III
El pouri|uoi Jonc ["Histoire ecclésiastique aurait-elle plus de titres (fue IKcriture. à renfermer « tout le plan de Dieu ""? Pourquoi le jugement propre qui na pas le tlroit d'interpréter les Écritures contre la voix de lAulDrité, iurait-il le droit d'interpréter contre elle IHistoire ?...
Pour moi, j'avouerai simpl»^ment (juaucune doctrine de l'Église ne peut être rigoureusement ni démontrée, ni conilamné'', par d<'S prouves historiques. Ces preuves tendent jilus ou moin? à établir les doctrines de l'Eglise; souvent elles y parviennent presque complètement; dans d'autres cas, elles vont seulement assez loin pour montrer la direction ; parfois, tout ce qu'on {«eut dire, c'est qu'il n'y a pas de preuve du contraire; parfois même, en apparence, ces ]»ieuves scmblrnt tendre vers une conclusion opposée, ce <jui appelle um- explication; mais, dans tous les cas, il reste assez de marge pour l'exercice de la foi dans la itarole de l'Église. Qui iv croit les dogmes que parce qu'il les a tirés de l'Histoire par sa raison, est à peine un catholiiiue. 1,0 vrai catholique cruit dans l'usage dogmatique que l'Eglise fait de l'Histoire, et l'Église, pour se guider, a aussi d'autres ressources, l'Écriture, la tradition, le sens ecclésiastique, et un certain pouvoir de raisonnement subtil qui a son origine en un don de Dieu. Il n'y a, dans cette vue, nulle servitude ou « renoncement à la liberté de l'esprit )', pas plus que chez ceux (jui se convertissaient à la parole des apôtres, croyant à ce que les apôtres leur pr»"'- < baient ou leur enseignaient sans aucune Ecriture.
Arrivé au terme de sa discussion, Newman se rend ce témoignage qu'il a pleinement répondu à M. Gladstone :
Le point principal di' son accusation contre nous, dit-il, est ([u'en 1870, après une série d'actes préparatoires, un grand et irréformablo changement a été effectué dans l'atli-
AVAiNT, PENDANT ET APRES LE CONCILE 179
lude politique de l'Église, par les troisième et quatrième chapitres de la bulle Pastor CEter nus, changement qu'aucun Etat ni homme d'État ne peuvent laisser passer. De cette assertion capitale, je considère qu'il n'a donné absolument aucune preuve, et mon dessein, dans les pages précédentes, a été de le mettre en lumière. En vérité, l'infaillibilité dii Pape et son autorité suprême ont été, par les décisions du concile du Vatican, déclarées matières de foi; mais sa prérogative d'infaillibilité n'existe que dans des matières spéculatives, et sa prérogative d'autorité n'est pas infaillibilité dans les lois, les commandements, les actes. Son infaillibilité porte sur le domaine de la pensée, non directement sur celui de l'action, et, tandis que cela peut vraiment toucher le théologien, le philosophe ou l'homme de science, cela concerne à peine l'homme politique. Quant à savoir si la reconnaissance de son infaillibilité, en matière de doctrine, augmentera son pouvoir actuel sur la foi des catholiques, c'est ce qui reste à voir et que l'événement établira; car ce sont des dons trop grands et trop redoutables pour qu'on en use facilement. M. Gladstone paraît le sentir, et c'est pourquoi il insiste sur l'acrroissement que la déttnilion du concile du Vatican a apporté à l'autorité du Pape. Mais il n'y a amun accroissement réel. Depuis des siècles et des siècles, le Pape a possédé et mis en œuvre cette autorité que la définition déclare aujourd'hui lui avoir toujours appartenu. Avant le concile, il y avait la règle d'obéissance et les exceptions à cette règle; depuis le concile, la règle subsiste et, avec elle, la possibilité des exceptions.
