JEHAN FOUCQUET
J'ai terminé mes études sur les arts , au moyen àge^ par les travaux de deux grands artistes, Michel Colombe, le sculpteur, et Jean Foucquet^ le peintre. Je commence mes études sur la renaissance des arts à la cour de France, en décrivant les ouvrages, en appréciant les tendances de ces deux artistes.
Cette rencontre et cette fusion n'ont rien qui doive étonner. Dans les arts , tout s'enchaine ; un grand progrès surgit tout d'un coup , mais il est le résultat attendu de longs efforts et du lent travail des années. Une nouvelle tendance dans les arts est toujours une inconnue dégagée d'anciennes tendances. Vouloir attribuer la renaissance en France à l'impulsion donnée par cinq ou six artistes , que François I*' installa dans Fontainebleau , c'est confondre la fausse renaissance avec la vraie , notre renaissance italienne de 1550 avec la renaissance française de 1 450 ; ou plutôt , comme on Ta fait généralement depuis le xvi* siècle , et comme on l'accepte aujourd'hui avec trop de facilité, c'est méconnattre la valeur de l'art français, son originalité, sa persistance.
Mon opinion difTère entièrement de l'opinion commune. Je crois que nos peintres, nos sculpteurs
et nos architectes, qui progressaient régulièrement flans le développement de leur art par la seule influence des écoles nationales et des efforts rivaux , se sentirent 9 comme les artistes italiens , et totalement en dehors de leur influence , animés par ce grand courant qui électrisa le monde vers le milieu du XV' siècle.
Alors, en 1445, avant que le Pérugin et F^onard de Vinci fussent venus au monde , Jean Foucquet peignait comme Tltalie ne se doutait pas qu'on pût peindre, et Michel Colombe sculptait comme l'Italie a sculpté cinquante ans plus tard. L'architecture, plus lente dans sa transformation , parce que ses entreprises ont des précédents qui l'engagent , manifestait toutefois ses tendances réformatrices, et préparait ce grand artiste qui construisit le Louvre, un monument dont les heureuses proportions, l'originalité et la richesse n'ont pas d'égales en Italie.
Cette opinion demanderait des développements qu'elle recevra plus loin, et des preuves qu'on trouvera accumulées dans cet ouvrage.
Jean Foucquet , entré vers 1 430 dans l'école où l'influence flamande dominait, apprit tous ses secrets de patiente imitation et de surprenante perfection, en même temps qu'il s'habitua à ne considérer pour maître que la nature même. Il sortit de cet enseignement, aussi flamand qu'on pouvait le devenir en restant français, en conservant sa valeur propre et son originalité native. C'est dans ces dis-
PEINTRES EN TÏTRE d'oFFICE. I3T
positions heureuses que le trouva la grande pensée de renaissance qui soulevait le monde , et, comme toute vive intelligence, il s'abandonna à Tentrainement des réformes et du progrès. Que les peintres italiens soient venus à la cour de Louis XI, que leurs tableaux aient passé les monts pour se faire admirer à titres de produits étrangers, peu importe; Jean Foucquet n'avait rien à copier dans tout ce que produisait Tltalie, car il lui était supérieur par rtieureuse imitation de la nature et le maniement de ses couleurs; mais, comme elle, il sentait que des liens traditionnels retenaient ses personnages , et il sut donner à ses figures des expressions aussi variées que les passions qu'il voulait peindre, et des gestes animés , en rapports naturels avec les actions qu'il mettait en mouvement.
Nous avons, pour apprécier son style et sa manière , de nombreuses miniatures et des tableaux ; au moyen de documents authentiques , nous pouvons fixer avec autorité quelques époques dans sa biographie. Commençons par celle-ci. Je suppose qu'il naquit à Tours vers 1415, c'est-à-dire, qu'il aurait eu 70 ans en 1485, à l'époque où tous les renseignements cessent sur son compte et où l'on peut croire qu'il mourut.
Mes recherches, qui ont suivi naturellement une marche chronologique, ne sont pas arrivées assez avant dans le xv® siècle pour que je puisse fournir, sur les débuts de sa vie, les renseignements que j'es-
père de ma persévérance , en me rapprochant davantage du xvi« siècle. Le premier document, qu'il convient de citer ici, nous prouve que Foucquet, alors même que Lichtemont figure dans les comptes à côté de lui , était bien réellement l'homme important et le premier peintre. Dans le compte des funérailles de Charles VU , mort le 22 juillet 1461 , on trouve ce passage : « Paintrerie. — A Jacob Lictemont , paintre , pour avoir moulé et empreint le visage dudict feu seigneur pour servir à l'entrée de Paris xiiij liv. xvi s.
