‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 54 sur 127 · JACQUES ET JEHAN PATIN · texte numérisé non relu

JACQUES ET JEHAN PATIN

Jacques Patin travaillait en 1 567 à la décoration du Louvre, sous la direction de Pierre Lescot. (Voir le compte des Bâtiments à la fin du volume.) Dans « TEstat du paiement que le Roy a ordonné estre faict à ses officiers domestiques , par maistre Nicolas Morin et Pierre Lasne, ses conseillers, à commencer au premier jour de janvier mil cinq cens quatre vingt quatre (1 585) , » je lis cette ru* brique et ces noms :

Peintres et gens de mestier.

« Jehan de Court » . • 80

Jacques Patin 33

Jehan Patin 33

Giles de Garamond, orfebvre. ... 20 Hierosme de Corcel, garde des armes du

Roy 20

Maistre Germain Pil Ion, sculpteur. . . 133

Gallin, balladin 100

Francisque de Lagerre 1 00

Le chiffre des appointements de ces deux frères,

comparé à celui qui esl fixé à Jehan de Court, peut servir à apprécier le degré de leur mérite. Quel qu'il ait été, nous ne pouvons en juger, et pour Jacques seulement, que sur vingt-sept estampes qui ornent un volume assez rare. Voici à quelle occasion les originaux furent composés par Patin Tainé, et puis ensuite gravés par lui. Le 1 8 septembre 1 581 , Marguerite de Yaudemont, sœur de la reine, fut fiancée avec le duc de Joyeuse , favori du roi ; la cérémonie du mariage eut lieu à Saint-Germain- TÂuxerrois le 24, et les fêtes qui suivirent se prolongèrent fort avant dans le mois d'octobre , avec une magnificence sans précédents comme sans pudeur, et dont TEstoile nous a laissé dans son journal Tamère impression : « La despense y fut faite si grande, y compris les mascarades, combats à pied et à cheval, joustes, tournois^ musiques, danses d'hommes et de femmes et chevaux , présens et livrées , que le bruit estoit que le Roi n'en seroit point quitte pour douze cens mil escus, — Et estoit tout le monde esbahi d'un si grand luxe , et tant énorme et superflue despence qui se faisoit par le Roy et par les autres de sa cour, de son ordonnance et exprès commandement, en ung temps mesmement qui n^estoit des meilleurs du monde , ains fascheus et dur pour le peuple, mangé et rongé jusques aux os, en la campagne, par les gens de guerre, et aux villes par nouveaux offices, impost et subsides. » (Tome I, p. 437, de Tédition de

M. Champollion , la seule qu'on doive consulter. Je renvoie aux Mélanges pour quelques détails.)

Baltazarini ditBeàujoyeux, que Brantôme appelle le meilleur violon de la chrétieneté, fut chargé, par la reine, de composer un ballet pour la circonstance : c< pour ce que ^ dit-il « ell^ me fait cest honneur de n'avoir pas desagréables les inventions que je propose quelquefois en semblables matières » (page 2). Il fit son plan, et demanda trois personnes pour l'assister, un poëte , un musicien , un peintre. La reine commanda au sieur de la Chesnaye, aumônier du roi', de faire les poésies. L'Estoile dit bien, dans son journal, que <( le Roi donna à Ronsard et à Baif , poètes, pour les vers qu'ils firent pour les magnificences des nopces, à chascun, deux mil escus. » Mais MM. Champollion ont tort de comprendre le ballet de Beaujoyeux dans ces magnificences. Pour celui-ci , c'était la reine qui le payait, Ronsard et Baif n'en furent que les spectateurs. « La royne commanda pareillement au sieur de Beaulieu, qui est à elle, qu'il fist et dressast, en son logis, tout ce qui sepouvoit dire de parfaict en musique. Au regard des peintures , » continue Beaujoyeux, « j'employay par commandement de la Royne, maistre Jacques Patin, peintre du Roy: qui s'est aussi heureusement acquitté de ceste charge , qu'autre peintre de ce royaume eust sceu faire : ayant esté la besongne, bien que difficile, rendue en peu de jours , selon la nécessité précise

238 LA BE5AISESA1ICE DES AETS.

que nou8 en avions » (page 3). Les fêles terminées, Beaujoyeux voulut conserver à la postérité le souvenir de ce ballet, et Jacques Patin grava à Teau forte pour le volume dans lequel il le décrivait, vingt-quatre planches d'après ses dessins. Ces estampes démolirent son inexpérience dans la gravure, sans prouver d'un talent remarquable en peinture. Ce n*était, évidemment , ni un dessinateur, ni un coloriste, c'était un peintre médiocre. Beaujoyeux obtint, le 13 février 1582, un privilège pour l'impression de ce volume (ce privilège, imprimé sur un feuillet isolé , doit se trouver, mais se trouve rarement, à la fin du volume , après le 75' et dernier feuillet du volume), qui parut sous ce titre : « Balet comiqve de la Royne, faict aux nopces de monsieur le duc de Joyeuse et madamoyselle de Vaudemont, sa sœur. Par Baltasar de Beavjoyevlx, valet de chambre dv roy et de la royne sa mère. A Paris , par Adrian le Roy, Robert Bal lard , et Mamert Pâtisson, imprimeurs du Roy. M.D.LXXXII, avec privilège. » In-4*, avec 24 gravures sur cuivre, toutes imprimées dans le texte. La quittance suivante se rapporte peut-être aux dépenses qu'il dut faire pour sa publication , et en tout cas , elle concorde avec sa date : « En la présence des notaires du roy NS., en son chastellet de Paris, soubzsignés, Ballazard de Beaujoieux, viollon de la chambre dudict seigneur, confesse avoir eu et reçeu comptant la somme de trente escus d'or sol. 10 s. t., à lui

PEIKTaiS EN TITRB DOPPICE. 239

ordonnée, pour un quartier , tant pour ses gaiges que pour sa despense, à cause de son dict estât, — Tan mil v"* quatre vingtz et deux , neufviesme jour de mars. »

On rencontrera , parmi les peintres qui travaillèrent à Fontainebleau de 1 533 à 1 540, Pierre Patin; j'ignore quels rapports de parenté pouvaient exister entre ces trois artistes.

Page 1