Newman s'occupe ensuite ^ des différences d'argument et d'opinion » qu'on pourra relever entre lui et les autres catholiques qui ont répondu à M. Gladstone. 11 explique que si les catholiques n'ont qu'un sentiment sur ce qui est matière de foi, ils peuvent varier dans ce
qui est seulement opinion théologique, ce qui prouve, dit-il, « qu'après tout, le jugement privé n'est pas si complètement inconnu parmi les catholiques que les protestants voudraient le faire croire », et il ajoute :
Je tire de ces remarques deux conclusions : premièrement, en ce qui regarde les protestants, que M. Gladstone ne peut plus déclamer que nous n'avons aucune « liberté intellectuelle » ; secondement , pour l'instruction de quelques catholiques, je voudrais faire observer que, tandis que je reconnais un Pape, jure divino, je n'en reconnais aucun autre, et que je regarde comme une usurpation trop détestable pour qu'il soit convenablr d'y insister, (jue des individus usent de leur propre jugement privé, dans la discussion dfs questions religieuses, non seulement pour abundare in suo sensu, mais pour analhématiser le jugement privé des autres.
Je dis qu'il y a un seul oracle de Dieu, la saiatr Kglise catholique et le Pape comme son chef. A son enseignement, j'ai toujours désiré que toutes mes pensées, toutes mes paroles soient conformes; à son jugement, je soumets ce que j'écris maintenant, tout ce que j'ai écrit dans le passé, non seulement pour en apprécier la vérité, mais pour en apprécier la prudence, l'utilité, l'opportunité. Je pense n'avoir poursuivi amunefin personnelle dans aucune de mes publications, mais je sais bien que, dans des matières qui n'étaient pas de foi, je puis avoir parlé, quand j'aurais dû garder le silence.
C est sur ces paroles que se termine cette lettre où une si loyale indépendance s'unit à une soumission si entière. Toutefois je ne ferais pas assez complètement connaître l'état de cette âme, si je ne joignais ici le post-scriptum qu'y a ajouté Newman, dans une édition
postérieure ; il s'agissait de répondre à ses anciens amis protestants qui semblaient le croire découragé et désabusé par les déboires qu'il avait pu éprouver dans sa nouvelle communion :
Tout ce que je puis dire, c'est que, depuis le jour où je suis devenu un catholique, jusqu'à ce jour, ce qui fait près de trente ans, je n'ai pas eu un seul moment de doute sur ce point que la communion de Rome est cette Église que les apôtres ont fondée à la Pentecôte, qui a seule « l'adoption des fils, et la gloire, et les alliances, et la loi révélée, et le service de Dieu, et les promesses », et que lu communion anglicane, quels que soient ses mérites et démérites, quelle que soit l'excellence des individus qu'elle renferme, na, comme telle, aucune part dans cette Église. Je nai jamais non plus, depuis 1845, hésité un moment dans ma conviction que c'était mon devoir manifeste de joindre, comme je l'ai fait, cette Église catholique que, dans ma propre conscience, je sentais être divine. Les personnes et les lieux, les incidents et les circonstances de ma vie qui appartiennent à mes quarante-quatre premières années, sont logés profondément dans ma mémoire et dans mes affections ; en outre, j'ai eu plus d'épreuves et de souffrances de divers genres, comme catholique, que comme anglican; mais jamais, un seul instant, je n'ai désiré revenir en arrière ; jamais je n'ai cessé de remercier mon Créateur pour la miséricorde avec laquelle il m'a rendu capable défaire le grand changement, et jamais II ne m'a laissé croire qu'il m'oubliait, jamais II ne m'a laissé en détresse ou dans aucune sorte de trouble religieux.
