RECUEIL DE DESSINS DU XVIIJME SIECLE
RELIURE DE CUZIN
Encouragé, mis en possession d'un magnifique matériel de fers, Cuzin fait exécuter des décorations dans le goût des titres du xvme, de plus en plus compliquées :
[135] Encadrement à deux compartiments, le supérieur plus grand, l'inférieur plus petit, dans le goût de certains titres de Moreau ; par exemple, sur une doublure des Historiettes d'Imbert.
[136] Le plus considérable effort de dorure en ce sens a été fait sur un Anacréon de 1773. Sur la doublure rouge est la reproduction, à petits fers gravés tout exprès, du titre de l\. -F. Martinet pour Le Prix de la Beauté ou les Couronnes Pastorales 1760. Rien ne saurait dire l'étonnante exécution de la dorure. Mercier a poussé, repassé et encore repassé de sa main à la fois vigoureuse et délicate, revenant des cinq ou six fois sur le même détail sans jamais l'empâter. Pour un pareil travail, reliure, gravure de fers, dorure, il en coûta 2 500 francs.
[137] Doublure d'un Jugement de Paris de
1772, décoré par Mercier, d'après un panneau de Salembier. Sans viser à faire exprimer à la dorure autre chose que ce qu'elle est faite pour exprimer, le doreur s'y joue de toutes les difficultés.
Parallèlement à ces décors copiés sur des dessins du xviii0 siècle — d'aussi près que le moyen d'exécution, c'est-à-dire le petit fer, le permettait, — il sortit de l'atelier Cuzin toute une autre série de décors non pas copiés mais simplement inspirés du goût xvin6 et composés, l'on peut dire, en collaboration par le relieur, son doreur, et quelques bibliophiles. Les reliures ainsi ornées furent très nombreuses. Montrons seulement quelques exemples :
[138] Un Adonis, poème de Fréron, de 1775 : maroquin cuisse de nymphe, avec panneau de filets droits et courbes au centre duquel pend un médaillon à trophée, entouré de fleurs. C'est sûrement une des plus jolies reliures de Cuzin.
[159] Doublure du même. Maroquin bleu, angles à petits fers, avec flambeaux.