UN RELIEUR EXACT
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Curieux écho de Thouvenin I", à soixante ans de distance !
Au besoin, la maison Joseph Thouvenin et C" reliait, sans signer, pour un marchand de meubles et objets divers comme Alphonse Giroux, qui envoyait les livres sous son nom à l'Exposition de 1834, et obtenait, avec force éloges « pour l'éclat, la richesse et le bon goût de ses dorures », une médaille d'argent comme relieur !
Il ne paraît pas que, sous sa nouvelle raison sociale, Thouvenin ait prospéré. Il mourut pauvre.
Janin, « se donnant des airs de connaisseur auxquels se prenaient les badauds », — ainsi que vient de le qualifier durement et justement Maurice Tourneux (dans sa préface de la Bibliographie du xix" siècle de Georges Vicaire), — Janin se crut tenu de sangloter à froid une foule de lieux communs bibliopégiques sur le célèbre relieur Thouvenin, pour qui un beau livre broché était comme une belle femme pauvre et couverte de haillons, Thouvenin méprisant profondément les livres du xix*" siècle, Thouvenin aplatissant les livres sous une presse de la force de quarante chevaux, etc.
Et naturellement, Janin déclara à tout hasard la reliure finie. // est mort, le grand artiste! Il n'est plus ! Lart de la reliure redevient un métier ! Les vieux livres perdent leur protecteur le plus puissant ! Les vieilles renommées retombent, comme Eurydice, dans les ténèbres : Thouvenin les a regardées pour la dernière fois!.,.
Nodier, plus posé et plus compétent, prévit que la reliure française ne descendrait pas tout entière dans le tombeau de Thouvenin . Et certes Nodier avait été l'admirateur de Thouvenin, et avec raison, car Thouvenin restera un grand, même grandissime relieur. Mais Nodier savait que , pour vivre et briller , la reliure d'art n'a guère besoin que d'un homme à la fois, et il pensait que cet homme se trouverait, parmi les ouvriers et élèves du maître.
En quoi il se trompait en partie. Le relieur célèbre se retrouva, mais ailleurs.