(c Pour avoir fait porter, par ung homme , ung petit cofTret de boys , ouquel étoit Testature du visaige du Roy, du lieu dTenville (Janville) en la ville de Paris. xxxij s« vi d.
« Pour le voyage dudict Pierre de Hennés , de Bourges à Paris, pour apporter Temprainte dudict visaige, y cuidant trouver Foulquet le paintre, ouquel voyage ii a vacqué iiij jours, pour ce. xl st.»
Après dix ans, les dix années où Foucquet était dans la force de son talent, on le retrouve au service d'un autre roi dans le document suivant :
i( Compte cinquième et derrenier de M* André Briçonnet, notaire et secrétaire du roy — pour treize mois entiers commençans le premier jour d'octobre mil soixante dix.
« Audict seigneur pour emploier en ymaiges d'argent et autres à son plaisir, iij escuz.
« A Jehan Foucquet, paintre, la somme de Iv, It.
pour xl escuz d'or, laquelle le roy, nostredit seigneur, loi a ordonné et fait bailler comptant, le xxvi"* jour dudict mois de décembre , sur ce qu'il luy pourra estre deu pour la façon de certains tableaux que ledit seigneur lui a chargez faire pour servir aux chevaliers de l'ordre de Saint-Michel nouvellement prinse par iceluy seigneur pour cecy Iv liv. i.»
Il semblerait, d'après ces deux extraits, que Foucquet n'avait point obtenu encore le titre de peintre du roi qu'on lui donne dans un autre acte, daté de deux ans plus tard : « Fouquet, peintre du Roy, chargé de l'enluminure d'un livre d'heures pour la duchesse d'Orléans. » Gat. des Arch. de Joursanvault. n° 824, et Cat. Farenc. Je n'ai pu retrouver l'original de cette quittance datée de 1 472 , force m'est de reproduire l'aride rédaction des cata* logues de vente; mais je m'y fie d'autant mieux, que j'ai éprouvé , plus d'une fois , l'exactitude de M. Gaule qui est l'auteur du premier.
En 1474, Louis XI se préoccupait de sa mort, il voulut pr^>arer son tombeau ; il ne crut pas que les deux artistes les plus habiles fussent de trop, en associant leurs talents, pour composer et exécuter ce monument. On lit dans ses comptes : « A Michau Colombe, tailleur d'image et Jehan Fouquet, peintre à Tours, 22 liv. sçavoir audit Colombe <3 liv. 15 8. pour avoir taillé en pierre un petit patron en forme de tombe qu'il a fait du comman-
460 LA BEKAiSSAXOC DBS AWJS.
dément du Roy et à sa poartraitore et semblance, pour, sur ce, avoir avis à la tombe que le Roy ordonnera estre faite pour sa sépaltm^ et audit Fouquet pour avoir tiré et peint sur parchemin on autre patron pour semblable cause. »
Cest en sa qualité de peintre do roi qu'il est encore une fois porté dans le neuvihne compte de sire Jehan Briçonnet, conseiller du roy pour Vannée finie en 1 475 : a A Jehan Foucquet, peintre do Roy^ pour entretenir son estât, n
Tels sont les documents officiels et contemporains. J'en espère d'autres de la continuation de mes recherches, et plus encore du dépouillement que je vais faire des registres des comptes de l'hôtel de ville de Tours. Cette vieille cité et la Touraine furent une sorte de capitale de la cour pendant le xv^ siècle ; les artistes répondirent à l'appel de la grande protection royale , et il est bien probable que Foucquety comme Michel Colombe, fut employé plus d'une fois par la municipalité. Après les documents, nous avons les témoignages de ceux qui admirèrent le talent de ce peintre ; mais je dois être sobre de ces citations prises dans les ouvrages imprimés, et je m'en tiendrai à quelques vers de Jean Lemaire, qui a pu connaître sa personne et fréquenter son atelier. En 1 509 , il s'exprime ainsi , dans une pièce de vers , qu'il a intercalée dans la légende des Vénitiens , sans qu'elle ait grand rap-
PElNTaSS EN TITHE h OFFICE. 461
port avec la chronique passionnée qu'il écrivait contre les ennemis de Louis XII :
n J*ay pioceaulx mille et brosses et oslilz
« Et 'se je n'ay Parrhasie oa Appelles « Doût le nom bruit par mémoires anciennes « J*ay dés esprits récentz et nouvelletz « Plus ennobliz par leurs beaux pinceletz « Que Marmion iadis de Vallenciennes « Ou que Foucquet qui tant eut gloires siennits « Ne que Poyer, Rogier, Hugues de Gand « Ou Jobannes qui tant fut élégant.