La Lettre au duc de Norfolk a tout de suite un grand succès. Au bout de deux jours, quinze mille exemplaires
en sont déjà vendus'. Les protestants de bonne foi sont ébranlés, touchés par cette argumentation sincère, forte, vraiment libérale, écrite en xme langue qu'ils comprennent, qu'ils admirent et où rien ne les blesse. Gladstone a rencontré le contradicteur qui est le mieux en mesure do contenir et de désarmer les passions qu'il a soulevées. Les catholiques, en général, sont fiers de leur champion et reconnaissants du secours qu'il leur apporte dans cette crise périlleuse. Un prince de rÉglise, le cardinal Cnllen. archevêque de Dublin, se fait solennellement Tinterprète de leur gratitude en louant, dans une lettre pastorale, « l'admirable réponse du vénérable D"^ Newman ». Toutefois, chez ceilains catholiques qui se sentent touchés par le désaveu que Ne\vman a fait de leurs exagérations, existe un mécontentement qui ose plus ou moins se manifester. Dans sa brochure, qui est postérieure à celle*de Newman, Manning, énumérant les diverses réponses faites à Gladstone, omet complètement la Lettre an duc de Norfolk. D'autres font plus et la dénoncent comme l'œuvre d'un minimher et un acte d'opposition au Pape. Fautil s'en étonner, quand un personnage important de la Curia, M*-'"^ Nardi, se plaignait que l'écrit de Manning lui-même eût une « saveur de conciliation » et menaçait de l'attaquer publiquement'^? Dans la Revue de Dublin, les appréciations de Ward, plus atteint cependant (|ue personne par les désaveux de Newman, sont relative-
' /,//(' (111(1 Lcllcis iif Ainhv. l'/iilfipps de Lialc. t. II, p. 06. - Life (if Mdiinliif/, t. II. p. 484, 485.
ment modérées et bienveillantes ; il se défend de vouloir appeler tninwiistic un tel écrit et il ajoute même « avoir rarement lu un ouvrage avec lequel il fût, sur certains points, en plus complète sympathie ». NewmanJorsde la publication de sa brochure, avait écrit, sur un ton affectueux, à son ancien disciple, pour le préparer aux réserves qu'il était obligé de faire sur certaines thèses excessives. La réponse de AVard est curieuse et, par certains côtés, touchante.il remercie son ancien maître des sentiments qu'il lui témoigne, et. tout en maintenant ses thèses, laisse voir, pour la première fois, que son assurance est quelque peu ébranlée :
Je suis de plus en jilus convaini'u. dit-il, que' lua direction était la bonne; mais je suis aussi de plus en plus convaincu que, de teuips en temps. j"ai commis de graves erreurs de jugement, soit dans ce que jai dit, soit dans ma façon de le dire. Je puis dire, avec la plus grande sincérité, que la principale cause de ces erreurs m'a toujours paru être ma séparation d'avee vous. Jamais homme n"a éle moins fait que moi pour le rôle de preniier violon. Vous pouviez suppléer exactement ce qui me mantjuait, corrigeant les extravagances, les crudités, suggérant des vues opposées, signalant les exagérations de plume, etc. Quand je maperçus que vous et moi, comme je le pensai, parlions de principes fondamentalement opposés, cette aide inestimable fut perdue pour moi, et je n'ai jamais pu vous remplacer même en partie. Si vous ne riez pas de Te-xpression, je dirai que je me suis senti moi-même une sorte dorphelin intellectuel... Excusez cette terrible prolixité d'égotisme. Gela vous montrera au moins combien je suis désireux (lue vous pensiez moins mal que vous le faites, de mon attitude intellectuelle, et que vos réprimandes soient,
d84 I.A RENAISSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE
pour cela, moins sévères. Toute la couleur de ma vie a changé, je vous assure, par la perle de voire sympathie. Mais ma gratitude pour le passé demeurera toujours entière^
A la fin de sa vie, Thonnéte Ward devait compléter sa confession : << Je n'ai maintenant aucun doute, écrira-t-il, que. dans diverses parties de mes écrits, j'ai été, sur un ou deux points, beaucoup trop loin. Cela était dû en partie, je l'admets, à l'échaufîement de la polémique ; mais c'était dû encore plus, je crois, à un certain désir passionné de pousser tout de suite jusqu'au bout la logique, que je reconnais hautement être l'un de mes principaux défauts intellectuels-. »
Parmi ceux qui en voulaient à Newman d'avoir désavoué certaines exagérations, quelques-uns n'eussent pas été fâchés que Rome s'associât à leur ressentiment. Pie TX, malgré les préventions qu'on avait de longue date éveillées dans son esprit, ne se prêta pas à leur désir. S'il n'adressa pas à l'auteur de la Lettre au duc de Norfolk quelqu'un de ces témoignages publics ou privés qu'il accordait volontiers aux défenseurs de TEglise, il se défendit du moins, dans une conversation avec le recteur du collège anglais à Rome, d'avoir jamais songé à blâmer l'écrit de Newman, bien qu'il en trouvât certains passages critiquables; il ajoutait que, d'après ce qui lui revenait, « cet écrit faisait du bien » et qu'il < avait complètement dissipé l'idée
