Les nnnnscrits français, tome vu, p
Sainct-Fergeaul en Puysaye, pinctre très exquis du roy de France Loys. »
Ce même Le Saige figure encore au folio 140 à 142, mais simplement sous le titre de maistre Jehan Le Saige y et puis nous n'en apprenons pas davantage. J'espère qu'en continuant mes recherches pour écrire les derniers chapitres de THistoire des ducs de Bourgogne et pour présenter le tableau des arts, tant dans les pays gouvernés par ces princes magnifiques, qu'en France, où nos artistes étaient soumis à leur puissante influence, je trouverai quelques renseignements plus explicites, quelque document plus direct. La date de l'ouvrage de Jean Massue m^engage à placer ce nom dans cette liste.
JEHAN BOURDICHON.
Ce vieux serviteur de nos rois figure sur les comptes de Louis XI , dont on trouvera le dépouillement dans l'ouvrage que je viens de citer. Il suffira de rappeler ici qu'il est employé comme peintre d'histoire, de portraits, de panoramas de ville, comme coloriste de statues et comme enlumineur de manuscrits. Le pieux roi Tassociait, dans les dernières années de sa vie, à ses œuvres de dévotion , et il figure , ainsi qu'il suit , dans un roole de ses pensionnaires :
« Jehan Bourdichon Ix livres. »
La première mention qui entre dans mon cadre est celle-ci : « A Johannes Baudichon , painctre du (( Roy, demourant à Tours , la somme de vingt (( quatre livres quinze sols tournoys, pour avoir fait a faire deux grans chaires tourneisses et par lu y a painctes et toutes dorées de fin or pour le service « de ladicte dame 24 liv. 15 s.
a Juillet 1485. A Pierre Siméon, serrurier, dece mourant à Tours, xxv sols pour avoir fait le grand « siège garny de sangles de feutres et acoudouers « d*une autre chaire , laquelle fut portée de ceste (c ville d'Amboise à Tours, chez ledict Johannes <( Baudichon , paintre du Roy, pour icelle paindre (c et a esté rompue par quoy n*a peu servir. 25 s.
(c Compte troisiesme de maistre Loys Ruzé — « argentier et maistre de la chambre aux deniers « de la royne — durant Tannée commençant le « premier jour d'octobre 1484 et finissant le derw renier jour de septembre ensuivant Tan 1485. »
Six ans plus tard, il figure dans les comptes des menus plaisirs de la chambre pour Tannée 1491 : « A Jehan Bourdichon, painctre, valet de chambre du roy, la somme de xxx liv. pour avoir pourtraict, c'est assavoir : six hommes d'armes dont Thabit de Tun est de drap d'or tanné et de veloux cramoisy mi parti, et de l'autre part par bandes et le bord de même. »
Nous trouvons le même peintre chargé d'orner des bannières en 1494. Le titre du compte servira
de commentaire : « Compte de Jehan Perresson , commis par le Roy NS., par ses lettres patentes, données à Lyon sur le Rosne, le vingtcinquiesme jour de juillet, Tan mil quatre cens quatre vingtz et quatorze, expédiées par messeigneurs lesgénéraulxdes finances le dernier jour desditz moys et an, à tenir le compte et faire les paiements de certains esten* dars , banières , bannerolles et autres paremens d'une nef ordonnée pour le port de la personne de MS. d'Orléans, lieutenant général du Roy NS., en l'armée qu'il envoya au recouvrement du royaume de Naples, et aussi de l'achapt des cottes d'armes, de heraulx , bannières , de trompectes et autres choses nécessaires aux officiers d'armes que MDS d'Orléans menait avecques lui.
« Regepte.
c< De ïnaistre Lovs Poncher, notaire et secrétaire du Roy NS et par lui commis à tenir le compte et faire les payements des frays extraordinaires de
ses guerres xvi* xxvij liv. xui s.
« De maistre Anthoine Boyart , trésorier. viir LXI liv. V st.
« Despense.
« A Jehan de Poncher, marchant suivant la court du Roy NS, la somme de trois cens soixante quinze
PEIATRES EN TITRE D*OFFICE. HS
livres tournois, pour cent cinquante aulnes taffetas large, c^est assavoir soixante quinze aulnes taffetas rouge et soixante quinze aulnes taffetas jaune; le tout livré à Jehan Pielles, tailleur des habillemens de l'escuirie dudit seigneur pour employer à faire ung grant estandart, appelle une flambe» myparti par moictié desdites couleurs, de long de cinquante aulnes et large par le hault, jusques à la moictié , de quatre lez de taffetas , et l'autre moictié, en appoinctant vers la queue et fendu, de trente aulnes de long à commencer du bout d'embas; pour icellui estandart atacher à une grande lance qui doit estre mise et plantée au hault de la hune de ladite nef — le vingt deuxième jour d'aoust, Tan mil cccc iiij" seize iij*^ lxxv liv.