« Besoignez doucques mes alunnes modernes « Mes beaux enfans nourriz de ma mamelle <c Toy Léonard qui as grâces supemes « Gentil Bellin , dont les los sont éternes « Et Pemsin qui si bien couleurs mesle « Et toy Jeban Hay ta noble main cbome elle « Vien voir nature avec Jehan de Paris « Pour luy donner ymbraige et esperitz. »
Dans la Couronne margaritiquCf poëme qu'il composa beaucoup plus tard, il s'adresse également à Jean Foucquet, en passant en revue tous les artistes célèbres, la plupart contemporains :
<c Alors mérite estant en leur danger Ne peut fùyr que tout ne leur desploye; Car Tun d'tceulx esloit maistre Roger, L*autre Fouquet, en qui tout loz s^employe. ' »
4. C'est ainsi qne Pelegrin, composante la lin da xv« siècle, nn traité : Be or- HfieiaU penpeeiha, dont la première édition paml à Tonl en IBOI , dédie son onyrage anx peintres célèltres i cette époqne et parmi eax ft Foncqnet :
0 bons amis, uespassez et vivens, Grans esperiz, Zeosins et Apelliens Décorans France, Almaigue et Italie , Gerreliii , Paoai et Martin de Pavye, Berihelemi, Fouquet, Poyet, Copin, André Montaigne, et d'Amyen:» Colin,
L'appréciation de sa manière , Texamen critique de ses productions, devraient suivre ces renseignements sur sa personne ; mais il est difficile de définir ce beau talent en l'isolant et sans tenir compte des influences auxquelles il fut soumis. On trouvera cette étude complète dans mon Histoire des ducs de Bourgogne. Sa place était là, car Foucquet appartient encore au moyen âge. Il est, pour la France, la plus complète et la plus haute manifestation de notre art national , issu de Vécole des Van Eyck, et se dégageant de ses liens trop étroits pour prendre un essor plus libre. Je me contenterai d'indiquer ici les miniatures et les tableaux qui m'ont servi pour étudier ce glorieux point de départ de notre renaissance nationale. Nous devons, à une note de Robertet, de pouvoir reconnaître les productions de Jean Foucquet. Au moyen du manuscrit qu elle nous désigne, devenus familiers avec sa manière, nous pouvons sans difTiculté lui attribuer d'autres ouvrages et laisser à ses élèves un grand nombre de miniatures, conçues dans son style.
Le Pelosin, Hans Fris et Léonard, Hogoes, Lacas, Loc, Albert et Beaard Jeban Jolis, Hans Gmn et Gabriel Vaastele, Urbain et l'ange Micael Symon dn Mans : dyanuns margarites,
* Jaspes, beriiz, acates et crisuax
Plus préeieu vous tiens qne tels Joyanx.
M. de Chanevrières a cité, le premier, ce passage intéressant, dans ses Recherches êw quelques peintres provinciaux ; oovrage original et noorri de faits, composé avec cœar, écrit avec beancoap de verve et d'esprit. Tome I, p. 876.
quelquefois d'après ses compositions , mais exécutées sans le talent qui le distinguait. Ce manuscrit, placé sous le n"" 6891 de l'ancien fonds de la Bibliothèque nationale y contient la traduction française des Antiquités des Juifs de Josèphe. Il a été écrit avec un soin particulier et une régularité admirable par le calligraphe du duc Jean de Berry, qui le faisait orner par ses enlumineurs, probablement par Paul de Limburg et ses frères , lorsque la mort le surprit en 1416. Trois miniatures et les entourages étaient seuls terminés, les armes des ducs de Berry les accompagnaient. Ce beau manuscrit passa, j'ignore pourquoi et comment, dans la possession de Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, qui le fit achever par Jean Foucquet, vers 1 465, à une époque où , retiré des conspirations dont il remplissait sa vie, il jouissait à Paris des grands biens qu'il possédait et des pensions que lui avait assignées le roi sur les recettes du trésor. Aussi distingue-t-on dans une souscription à moitié effacée ces mots : «f Ce livre est au duc de Nemours. » En 1 477, l'échafaud^ dressé au milieu des halles de Paris, vit tomber la tête de Jacques de Nemours , et sa seconde fille, Catherine d'Armagnac, hérita du manuscrit, qu'elle transporta dans la famille de Bourbon, en épousant le duc Jean II , le 28 avril 1484. Ce prince, ne voulant pas que la postérité doutât de sa légitime propriété, fit couvrir les armes de Berry de son écu écartelé des armes d'Arma-
^<H LA RE>AISSANCR DBS ARTS.
