Vishnuites, mais dont la légende, sous sa forme ancienne, et telle qu'elle nous apparaît dans les hymnes du /Îig-Veda, peut se résumer dans ces deux traits essentiels : Vishnu a traversé en trois pas l'univers ; Vishnu est l'allié fidèle d'Indra.

Les mythologues attachés aux interprétations purement naturalistes se contentent d'identifier Vishnu au soleil et ses trois pas aux trois positions que l'astre prend successivement le matin, à midi, et le soir.

Je crois qu'une explication satisfaisante et complète du mythe de Vishnu ne peut être demandée qu'à la conception des trois places d'Âgni ou de Soma (dont l'une des formes est le soleil) sur la terre, dans le ciel et dans le monde invisible d'une parts ^t à celle de l'alliance d'Âgni ou de Soma avec Indra de l'autre.

Des trois places que Vishnu occupe successivement quand il fait ses trois pas, l'une, la plus haute, est invisible, et suggère naturellement l'idée de la place cachée du Soma ou du feu: VII, 99, 2. « Nous pouvons de la terre connaître deux de tes espaces : toi seul, ô dieu Vishnu, connais ton séjour suprême. » Les deux espaces que l'homme aperçoit sont naturellement le ciel et la terre, (cf. les vers 3 et 4). C'est évidemment la même idée qui est exprimée au vers I, 155, 5. A la vérité, il y est dit seulement que les oiseaux ailés ne peuvent dans leur vol atteindre le troisième pas de Vish72u » ; mais l'opposition du premier hémistiche. <k le

1. C'est d'ailleurs, à peu de chose près, Tuoe des interprétations des commentateurs indigènes.

mortd JS^ m^t^n uf^onvem^j^ fl^^i U^perçpit dpHx ies pas de Vishnu (ou plutôt deux de ses séjours, le ciel et l^ tewe^ au ]j9y^r Au ^PJjeiJ) » , ne perfl^t guèVB 4e iopjtej ^'içi ajissi U tro^siémie place soit conçue co^lme inyifiijbjle.

Ççjttç troisième pl^çe^st 1^ séjour prop^^ de yj^b;^^, JJJpu^ lifioi^ en <e|ret^u ver« VJI, 100, fî, qu'il b*bite dani§ n;^ lieu éloigné dei'ei^pape, M fii^yers JJI^ 55^ }0, p'il prï^ le séi/our §upr|wje, Son séjour e^t 9^m pe]ui des bippli§iy?e^;t ftpr^ U mort, Aîissi routeur de Vkymm h J54 spi^^igiite-t-il, auyBrs 5 (cf. (5), 4'i^teindre Ji^ pUçe suprleiç<ie Visbw w^ xc Tw/^e de la liqueur »*, et où s'enivrent les J^oHmoies qui ont JbLonojrié les die^j^, A^ wrs I^ 22, gO, un autre po^te prpipQt à «es Wbp;;ifoite»rs q^•i][s v^rro^t tomomps J^a pjftç^ s^prêffliç dç yiisfenu, jet riW)PveWe .1^ lien ipystérieux qui ^ ^ttis^ph^ )^jar ^lelJ W^ aipufjces ge Jbjt lumière *,

