‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 16 sur 37 · LES RITT'ALISTES PERSECUTES · texte numérisé non relu

LES RITT'ALISTES PERSECUTES

ciences et le péril qui en résulterait, dans l'avenir. pour l'existence même de l'Église anglicane. Loin de se modérer, elle ne songeait qu'à profiter de sa victoire pour pousser plas avant et pour obtenir d'autres condamnations. Elle invitait ses adhérents à redoubler de vigilance à l'égard des Ritualistes, à n'épargner personne, à multiplier les plaintes, à en faire grand bruit, et elle engageait de nouvelles poursuites dans divers diocèses. Et cependant, à regarder les choses avec un peu de sang-froid, elle eût pu se convaincre à quel piètre résultat aboutissait ce grand effort de persécution. Loin d'abattre les Ritualistes, il semblait les fortifier. Sur ce point encore, je me plais à citer le sage Church dont le témoignage a d'autant plus de prix que personnellement il avait peu de goût pour la forme nouvelle du Itigh-churchism . Il écrivait, dans un article publié en avril 1871 :

La position du parti High CInirch rst vraiment remarquable. Il a mi, contre lui, plus que ses rivaux ; cependant il est probablement le plus fort de tous. On dit, sans doute avec raison, que c'est le parti impopulaire, il a été en butte aux injures et aux sarcasmes dune grande |)ortion de la presse. Il a été^étralement odit-ux aux petits boutiquiers radicaux, aux true hlue fermiers et à leurs squires. Il a été assailli par l'émeute, dans les églises, et censuré dans le Parlement. Les choses ont tourné contre lui, presque uniformément, devant les tribunaux. Et malheureusement, on ne peut pas dire qu'il n'ait pas eu sa pleine part de folie et d'extravagance chez quelques-uns de ses membres. Cependant c'est le parti qui a grandi, qui a attiré à soi quelques-uns de ses antagonistes et qui a réagi sur les

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iclrt-s et les habitudes tks autres; ses membres se sont grailuellemont et comme naturellement élev»''s en importance et en pouvoir '.

Pusey, tout en continuant à prendre publiquement parti pour les Ritualistes persécutés, ne laissait pas, à part lui, que d'être toujours un peu étonné, effarouché, impatienté de leurs procédés. En novembre IHUT, parlant dans une assemblée de VEnr/lish Church Union ^ il avait insisté sur la nécessité de ne pas introduire de nouveau cérémonial, dans une église, contre la volonté des paroissiens : or il n'avait pas fait accepter sans difficulté cette façon de voir. « J'avais, écrivait-il à un ami, les troi? quarts ou les quatre cinquièmes de l'assemblée contre moi. Ils ne cédèrent que quand je leur dis que, si une telle proposition était rejetée, je ne pourrais plus servir YEn(jlish Chiirch Union ni le Ritualisme... Les frottements de pied, pendant la discussion, montraient que mes adversaires avaient avec eux les cœurs des assistants-. » Plusieurs fois, depuis, il avait eu la même impression •'. Il se sentait donc mal à l'aise sur le terrain oîi la lutte était portée et il eût préféré qu'au lieu de se battre sur des formes de culte, on se battît sur les doctrines

' Occaxiiinal papers, par Cliurcli, t. Il, p. 61-62. ■■^ Life of Pusey. t. IV. p. 21(i.

:' Ibid., t. IV, p. 271-272.

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que ces formes représentaient, particulièrement sur la doctrine eucharistique que paraissaient avoir en vue les adversaires aussi bien que les tenants duRitualisme. Etait-ce donc impossible? La Church Association ne répétait-elle pas à satiété que, si elle repoussait le nouveau cérémonial, c'est qu'il impliquait, qu'il exprimait la doctrine de la présence, du sacrifice et de l'adoration eucharistiques ' ?

Sous l'empire de ce sentiment, Pusey avait relevé, en 1867, une phrase de la résolution des évêques où les Ritualistes étaient accusés de « favoriser des erreurs délibérément rejetées par TEglise d'Angleterre ». 11 avait demandé si l'on entendait, par ces « erreurs ■■, la doctrine catholique sur l'Eucharistie qu'il professait avec les Ritualistes. Et il saisissait celte occasion de porter une sorte de défi public à ses contradicteurs et aux évêques eux-mêmes. « Si, par impossible, déclarait-il, il était décidé par une autorité compétente que la présence réelle objective, ou le sacrifice eucharistique, ou le culte du Christ présent dans le sacrement étaient contraires à la doctrine de l'Eglise d'Angleterre, je résignerais ma charge. » Ce défi ne fut pas relevé. Vainement Pusey le renouvela-t-il peu après, en provoquant un de ses accusateurs, Golightly, celui-ci se tint coi -.

L'année suivante, cependant, la Church Association consentit à s'avancer un moment sur le terrain doctrinal

1 Cette affirmation se retrouve presque à chaque page des tracts publiés par cette société.

-' Life of Vuae'j, t. IV, p. 214-21o.