goac. Il mourut sans enfaDts, le T' avril 1488, dans son château de Moulius. Son frère, Pierre II, le gendre de Louis XI , hérita de ses titres , de ses biens, et aussi du manuscrit, comme le marqua son secrétaire Robertet, au moment même où il en prenait possession : « Ce livre, Josephus de Ântiquis, est à monseigneur Pierre deux™* de ce nom, duc de Bourbonnoys et d'Auvergne, etc. — Robertet« »
Si Robertet s'en était tenu là, nous lui étions peu redevables, mais il ajouta une note qui, pour nous , a un grand prix : n En ce liure a douze ystoires , les troys premières de Tenlimineur du duc Jehan de Berry et les neuf de la main du bon paintre et enlumineur du Roy Loys XI' , Jehan Foucquet , natif de Tours. » Le secrétaire du duc de Bourbon avait connu Catherine d'Armagnac et Foucquet lui-même; il savait donc pertinemment ce qu'il affirmait. On remarquera qu'il parle du bon peintre du roi Louis XI, comme d'un personnage pour lequel les égards dus à la mort sont déjà acquis* Ce beau volume , qui n'eut jamais de second tome, se trouvait en 1544 dans la Bibliothèque de Fontainebleau, où il fut enregistré avec l'indication de sa première provenance, c'est-à-dire que le rédacteur copia la note de Robertet', que M. Barrois
I. On remarqaera le mot enlimineur écrit de la même manière, et l'erreur de rbliïre qoi donne nenf minia tares à Foncqnet an Heu de onze qui lui appartiennent : « Un gros livre sur vélin des anciennetés des juifs, selon la sen ence de Josèphc, a douze ystoires ; les troys premières de l'enlimineur du duc Jelian et les neuf i.'c la main dn bon paintre du roj, écrit en prose françoise à deux coulonnes. •
a eu le tort de reproduire, comme si elle appartenait à rinventaire et prisée des livres du dw de Berry rédigés 128 ans plus tôt.
Le contraste entre les trois premières miniatures de l'ancienne école et les onze de la main de Foucquet est instructif* Avec une égale perfection dans Texécution, il y a un monde entre elles pour Tharmonie du ton , la perspective linéaire et aérienne , le mouvement des personnages et la variété des expressions. Peintre aussi naïf, observateur plus naturel que Hemling, Foucquet a dans ses figures quelques-unes des qualités les plus solides de ce peintre délicieux, et pour ses échappées de lointain, ses paysages à vol d'oiseau , il surpasse Jean van Eyck, tant il sait éclairer avec harmonie ses plans successifs et les pénétrer de perspective aérienne , tant il comprend les ressources offertes par la nature dont il imite, sur ces charmants bords de la Loire, la vallée sinueuse et les collines qui descendent vers elle. Les détails de ses vues, une ville à mi-côte, un clocher sur la hauteur, des maisons en briques, aux charpentes saillantes, ont toute la bonhomie de la vérité prise sur le fait; la grandeur de ses horizons, la profondeur de ses lointains, offrent une réalité saisissante qui amplifie ces panoramas microscopiques. Ses compositions sont paisiblement animées, comme les compositions des Van Eyck et des Hemling, mais il varie, avec plus de bonheur, ses groupes et les attitudes de ses personnages.
^66 LA RENAISSANCE DES AtlTS.