te ;^joi;ir sijpr^pie 4e Vishwu ^stdon<5 my^Hfimx ej jj^vL? si'pte S Be^ deqx ^tres places sont ^u çoQjtraif ^ Las wpndes P4 il 6^ maj5iife§te, Lç cipj et la teri^e. H n'e^t p^j5 doi^euiç ÎW Vi^bi^V sojt 4je&e«^d» ;3^F U tof re : « V;shnu a tr^veri^j^ cette terr^^ dp^^n^nj J'esp.^^ à J'tiQflame, » yjj, JÛO, i, Ç'ast d'iaijjl^ufp ;3ur cejtj;p çpoy;^npe qup sont fondées jtpjjdtes le^ léçç^ies postérip^rei^ rel^tiyes ^u^ iiy^aris dp Yishnu^. U semb^r^t màm^ résister des vers I, 155, 4; yi, 49, J3j VJJ, JiOO, 3, que Vishfj» ^ ^ait siestrois p^s sur 1^ terre : Q^aji^ çp ne po9.rr9JLt être là pn tous cas qu'm^e mpdi|[^,%t.ip,t^ du Q^the pripaitif f et les jtrpis p^s, 4ès îprs qu'ils j^ pei^ye^t 8'^::çp^qïlpr p.qx les trois positions diurfte;3 du solâl, çi'on^ pu pprTPsppiuif e .originairement qn'k trois mpnies di^ncfe^ 0^ P^tfjt voir encore uoe .^Jlusipn à la descente jie Yj^bf^ s^^^• lÉt terrp (sous la forw^ 4u fp^ PU du .Sow,a du s^çrifiçp) di^ns Ip p,as.Sj9Lge suivant: .^< Yi^hnn a traversé ce xçjondp;

i. €f. au Terg X, 15, 3, le rapprocheiaent des pitris et du pas, ou da séjour de Vishnu.

^, ^. encoi^ I, 164, 36. On Ut çepen^j^t a^ vers f., 1:54, 6, que le ^ jour suprême de Vishnu rayonne par en bas, ava bhdti; mais ce trait peut 8*app4iquer à la Yoûte céleste, limite inférieure du monde mystérieux. Je n^entends pas contester, d'ailleurs, que la place suprême de Vishnu n'ait M quelquefois déjà dans le Aig-Veda^ comçie plus tard dans la mythologie brahmanique, identifiée à la position du soleil au zénith. Ce que je nie, c'est' que cette ezpiicatioa soit suffisante pour r-endre compte de Teosemble du mjr^pie.

3. Dans son incarnation sous la torme d'un nain, Vishnu se fait proinettre^ par le roi Bali, le terrain qu'il pourra parcourir en trois enjambées. D'une eniambée, U parcourt la terre, et de ia 4seconde le ciel. 0*est qu^eu effet la tt%fi§ 4p Aon ^oisièjiiue p^ es^ da^as le mox»)^ inirisi^e.

il a trois fois posé le pied, l'enfonçant dans sa poussière », I, 22, 17.

Nous avons vu plus haut qu'une urne de liqueur est dans le séjour caché de Vishnu. Le ciel et la terre sont d'ailleurs souvent nommés deux coupes. De là l'idée que les trois places de Vishnu sont pleines de liqueur, 1, 154, 4, cf. VIII, 29, 7.

Mais ce qui ne paraît prouver jusqu'à l'évidence que les trois enjambées de Vishnu correspondent aux trois mondes et non pas seulement a trois points différents du ciel visible, c'est le vers I, 154, 2, d'après lequel tous les êtres habitent dans ces trois enjambées.

Il est d'ailleurs facile de montrer directement que la place suprême de Vishnu est identique à la place suprême d'Agni. Rien n'est plus signicatif à cet égard que la comparaison de ces deux passages : « Vishnu garde la troisième place, la place suprême d'Agni, » X, 1, 3; — « Par la trace supérieure du pied de Vishnu, tu gardes, ô Agni, la forme mystérieuse des vaches, » V, 3, 3. On peut même en conclure que Vishnu ne diffère pas essentiellement d'Agni. Vishnu est Agni conçu comme séjournant dans le lieu du mystère, mais aussi comme en sortant pour se manifester dans le ciel et sur la terre. L'assimilation de Vishnu à Agni ressort encore de ce passage : « Des prêtres empressés allument la place suprême w ou « la trace suprême du pied de Vishnu, » I, 22, 21. Enfin, le caractère essentiel du personnage de Vishnu est définitivement fixé par la citation suivante qui va confirmer à la fois son identité avec Âgni ou Soma et la correspondance de ses trois places ou de ses trois formes aux trois mondes : Vishnu, comme Agni, comme Soma, en tant que dieu fils, fait, établit, réalise, dadhâti « la forme inférieure, la forme supérieure du père, et la troisième dans l'espace du ciel », I, 155, 3. Ajoutons enfin que Vish/iu reçoit l'épithète consacrée d'Agni et de Soma, irishadustha « qui a trois demeures », I, 156, 5, et que le vers VII, 100, 6 fait allusion, en termes assez obscurs malheureusement, à ses différentes formes.