« A Girard Odin, brodeur, suivsdit la court dudit seigneur, la somme de quatre vingtz deux livres dix solz tournois, pour huit vingtz cinq aulnes de frange de soye rouge et jaune mytorce , longue d'environ ung poulce et espèce d'autant, pour franger ledit estandart iiij" ij liv, x s.
a Audit Jehan de Pencher, pour trente sept aulnes et demye de semblable taffetas rouge et jaulne, livré audit tailleur pour faire ung autre estandart, my parly comme le précédent, long de quinze aulnes et large par le hault de trois lez de taffetas, jusques à la moictié d'icellui, et l'autre moictié de deux lez en appoinctaut jusques au bout^ fendu jusques à la moictié^ à commencer du bout
Mi) LA renaissa:«ce des arts.
d'embas pour servir en ladicte nef à faire signes à autres nefz et navires de l'armée pour reculler, aproucher, arrester ou aller en avant, iiij" xiij liv.xv s.
« A Jehan Bourdichon^ painctre dudit seigneur , la somme de quatre cens quarante huit livres tournois, pour avoir painct sur chascun costé des trois estandars, dessus declairez , ung ymaige de Nostre Dame, c'est assavoir : sur le grant estandart nommé la flambe , deux ymaiges haultes chacune de huit pieds ; sur l'estandart moyen , ordonné pour faire les signes aux autres navires, deux autres imaiges longues chacune de cinq piedz ; et sur l'estandart, nommé le panon, deux autres longues chacune de trois piedz et demy ; chacune ymaige environnée d'une nue d'argent et le champ tout à l'entour, hors ladite nue, remply de rayes d'estoille et derrière ledit ymaige, dedens la nue, est le champ d'azur tout semé d'estoilles d'or et auprès de chascune ymage y a ung porc espy de la coulleur naturelle, passant sur une mote proportionnée à l'équipolent desdites ymaiges et le champ de chascun estandart, depuis le porc espy jusques au bout, tout remply de plumes de porc espy — le quinziesme jour d'aoust mil cccc iiij° quatorze. iiij° XLViij liv. I-
«A Jehan Bourdichon, painctre, pour avoir painct, sur huit desdictes bannières, les armes d'Orléans et de Milan d'un costé et d'autre. ij" Lij liv. t.
PS1NTRE8 EN TimE d'oFFJCE. 477
M A Jehan Prévost et Pierre du Past, dit d'Ambenas , painctres demourans à Lyon, la sonome de six vingtz treize livres tournois, pour avoir painct, et fait de fin or, à huille et verniz , sur les autres, quatre bannières, vingt et quatre fleurs de liz, longues chacune d'environ une aulne et ung tiers, qui est pour chacune bannière , six fleurs de liz , c'est assavoir trois de chascun costé — Le xxiij*^ jour de juillet mil ccc iiij" quatorze. . . vi" xnj liv. • (( A Jehan de Poncher — pour quinze aulnes taffetas bleu livré à Jehan Pielles, tailleur, pour faire une grande bannière nommée Lendryvet (Leudry^ net), longue de cinq aulnes et large de trois lez dudit taffetas, fendue en quatre lieux , depuis le bas jusques à la moitié, pour guynder avecques une corde jusques au fest du mast de ladite nef, en façon d'une voille xxxvij liv. x s. t.
« Ausditz Jehan Prévost et Pierre du Pas, painctres,.la somme de soixante dix livres tournois, pour avoir painct et fait de fin or, à huille, et verniz sur ladicte bannière, six fleurs de liz, longues chacune d'environ deux aulnes, c'est assavoir : trois de chacun costé LXX liv. t.
(( A Jehan de Poncher, pour vii)gt quatre aulnes taffetas bleu par lui livrées à Jehan Pielles, tailleur, pour faire ung grant drap, de douze aulnes de long et de deux lez, pour servir à parer et mectre tout à Tentour de la hune de ladicte nef, . lx liv. t.