Dans la mêlée fortement enchevêtrée de la première miniature (folio 70), il y a trois figures qui ont une vigueur de geste et une vérité de mouvement incomparables. Cest, à gauche, un guerrier à pied, vêtu d'une armure dorée , qui frappe son ennemi d'un revers de hache; c'est, sur le premier plan, un homme à genoux, en robe jaune, implorant le pardon de son ennemi qui le saisit par les cheveux; c'est enfin, à droite, un cavalier, lancé au galop de son cheval, qui perce un fantassin à la manière du saint Georges de Raphaël. Je pourrais citer ainsi, dans chacune de ces onze miniatures, plusieurs figures qui, sans rien devoir à l'Italie, sont devenues, par le mouvement et l'élégance, étrangères à la Flandre. L'artiste procède en tout avec une hardiesse d'innovation toute de renaissance. Ses raccourcis, toujours hardis, sont souvent heureux, parfois impossibles; tantôt il voit sa scène de haut, tantôt de bas , coupant les figures du premier plan à mi-corps. Si ses figures se drapent noblement , si ses édifices s'élèvent dans un style purement antique , je ne vois dans ce scrupule archéologique qu'un progrès, sans y trouver forcément la preuve que Jean Foucquet aurait fait le voyage d'Italie, car dans ce même volume, le temple de Salomon est un édifice purement gothique; et serait-il resté fidèle , sur ce point surtout , à ses souvenirs nationaux, quand il s'en éloignait sur d'autres. Les arcs de Iriomphe romains et les autres monuments an-
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tiques, qui se rencontraient alors sur toute la France, suffisaient bien pour lui donner des modèles ; et, quant aux modifications élégantes introduites dans rornemeutation , quant aux mélanges heureux des marbres différemment nuancés, c'est dans son goût qu'il puisait un certain arrangement idéal , dont r Italie ne pouvait encore lui offrir la réalisation et que nous désignons sous le nom de style de la renaissance.
Le premier volume du Tite-Live de la Sorbonne (n* 297, Bibl. nat.) a été également orné de miniatures par la main de Jean Foucquet. En parcourant ce petit musée, on y trouve des tableaux d'Ostade, aux bourgeois naïvement vulgaires, aux détails d'habitations poétiquement prosaïques (folio 6) et des batailles dignes de Mantègne et de Donatello , supérieures en quelques points à leurs productions, tant les poses des combattants sont élégantes et naturelles, tant l'ensemble de la composition prend de grandeur, éclairée par une intensité de lumière qui échelonne vingt plans successifs en se noyant dans une demi-teinte harmonieuse (folio 1 5).
Dans ces nombreuses miniatures , on trouve de tout', mais on cherchera le peintre sérieux dans
4. Voici une description sommaire ; La miniatare rolio 5, occupe toute la largeur de la page, les autres seulement la moitié ou la largeur d'une colonne. (Foi. 6, verso). Echappée de paysage, délicieux Bourgeois pleins de naïveté. (Fol. 7, verso), une ville vue à vol d'oiseau, effort de perspective aérienne, imitation des construclious da Midi , des tours carrées et pas une flèche. (Folio 9) , une main étrangère se trahit dans cet Enlèvement des Sabiues. (Folio H), un édiflce très-richement orné, dans le style de l'antiquité, avec une élégance propre ii la renaissance et sans le moindre mé-
la première miDiature. Les figures ont dix-huit œnlimètres de hauteur, et le peintre a pu donner à leurs traits toute l'importance, toute la valeur d'un portrait. La figure du jeune gentilhomme, velu de rouge, qui tient Tépée fleurdelisée, est raphaëlesque par sa pose élégante , la pureté de ses traits, la douceur de son expression et la délicatesse de ses mains. L'école française est tout entière dans la douceur du modelé et Téclat du coloris de cette charmante figure.
Cette miniature nous conduit aux 40 miniatures détachées d'un livre de prières ' que possède M. George Brentano-La roche , à Francfort, et au portrait d'Agnès Sorel, du musée d'Anvers, si sou* vent reproduit par les collecteurs^; mais il faut
lange de gothiqae ; au bas, nn« scène popolaire des mes de Paris; à gancbe, une échappée des rues de Tours. (Folio 14, verso), tableau remarquable. (Folio 45, verso)» le combat dont j'ai parlé dans le texte. (Folio 47, verso), des tètes de vieillard assez belles. (Folio SO, recto), cette miniature est de la main d'un élève. (Folio 31, verso). Travail natif du maître. (Folio 33, recto), détails bien rendus, char curieux , postillon an naturel. (Folio 26) , Expression cbercbée, mal ironvée, exagérée. (Fol. 30, verso) , Paysage délirieux. (Folio 33, verso) , de la main d'un élève. (Polio M, verso ) , Grande miniature exécutée par un élève d'après les compositions da maître. (Folio 106, recto; et folio 144, recto), les miniatures sont d'un élève très-habile, et qai avait son originalité propre. Le reste du volume , ob l'on compte un très-grand nombre de miniatures» appartient à ces habiles enlumineurs qui ne cachent pas, à l'œil exercé, le travail de fabrique sous l'éclat des couleurs.
