PAYSAGES PARISIENS
RELIURE DE PAGNANT (DOUBLURE) (dessin de bracquemond)
Déjà la reliure illustrée avait été introduite par un relieur d'exécution insuffisante : Amand. Tout ce qui se serait noyé en essayant de se soutenir par le vrai moyen d'expression du relieur se cramponna à la nouvelle planche de salut; plus d'un, incapable d'un simple entrelacs de filets, se rua en des pyrogravures effrénées ; plus d'un, n'étant pas de force à établir chez lui la dorure, se jeta sur le mosaïquagevignette; plus d'un qui ne brillait pas dans la reliure elle-même, dans le corps d'ouvrage, et se serait empêtré dans un janséniste, se lança dans les décors les plus complexes. On vit apparaître sur les plats des livres les petits bonshommes et les petites bonnes femmes, les poupées en maroquin, non pas même mosaïque, mais coloré et décoloré, et les amours voltigeant, et les oiseaux, et les ménageries, tout un bazar, une « boutique à treize » d'objets variés. Jamais le goût français, éminemment mesuré et élégant, ne fut plus ouvertement trahi : dans les années précisément les plus brillantes pour la reliure, une certaine reliure tournait à l'abomination, au méfait, préparant parallèlement au
glorieux « musée de la reliure », un musée des horreurs! Toujours avec ce mot satisfait : C'est du style XIX".
Marius se chargea de protester; toujours prêt au combat, il essaya de mettre de l'ordre dans les idées des autres et lança, un peu avant l'Exposition de 1889, la brochure que nous citions plus haut : V Ornementation des reliures modernes.
Ah! pour un succès ce n'en fut pas un ! Cette publication, sur le moment, fit un mal sérieux au relieur. Les premiers qui lurent s'écrièrent : C'est un pamphlet I laissèrent la lecture, et empêchèrent les autres de lire. Les bibliophiles rétrospectifs trouvaient déplacé qu'un relieur se permît, lui aussi, de les plaisanter sur le goût pour la copie; les libraires trouvaient intempestif qu'un critique désossât certaines reliures du wiif pour les traiter de camelote : C'est un pamphlet ! Les relieurs trouvaient insupportable qu'un confrère se donnât des airs de professer sur son art : qu'est-ce que ce relieur toujours armé pour la discussion et qui ne sort pas sans
avoir sur lui une brochure toute chargée? Qu'il se mêle donc de relier, ce relieur, qu'il fasse son métier, ce praticien !
Eh mais ! justement parce qu'il est d'un praticien, c'est le livre de Marins qui en fin de compte pourrait bien rester. Rien d'intéressant comme l'homme du métier parlant métier. Mais formuler la technique des arts, a dit Bracquemond, c'est précisément ce que les professionnels négligent, ce qui met par suite les critiques, ceux qui exercent la profession de commentateur des arts, hors d'état de le faire à leur tour !
Si nous avions aujourd'hui l'Ornementation des reliures modernes, par le relieur de Henri II, 1550 (ou l'Ornementation des reliures, par Clovis Eve, ou par Le Gascon, ou par Padeloup) quel document précieux !
Non moins précieux sera ce document sur le xix' par un relieur du XIX^
Il a suffi d'ailleurs de quelques années pour lui faire perdre cette allure de premier numéro de la Lanterne qu'on lui trouva sur le moment. Si personnalités ou intentions agressives il y
eut, elles sont bien difficilement saisissables désormais.
Vous rappelez-vous le poème de Lesné, combien instructif pour ceux qui s'intéressent vraiment à l'histoire de la reliui^e ? 11 y a curiosité maintenant à en rapprocher l'étude de Marins. Le relieur de 1820 combat pour le travail bien fait, contre la reliure camelote (le mauvais travail de la fin du xvm'); le relieur de 1889 combat pour l'ornementation selon la technique du relieur, contre le décor camelote.
Le premier attaque une hydre, le fauxgothique, la reliure à la cathédrale ; le second en attaque une autre, le décor-vignette, la reliure illustrée, les histoires racontées sur la couverture.
Analysons brièvement l'Ornementation des Reliures modernes, dont le vrai titre pourrait être -.Petit Catéchisme de la Reliure emblématique.
Dès l'avant-propos, Marius, se ralliant au système nouveau avec un zèle de néophyte, formule son credo, sa « profession de foi du vicaire savoyard ».
« Ce qui distinguera les reliures artistiques de
Héliog.Bordi