« A Estienne des Salles, dit Lyevain, painctre et
victrier dudit seigneur, la somme de cent deux livres dix solz tournois, pour avoir painct et fait de fin or à huille et verniz sur ledit drap, quatre vingt deux fleurs de liz, longues d'environ chacune deux liers; c'est assavoir : soixante dix fleurs de liz entières et quarente et huit parties d'autres fleurs de liz , extimées et équipolées à douze entières. G ij liv. xs. t.M
D'autres petites bannières sont également fournies, taillées, brodées et paintes par les mêmes individife, sans qu'il y ait plus d'intérêt à les citer. Somme lolale du compte, ij™ iiij* un" viii liv. xviij s. ix d.
En 1498, Jean Bourdichon est couché sur l'état des ofQciers du roi, avec titre de vallet de chambre et aux appointements de 240 liv. tour. « Compte premier de maistre Jacques Desmoulins, maistre de la chambre aux deniers du Roy et par lui commis à tenir le compte et faire le payement des gaiges des officiers de son houstel — durant ung an entier commençant le premier jour d'octobre 1498 et finissant le derrenier jour de septembre 1499.»
« Vallets de chambre. A Jehan Bourdichon , paintre ordinaire du Roy NS., la somme de deux cens quarante livres tournoys, à luy ordonnée, par icelluy seigneur, et par son estât dont cy devant est faicte mencion, pour ses gaiges par luy desserviz durant ceste présente année, 24 déc. 1499. »
On lit cette note de Mariette dans l'Abecedario piltorico : « Jean Bourdichon , peintre du roy
PEINTRES EN TITRE D'oFFICE. ^19
Louis XII , peignit par ordre de ce prince le portrait de saint François de Paule , le jour de son décès, en 1507. Ce portrait est présentement à Rome dans le Vatican , François P*" l'ayant envoyé à Léon X , lors de la canonisation du saint. Il y a apparence que c'est le même que Jean de Paris, mais pourquoi le nommer Bourdichon en un endroit et Pereal dans un autre? » Il est inutile de relever l'erreur de Mariette; les documents qui précèdent et ceux qui suivent établissent les faits > mais il est intéressant de savoir que nous possédons une peinture authentique de ce peintre du roi.
Je trouve Jean Bourdichon employé, en 1 508, à la décoration des étendards et porté pour ce fait sur le compte particulier de l'Escuirye du Roy durant l'année finye le dernier jour de septembre. « A Jehan Bourdichon, painctre du Roy, la somme de septvings seize livres tournoys, laquelle lui a esté comptée et ordonnée, tant pour son payement des parties de son mestier qu'il a faictes durant ladicte année pour la paincture des devises qu'il a painctes et faictes de fin or sur une partie des estandars qui ont esté faicts en icelle année pour servir es bandes des gentilshommes et archiers de la garde du Roy et sur les bannières de trompettes et cotes d'armes des heraulx d'icelluy seigneur, que aussi pour ce que luy a esté compté et ordonné pour la livrée et despense de son cheval de la dicte année, vu" xvi liv.
« A Jehan Bourdichon, paintre dudict seigneur,
la somme de six vingt cinq livres, laquelle lui restoit à payer — à cause des parties de son raestier qu'il livra sur le faict d'icelle escuirye. vi" v. »
Je parviens à suivre Texistence de cet artiste jusqu'à Tannée 1520. Voici ce que je lis dans un rouleau qui porte en tête : Escroe de la despense de l'escuirie du Roy NS pour le mois de novembre mil cinq cens et neuf '. « Pour la livrée et despense de la mulle de Jehan Bourdichon et du cheval de Jehan de 6aris, paintres dudit seigneur, que icelui seigneur'^a ordonnez estre paie en ladicte escuirye au feur de c sols, par mois, pour chacun cheval ou mulle. ))
Voici un document qui constate son activité deux ans plus tard, au mois de mars 1511 : «En la présence de moy, notaire et secrétaire du Roy, Jehan Bourdichon , paintre dudit seigneur, a confessé avoir receu — la somme de trente livres tournois pour avoir paint et figuré de fin or — sur chascun costé d'une enseigne qui sert en la bande des cent Souysses — l'ymage de saint Michel armé, combattant ung dragon^ et au meilleu de ladite en* seigne ung soleil remply de rayons dudit or, et vers la queue de ladite enseigne ung porc espy couronné, et tout le champ de ladite enseigne remply de porc espy fais d'icelluy or — le 1 1 mars 1 51 1 .» Feu M. Monteil avait l'original de cette quittance, j*ignore dans quelles mains elle a passé.