4. Une miniature, qui appartient i cette suite, se trouvait dans la coUecilon do poète Roggers, ^ Londres. J'ignore qui la possède aujourd'hui , mais je sais que le musée du Louvre aurait dA l'acquérir. M. G. Brentano croit que ce livre de prières a appartenu à M* Etienne Chevalier, argentier de Louis XI ; on n'oubliera pas le document, cité page 159 : Ftmequet payé pour avoir fait Penlumtnure d'tm Upre d'keureêt pour la duchesse d'Orléans, en 4473.
3. Les administrateurs de ce musée n'ont pas fait preuve d'nn jugement sûr, lorsqu'ils ont placé an plafond, hors de la vue la plus perçante, ce curieux portrait de la maltresse de Charles VIL Jean Foucqnet, en la transformant en sainte Tierge,en l'entourant de ces anges ronges» k six ailes croisées, qu'on retrouve dans ses minia-
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ajourner, comme je Tai dit, la description qu'exigent ces ouvrages remarquables et les discussions qu ils comportent. Une remarque seulement : Jean Foucquet était paintre et enlumineur , comme l'atteste son contemporain Robertet , et ce tableau prouve que sa peinture à l'huile n'était pas inférieure à sa miniature. Marguerite d'Autriche possédait, dans son riche musée , une Notre-Dame peinte par lui'. Quant aux élèves qui suivirent la manière de Jean Foucquet et s'instruisirent à son école, ils sont dignes d'attention. Je leur attribue les grandes miniatures du livre d'heures d'Anne de Bretagne, dont Poyet ^ a si délicieusement peint les entourages ; et, quant aux enlumineurs de fabrique , qui gagnèrent leur pain en imi* tant la manière du maitre, ils furent nombreux; vingt manuscrits témoignent de leur activité ^.
tores (foUo 70 da Josèpbe de la Bibl. nat.)» loi •'< cependant conservé sa colffore et ses Yètements ordinaires. On se rappelle que Foacqnel naquit selon nous en 4445, et on sait qn'Agnès Sorel monrat le 9 février I4S0. Voici coonneut les rédactears da Catalogne décrivent ce précieux tableau : No 106. — ■ Hauteur 94, largeur 81 cent., peint sur bois. École inconnue : Vierge avec l'Enfant Jésus entourée d'anges bleus et rouges. » M. Yan Ertbom, eu achetant cette peinture à Paris, en l'enlevant à la France, pouvait espérer qu'on en ferait plus de cas en Belgique.
4. On lit dans son invenuire rédigé en 4546 : i Un petit tableanl de Nostre Dame bien vieulx, de la main de Foucquet ayant estuy et couverture. »
5. Voir la notice de Poyet, parmi les peintres employés accidentellement. J'ai souvent été tenté d'attribuer ces grandes miniatures à Jean Foucquet lui-même dans la dernière année de sa carrière; mais ce peintre, selon moi, monrut en 4488, et Anne de Bretagne n'arrivait à la cour de France qu'à la fin de 4494.
8. Le Tite-Livede Versailles, no MO de la Bibl. nat., est un des plus remarquables, il a S98 feuillets de beau félin in-folio. La première miniature a loaie la largeur de la page, les autres n'occupent que l'étendue d'une colonne.
ROBINET TESTART, ENLUMINEUR.
Le premier renseignement sur cet artiste se rencontre dans « Fétal des officiers domestiques de rhostel de Ms. Charles d'Orléans, comte d'Angoulesme, en 1 473-87 » : Varleis de chambre :
a Robinet Testart en 1 484, enlumineur en 1 487. »
J'ai trouvé le second renseignement dans le volume où est enregistré « TEstat des officiers de rhostel du Roy pour l'année commençant le 1*' janvier 1 522 et finissant le 31 déc. 1 523. » L'article concernant Testart est placé après une rubrique qui le désigne comme attaché à la personne de François P' dès avant 1515.
(( Pensions d'officiers qui sont au Roy avant son avènement à la couronne.
or Robinet Testart, enlumyneur. . 100 livres, w et plus bas dans l'état détaillé : « A maistre Robinet Testart, enlumineur etvarlet de chambre ordinaire du Roy, la somme de cent livres, pour sa pension durant ceste présente année, commencée le premier jour de janvier 1522 et finie le dernier jour de décembre 1 523. » Il n'est plus qu'à titre de pensionnaire sur « l'Estat des ofiiciers de l'hostel du Roy pour l'année commençant le premier jour
de janvier mil cinq cens vingt huict et finissant le dernier jour de décembre mil cinq cens vingt neuf. »
a Pensions.
« A Robert Teslart 100 livres. ►>