Nous passons maintenant au second des deux traits que je considère comme essentiels dans la légende védique de Vishnu, c'est-à-dire à son alliance avec Indra. Il est étroitement rattaché au premier.

C'est en effet par la force dlndra, VIII, 12, 27, ou pour Indra, Vâl., 4, 3, que Vishnu a fait ses trois pas. Au moment

de sa victoire sur Vritra, dans le curieux hymne IV, 18, où ce démon paraît être confondu avec Tvash/ri considéré comme père du dieu guerrier*, Indra dit à Vishnu (vers 11): Sakhe vishno viiaram vi kramasva, c'est-à-dire, selon toute vraisemblance : « Ami Vishnu, fais tes trois pas »*. La même formule se retrouve au vers VIII, 89, 12 où il est également question d'une victoire remportée sur Vritra par Indra et Vishnu, et de la délivrance des rivières célestes par les mêmes dieux. Si Ton compare le vers X, 124, 4, d'après lequel Agni abandonne le père pour Indra, et le vers 6 du même hymne où Soma est invité à en faire autant, on ne doutera guère que Vishnu, faisant ses trois pas au moment de la victoire d'Indra sur le père assimilé au démon, représente, soit Agni, soit Soma, se livrant de lui-même au vainqueur et devenant son allié.

L'assimilation de Vishnu à Soma paraît être confirmée par l'attribution qui lui est faite de l'épithète girikêhit « qui habite sur la montagne », I, 154, 3, et de son synonyme girishthâ, ibid., 2, ordinairement appliqué au breuvage sacré, tiré d'une plante qui croît en effet dans les lieux élevés, III, 48, 2 ; V, 43, 4; IX, 18, 1 ; 62 4 ; 85, 10 ; 95, 4; 98, 9^ Inversement, Soma reçoit l'épithète iirugâya « voyageant au loin*», IX, 62, 13, cf, 14 et IX, 97, 9, qui convient très bien au dieu « aux larges enjambées », et qui lui est en effet donnée, I, 154, 1; 3 et 6; II, 1, 3; IV, 3, 7 ; VII, 100, 1, particulièrement dans un passage tout à fait caractéristique, à savoir au vers 7 de l'hymne VII, 29, où les principaux dieux védiques sont, sans être nommés, désignés par leurs attributs essentiels. Elle y sert à désigner Vishnu, avec le verbe vi Ara/n dont elle est aussi rapprochée au vers I, 154, 1.

i. Voir III, p. 61.

â. Le vers 7 de l'hymne I, 61 à Indra fait sans doute allusion au même mythe. « Les libations de la mère » rappellent le rôle qu'y joue la mère dMndra (voir 111, p. 58); r« archer » est probablement le gardien avare du Soma céleste [ibid. p. 30); Vishnu enfin doit être avec Indra Tennemi de cet archer, comme au vers 1, 155, 2, Malheureusement la construction est difficile, et je n'ose encore essayer une traduction.

3. Elle le serait mieux encore par le vers I, 61, 7, si, comme je le crois, et comme la comparaison du Vishnu avec un animal terrible se tenant sur la montagne^ I, 154, â, semble autoriser à le croire, le sanglier frappé par Tarcher représente Vishnu lui-même. Ordinairement, c'est sous forme de faucon que le Soma, s'échappant de sa prison, est frappé par l'archer qui le garde. Mais le point essentiel est la blessure faite par cet archer. Cf. encore plus haut, p. 383, le rôle de Vishnu dans le mythe des Maruts.

Page 1