OÙ la provoquait Pusey. Elle fit poursuivre le Rev. Bcnnett ', à raison de la doctrine qu'il avait exposée, sur la présence réelle, dans une lettre publique à Pusey. Celui-ci, à son grand regret, ne put obtenir d'être impliqué dans la poursuite. Il n'en prit pas moins l'affaire très à cœur et en suivit, avec anxiété, les longues péripéties. La Cour des Arches qui ne statua que le 2.] juillet 1870, jugea qu'il était loisible, dans l'Eglise d'Angleterre, d'enseigner la présence « objective réelle, actuelle et spirituelle », et que les assertions de M. Bennett, sur le sacrifice eucharistique et sur le culte eucharistique, n'outrepassaient pas la liberté résultant des formulaires et du langage des théologiens. Appel fut fait au Conseil privé ; l'anxiété de Pusey redoubla. Enfin, le 8 juin 1872. ce tribunal suprême confirma la décision de la Cour des Arches. Pusey triompha. « C'est, en vérité, une grande défaite pour la Church Association », avait-il déjà écrit, au lendemain de la décision de première instance. Que le Conseil privé, dont on connaissait les sentiments hostiles à tout ce qui semblait catholique, se fût prononcé dans le même sens, n'était-ce pas plus considérable encore ? Pusey se rappelait le temps où, en 1843, pour avoir exposé ces mêmes doctrines da,ns un sermon, les autorités universitaires l'avaient privé, pendant deux ans, du droit de prêcher dans ILniversité^. 11 constatait le terrain gagné depuis lors et s'en

' (Test le même cleryyinan dont il a été (lueslion lors des troubles suscités, en dS.^O, dans l'éplise Saint-Barnabas. - Cf. Première Partie, p. 264 à 266.

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félicitait'. Et cependant, à y bien regarder, y avait-il tant sujet de triompher V Pusey n'obtenait, pour cette vérité, primordiale à ses yeux, de la présence réelle, qu'une sorte de tolérance, accordée également à la doctrine contraire qu'il estimait être la pire des hérésies. Était-ce de quoi satisfaire des hommes qui se piquaient de restaurer l'autorité du dogme? ()u'étaitce que cette Église où, sur un tel sujet, l'arbitre suprême déclarait licite d'enseigner le pour et le contre? Pusey n'en paraissait pas troublé et sa confiance dans la situation de l'Anglicanisme demeurait entière.

Sur ce terrain doctrinal, les adversaires les plus prononcés et les plus redoutables que rencontrait Pusey, n'étaient pas les Loiv-chnrchmen, mais les hommes du Broad Church qui poursuivaient audacieusement leur campagne anti-dogmatique. Depuis que le Conseil privé leur avait donné raison, dans l'affaire des Essays and Revieios et dans celle de Colenso, ils portaient la tète haute. Les ministres, qu'ils fussent tories ou libéraux, se montraient disposés à faire large part, dans le gouvernement de l'Église, aux personnages qui passaient pour être plus ou moins ouvertement favorables à cette école. En 1868, Disraeli élevait Tait au siège primatial de Canterbury. A la fin de

I lÀ^-e of Pusey, t. IV, p. 216 à 219 et 225-2-26.

1869, Gladstone lui-même nommait, à révèclié d'Exeter. l'un des auteurs des Essa//s\ le docteur Temple, non, il est vrai, sans soulever dans le monde religieux une tempête plus violente encore que celle qui avait accueilli, vingt-deux ans auparavant, la promotion épiscopale du docteur Hampden '. Ht'gh cJiurchmen et Loïc chxirchmeû se retrouvèrent momentanément unis dans une commune indignation, comme aux jours de la lutte contre les Essays. Un comité de protestation se constitua, avec lord Shaftesbury pour président et Pusey pour vice-président. Ce dernier était à ce point ému qu'il rompit avec Gladstone. « S'il n'est pas fait quelque vigoureuse résistance, disait-il, des milliers de personnes quitteront une Église Essays and Revîeros et chercheront un refuge à Rome ^. » Tous les moyens de procédure furent tentés pour s'opposer à la consécration du docteur Temple ; ils échouèrent, comme dans le cas du docteur Hampden, devant l'omnipotence ministérielle, et le nouvel évèque prit possession de son diocèse. Il devait monter plus haut encore et devenir, en 1885, évêque de Londres, puis en 1896, archevêque primat de Canlerbury. A la surprise de ceux qu'avait tant effarouchés sa première promotion, il se montrera, dans ces hautes fonctions, administrateur énergique, intègre, impartial, de doctrines plutôt conservatrices et faisant la part large aux //«,j/7« churchmen. Ce qui témoignait mieux encore des progrès du Broad

' Cf. Seconde l'aiiie, p. 114.