1 W.-G. Ward und the cal/mlir Revinil, p. 270 à 274.
2 Ibid., p. 264.'
qu'on s'était faite de l'opposition de son auteur au Pape' ». Certes, Newman méritait mieux encore. Mais attendons quelques années, et le Saint-Siège, payant enfin la dette contractée envers l'un de ses plus zélés et plus utiles défenseurs, appellera, par la voix de Léon XIII, Newman à rejoindre, dans le Sacré Collège, Manning que Pie IX y aura fait entrer peu auparavant, et le Pape marquera formellement vouloir ainsi reconnaître les éminents services que l'illustre oratorien avait rendus par ses actes et par ses écrits. En voyant ainsi revêtus de la même pourpre, en dépit de leurs divergences, ces deux grands serviteurs de l'Église, on comprendra mieux comment, dans l'unité de foi, de soumission et de dévouement, l'autorité catholique admet des façons diverses de penser et d'agir, et à quel point sa largeur de vues diffère des étroitesses et de l'exclusivisme de l'esprit de parti.
Gladstone n'était pas homme à reculer devant les nombreux contradicteurs qu'il s'était attirés. La lutte au contraire l'excitait. En janvier 1875, il blesse encore plus les catholiques en publiant, dans la Quarterly Revieic, sur les « Discours du Pape », un article dont la violence souvent vulgaire n'est ni d'un homme
1 Life of Manning, t. Il, p. 486.
d'Etat, ni même d'un gentleman . Traitant ces discours de hautement incendiaires^ il reproche à Pie IX de trop parler, reproche au moins singulier dans sa bouche. « Aucunes lèvres, dit-il. n'ont laissé tomber du trône papal une telle masse de matières. Depuis vingt-huit ans, il a vécu de la nourriture morale qu'une suite de sycophanles lui sert toujours, si bien que toutes les fibres de sa nature en sont saturées. Ce n'est sans doute pas par politique ; il faut qu'une nécessité de sa nature le pousse à ces harangues incessantes... Il se décharge, de semaine en semaine, de jour en jour, quelquefois à plusieurs reprises dans la journée, de ces matières copieuses et violemment explosibles... » Le polémiste plaisante sur u ce prisonnier qui n'est pas emprisonné », sur ce spolié auquel « la crédulité de millions d'hommes assure des movens d'existence éa^aux à ceux de tout riche gentilhomme de Londres ou de Paris ». Il impute à crime au Saint-Père de servir des pensions à trois mille personnes. « Sans doute, dit-il, on compte sur elles pour se montrer au besoin dans toutes les grandes députations, comme les figurants au théâtre. » Quant aux anathèmes pontificaux, il déclare qu'ils « ne peuvent plus inspirer de crainte ni commander de respect »•
Un mois plus tard, nouvelle publication : c'est, sous le titre de Vaticanism ^nne réplique aux contradicteurs de la première brochure. Gladstone y traite, avec une courtoisie marquée, Newman. dont il loue le talent et la loyauté. C'est à Manning surtout qu'il s'attaque. Du reste, tout en maintenant sa thèse sur la prétendue transformation du cathulicisme, il confesse, d'un ton
assez maussade, que « l'objet immédiat de son appel a été atteint, en ce que le loyalisme de ses compatriotes catholiques romains, au moins pour la masse, reste manifestement intact et assuré ». Peu après, il réunit ses deux brochures et l'article du Quarlerly en un volume intitulé : Rotne and the neivest fasliions in Religion.
