V. — LES MYTHES DE LA FEMELLE
Nous étudierons d'abord la « vache de Çayu.
Le mot çayu signifie « gisant, couché ». Il est appliqué deux fois à TAgni nourrisson de deux mères, qui repose en tous lieux, I, 31, 2, particulièrement « là-haut », III, 55, 6, et une fois à Indra, au vers 12 de Thymne IV, 18, où sa naissance est décrite à peu près comme celle d'Agni. Dans tous ses autres emplois, le nom désigne un protégé des Açvins (appelés pour cette raison çayutrâ « protecteurs de Çayu* », X, 40, 2), que nous regarderons comme une personnification du feu caché. Il figure dans des énumérations de favoris du couple divin désignés au vers I, 112, 16, par différents noms propres, et au vers X, 40, 8, par des noms communs, « le maigre ^ la veuve, etc. », en sorte que dans ce dernier passage il paraît retenir sa signification étymologique.
Partout ailleurs, la mention de Çayu est accompagnée de celle d'une vache, évidemment mythique comme Çayu luimême. Cette vache était stérile 3, I, 116, 22; I, 117,*20; VII, 68, 8. Mais les Açvins ont gonflé de lait la vache de Çayu, 1, 119,6 ; ils l'ont gonflée de lait pour Çayu lui-même, 1, 117, 20, pour Çayu épuisé, I, 116, 22, et en détresse, I, 118, 8. Les poètes, en même temps qu'ils célèbrent cette œuvre, nous apprennent que les Açvins ont « traversé la montagne en vainqueurs », X, 39, 13; VI, 62, 7. C'est ainsi qu'Indra a fait couler les eaux en fendant la montagne. La vache stérile que les Açvins ont remplie à la prière de Çayu est aussi directement comparée aux eaux, VII, 68, 8. Elle était attachée, littéralement « adhérente », vishaktâ, I, 117, 20, peut-être à cette peau, à cette enveloppe dont les-ftibhus ont aussi fait sortir une vache mythique qu'ils ont réunie à son veau. En un mot la nourrice de Çayu est évidemment la
1. M. Roth et M. Orassmann, suivant Tinterprétation du Ninikta, font de ce mot un adverbe en trâ signifiant « sur la couche ». Mais il n*y a pas d^exemples du mot çayu dans le sens de « couche », et il y en a de remploi de la racine trû à ia fin d'un composé {an-agni-trù, I, 189, 3 et puru-trû, VIII, 8, 22.