-• Life <)/■ l'use;/, L IV, p. 207-208.

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Church, c'était l'importance croissante des hommes qui en étaient la personnification la plus accentuée. Jowett, naguère si contesté à Oxford ', y exerçait maintenant une influence prépondérante. En 1870, le maslership de Balliol étant devenu vacant, il s'emparait, sans aucune difficulté, de ce poste qu'en 1834, il avait brigué sans succès. Jusqu'à sa mort, il devait régner, avec une autorité reconnue, parfois même un peu dominatrice et arrogante, sur le vieux collège, et, par lui, sur une bonne partie de l'Université. Mais plus grandissait sa situation, moins il se sentait en mesure de formuler ses croyances, toujours en voie de dissolution. La critique, à laquelle il avait pris l'habitude de ne jamais opposer de résistance, ne laissait à peu près rien subsister de ses convictions théologiques. 11 entreprit une Vie du Christ^ avec le dessein de substituer au Christ historique et personnel qui n'avait plus de réalité dans son esprit, un Christ purement idéal ; mais il ne put parvenir à préciser sa pensée, et à qui lui demandait pourquoi il ne finissait pas cet ouvrage, il répandait, avec des larmes dans les yeux: u Parce que je ne peux pas. Dieu ne m'a pas donné le pouvoir de le faire -. » Obligé par situation à prêcher, il évitait les sujets dogmatiques ou pieux, parlait de philosophie et de morale séculières, ou même transformait les sermons en conférences biographiques sur les personnages souvent les plus étrangers au

' Sur les débuts de Jo\rett. cf. Seconde Partie, p. 407 et sq. - Life and Letters of Benj. Joivetl, t. II, p. 440.

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christianisme. Il faisait profession d'admirer Renan et de partager beaucoup de ses idées, avec cette différence que, grâce au latitudinarisme de l'Eglise d'Angleterre, il ne s'était pas senti obligé d'en sortir ; bien au contraire, il tenait plus que jamais à y conserver sa situation ecclésiastique. Il se piquait d'ailleurs d'être religieux, pieux même, fort occupé, à sa manière, de la pensée de Dieu et de l'amour du Christ, bien qu'il s'avouât impuissant à les prier. L'un des traits inattendus de la physionomie de Jowett, à cette époque de son apogée sociale, était ses velléités mondaines : le vieux scholar^ timide et gauche, qu'on voyait à toute heure, à la campagne comme à la ville, circuler en habit noir et cravate blanche, se montrait friand de relations aristocratiques, et usait d'une diplomatie qui n'était pas sans finesse pour se les assurer, jamais plus heureux que quand il recevait de belles dames qu'une sorte de snobisme intellectuel rendait, à leur tour, fières de fréquenter chez le fameux master of Balliol.

Pendant que Jowett exerçait sa maîtrise à Oxford, son ami Stanley, nommé par la faveur de la reine dont il avait épousé l'amie, doyen de Westminster, devenait l'un des personnages les plus en vue de l'Angleterre'. En possession d'un opulent bénéfice qui l'exemptait de toute juridiction épiscopale, il en profitait pour faire de son abbaye la citadelle du Broad Church. Désormais, c'était avec une sorte de désinvolture indifîé-

' Life and Letters of dean Slaiileij. t. U, jiassim.

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rente aux mécontentements de l'autorité ecclésiastique ou aux effarouchements de l'opinion religieuse, qu'il pratiquait et accentuait le latitudinarisme antidogmalique qui était, depuis longtemps, le fond de ses idées'. Un personnage suspect d'hérésie se voyait-il interdire la prédication par son évêque, Stanley se hâtait de l'appeler à prêcher dans son église : c'était sa façon de protester contre ce qu'il détestait par-dessus tout, l'intolérance orthodoxe. Dans son désir d' « élargir l'Eglise chrétienne », il imaginait de faire faire, dans la nef de l'abbaye, des lectures par des ministres non conformistes ou même par des savants non chrétiens. En une circonstance solennelle, en 1870, à l'inauguration des travaux de la Commission chargée de reviser la traduction de l'Ancien Testament, il admettait à la communion un ministre unitarien qui, comme tel, rejetait la divinité du Christ : le scandale fut si grand que la Convocation vota une motion de blâme, dont du reste Stanley ne s'inquiéta guère. Quelques années auparavant, en 18G7, l'archevêque de Canterbury lui ayant exprimé le désir de célébrer, à Westminster, le service de clôture de l'assemblée à laquelle avaient été convoqués les évêques anglicans du monde entier, il s'y était refusé, parce qu'il se méfiait des décisions que prendrait cette assemblée sur l'affaire Colenso. Dans toutes les communions religieuses, c'était aux révoltés que ses sympathies allaient de préférence ; ainsi les iémoignait-il très vives à l'ex-père Hyacinthe, à

' Cf. Seconde Partie, p. 391 et sq.

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