Cette polémique semblait être devenue FafTaire unique de l'ancien ministre. « Je passe mes jours et mes nuits dans le Vatican, écrit-il le 19 décembre 1874 au duc d'Argyll. Voilà déjà deux mois de correspondance incessante et d'autres rudes travaux que m'a donnés le Pape, et il peut y en avoir encore deux autres. Le travail n'est pas plaisant, mais je suis loin de m'en repentir... C'est plein d'un intense intérêt. Chaque poste m'apporte une malle de livres et de lettres... Tout mon temps est pris. Le sujet mérite qu'on se donne cette peine'. » Et Church mande à lord Blachford, le 11 janvier 1875 : « Gladstone a déjeuné hier avec nous. 11 est encore tout bouillant de sa fureur anti-vaticane. . . Il correspond avecDullingeretprend grand iiilérêtaux perspectives religieuses, et aussi, je pense, aux perspectives politiques de son parti. 11 insiste pour que le Guardian réserve une place spéciale aux affaires ecclésiastiques d'Allemagne'-^. » Le polémiste se sent soutenu, excité par les approbations bruyantes qu'il rencontre dans la masse de l'opinion protestante.
1 Life of Gladstone, par Morley, t. II, p. .520. - Life and Letters of Dean Church, p. 246.
Bismarck, auquel il a pris soin de faire adresser un des premiers exemplaires de sa brochure, lui a répondu par une lettre de remerciements'. 11 est vrai que d'autre part, du côté catholique, ce succès n'est pas sans lui coûter le brisement de beaucoup d'amitiés : " Aujourd'hui, dit-il, je n'ai plus un ami en Irlande. J'y ai aliéné tous mes amis protestants par le dësélahlissement de leur Église, et. par mes brochures, tous mes amis catholiques, sauf un, qui est un évêque, mais qui, tout en se hasardant à correspondre avec moi, a peur que son nom ne soit connu. A peu d'exceptions près^ mes amis catholiques anglais se tiennent éloignés de moi. Même lady Georgiana Fullerton a cessé ses visites accoutumées à cette maison"-. »
En fin de compte, que résulte-t-il de tout ce tapage'? Si échauffée que soit l'opinion anglaise, elle ne se laisse pas entraîner à prendre, contre les catholiques, des mesures vexatoires que personne ne lui demande, Gladstone moins que tout autre. Celui-ci, d'ailleurs, ne tarde pas à bifurquer sur une autre piste. Une année n'est pas passée qu'il s'enflamme sur ce qu'on appelle alors, dans la presse, les <* atrocités bulgares « ; au lieu du Pape, c'est le grand Turc contre lequel il fulm-ine. De tant de déclamations sur le Vaticanism et sur la situation politique faite aux catholiques par la proclamation de l'infaillibilité, il ne restera donc bientôt plus rien. L'opinion anglaise s'accoutumera, au contraire^
' Life of Gladslnne, par Morley, t. Il, p. 321. - Life of ManniiKj, t. Il, p. 487.
de jour en jour plus complètement, à voir ces catholiques, autrefois proscrits, ou au moins suspects, prendre leur part de la liberté commune et de la vie sociale. Gladstone lui-même, oublieux de sa grande colère, retrouvera, à leur égard, des sentiments de justice et de générosité qui sont davantage dans sa nature. En 1890, il proposera d'abolir les incompatibilités qui ne permettaient pas à un catholique d'être lord chancelier d'Angleterre ou vice-roi d'Irlande. Et, quelques années plus tard, en 1895, quand la lettre de Léon XIII Ad Anglos éveillera l'espoir d'une réconciliation entre l'Eglise anglicane et l'Eglise romaine, il proclamera, dans un mémoire public, la nécessité de l'union et rendra hommage w au langage et à la conduite » du « premier évêque de la chrétienté ». « C'est, dira-t-il, une attitude paternelle au sens le plus large du mot, et, bien qu'elle prenne place parmi les derniers souvenirs de ma vie, j'en garderai toujours la précieuse mémoire, avec de tendres sentiments de respect, de gratitude et de haute estime. »