‹ La reliure du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 10 sur 103 · C-HRONIOUE DE CHARLES IX · texte numérisé non relu

C-HRONIOUE DE CHARLES IX

RELIURE DE CUZIN (doublure).

fils, Auguste Cuzin, Domont, les deux Godefroy, Drees, Maylaender, Ghyssens, etc. !

Troisième point incontesté. C'est la nouveauté et la variété du décor, le triomphe de la reliure originale. Ces livres si beaux, si enviables, dont nous parlions plus haut, les bibliophiles d'aujourd'hui les veulent logiquement dans des reliures exceptionnelles, spéciales, extraordinaires, uniques. Qu'est-ce que vous allez me mettre là-dessus ? est le mot topique de l'amateur d'aujourd'hui portant son livre au relieur. Surtout, rien qui ait déjà servi! Du nouveau, de l'imprévu, pas de reliure banale et « passepartout », mais bien une reliure appropriée au volume et que l'on sente faite tout exprès. — Mais il faudra graver des jeux de fers? — Faites graver. — Mais il en coûtera un prix considérable? — Marchez toujours. — Mais le prix de la reliure sera vraiment hors de proportion avec la valeur du livre? — Marchez, vous dis-je. — Mais, voici un volume, moins important, pour lequel on pourrait économiser, en ne « doublant » pas? — Non, doublez : la reliure doublée est un principe....

Et ainsi, chaque livre qui paraît, et non seulement chaque livre, mais chaque exemplaire de ce livre provoque une création nouvelle. — Qu'est-ce que vous allez me mettre là-dessus? — — J'ai une idée de mosaïque à froid, toute nouvelle. — Mettez ! — J'ai une idée de plats tout couverts et rutilants d'or. — Essayez! — C'est très risqué, comme idée, et peut-être ne suisje pas sûr de réussir. — Risquez!...

Et finalement la très curieuse caractéristique de la reliure actuelle est de présenter autant de décors qu'il est relié de volumes. Impossible de suivre la production actuelle dans toutes ses manifestations ; on n'en peut plus suivre que les grandes lignes, le mouvement d'ensemble.

Jamais, en aucun temps, on ne demanda au relieur pareil effort décoratif! Qu'est-ce que vous allez me mettre là-dessus?

Par l'ardeur h chercher, et le courage, à payer, par la multiplicité inouïe des idées, la variété des données, par l'intensité de l'effort, par la beauté de l'exécution, bibliophiles et relieurs ont porté de nouveau la reliure à un

haut degré de splendeur, dont on n'a pas vu l'équivalent depuis trois cents ans, et la fin du xix' siècle restera un des plus curieux et des plus florissants moments dans l'histoire de cet art. Yoilà le jugement d'ensemble qu'on en doit porter à coup sûr. Voilà l'incontesté.

Porter dès aujourd'hui un jugement de détail est plus difficile : même impossible.

Juger définitivement les relieurs vivants? Ils n'ont pas dit leur dernier mot. Les uns sont engagés dans le plein de leur production et n'ont pas terminé leur œuvre; les autres sont seulement au début de leur carrière.

Juger définitivement les reliures? Émettre sur chaque tentative nouvelle de décor un jugement certain et non révisable? Mais on sait si mal voir, on juge si injustement, en général, les œuvres de son temps ! Certes, nous sommes personnellement passionné pour nos contemporains et leurs œuvres, que nous cherchons à voir dès à présent avec du recul, en leur accordant, sans plus attendre, l'intérêt, le respect et au besoin l'admiration que leur accorderont ceux qui les

verront et les jugeront dans les temps futurs, alors que, sanctifiées par l'ancienneté et par la patine, les reliures d'aujourd'hui seront devenues à leur tour des « objets de curiosité », des « objets anciens », rares, précieux, souvent admirables. Malgré cela, nous ne saurions avoir la prétention d'apprécier sans nous tromper.

Évidemment, il y a toute une catégorie de reliures qu'il est facile de juger, et de condamner irrévocablement : celles d'une exécution insuffisante. Avec l'admirable perfection que peut atteindre aujourd'hui l'exécution, toute reliure mal bâtie, tout décor gauchement rendu, est inexcusable, inadmissible. De même, comme conception, le genre faux naïf est nettement insupportable.

Il faut ajouter que la reliure actuelle ayant produit à elle seule plus de décors différents que plusieurs siècles réunis, il est évident que c'est elle qui en a le plus produit de médiocres — disons le mot — de mauvaises, et jusqu'au ridicule. Les reliures dans lesquelles on ne trouve, sans exécution de reliure ou de dessin,

RELIURE DE CUZIN

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Hclinô Bordier

RELIURE DE CUZIN (DOUBLURE

que de bonnes intentions et de la bonne volonté, sont une peste.

Restent les autres, les seules, les œuvres d'une belle exécution. C'est ici, encore une fois, que, sur les idées décoratives, on diffère; c'est ici que l'on ne peut juger sans se tromper, surtout au fort de la lutte. . . .

— Quelle lutte? Vous disiez plus haut que la lutte était terminée dès 1885, et par le triomphe des idées nouvelles, du « style xix' ».

— Oui, nous avions assisté — pour prendre la philosophie de l'histoire — à un épisode de la grande et éternelle querelle des anciens et des modernes. Engagement partiel, remarquable par sa singulière vivacité : ardeur de création chez les partisans du nouveau, âpreté de réaction chez les rétrospectifs. Finalement, victoire complète des modernes, comme de juste —

— Eh bien?

— Eh bien, quand un parti est vainqueur, c'est dans son sein que se produisent les divergences d'opinions. Le principe original triomphe

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