NICOLAS POUSSIN
Cette liste s'ouvre avec Jean Foucquet, elle doit
se fermer avec Nicolas Poussin. Il ne faut pas que
la France ait un grand nom de peintre qui n'ait pas
figuré sur la liste des peintres de nos rois.
Tout n'éstpns dit sur le Poussin; ce grand homme
attend encore on biographe, homme de cœur.
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pour écrire sa vie; un artiste capable d'apprécier le génie de ses ouvrages; et rhistorien de Tart mo-* deme pour mettre à la place ^ à la hauteur qui lui appartiennent, sa grande figure solitaire. Il a d'autant plus besoin de cette étude, qu'il ne fut jamais bien compris au milieu de nous. Le besoin d'isolé* ment, que Rome peut seule satisfaire, explique, mieux que toute autre cause, les dégoâts que notre grand artiste éprouva à Paris. Avec certains soins , certains égards, on aurait pu compenser ce qu'il manquait en clarté à notre ciel , en grandeur à nos horizons; mais comment lui rendre les poétiques solitudes de Rome dans notre Paris affairé et sa campagne mélancolique dans nos environs bruyants. D'ailleurs on l'avait vu arriver avec crainte, on l'accueillit avec défiance , on le laissa s'éloigner en donnant à son départ les motifs les moins dignes de lui. Dom Pierre de Saint-Romuald, un contemporain, insérait dans son journal la note suivante, qui exprime assez bien l'opinion moyenne : a Le sieur Nicolas Poussin , Normand de nation , admirable à bien faire les grands tableaux , fut appelle l'an mil six cens quarante par monsieur de Noyers, de Rome à Paris, par ordre du Roy, afin d'y employer l'excellence de son art, mais voyant qu'il n'y faisait pas assez de lucre, à son gré, il est retourné à Rome.» Il est évident qu'on ne Tavait pas compris. •
M. Vitel a fait aimer Le Sueur^ lui seul peut-être
260 LA RBNAI88ANCB DBS ARTS.
est capable de faire comprendre le Poussin. Quand il voudra analyser sa correspondance , étudier ses tableaux incomparables et ses dessins qui sont des tableaux y il retrouvera la grande âme du Poussin; car elle glt là tout eotière enveloppée dans les sublimes inspirations de son génie et dans les mesquineries d'un caractère mélancolique.
EMPLOYÉS ACCIDENTELLEMBNT.
Ce chapitre aarait été toujours incomplet, si même j*avais continué mes recherches et ajourné plus longtemps cette publication. La cour de France étendait sa protection au loin et prodiguait partout ses commaudes et ses encouragements. Un voyage, une expédition, un pèlerinage, une entrevue royale, des mariages projetés, des ambassades solennelles, étaient autant d'occasions de faire appel aux artistes de la capitale et d'employer les artistes de la localité où la cour se trouvait, où elle se faisait représenter. Ces occasions officielles avaient leur cortège de circonstances accidentelles, toutes privées, et parfois mystérieuses. On voit, sans qu'il soit besoin d'insister, combien est vaste le cadre des recher* ches. Le parcourir, sans rien omettre , est impossible, môme après l'incendie de la cour des comptes, et même depuis que nos révolutions ont jeté au vent tant de documents précieux.
Les comptes des bâtiments, présentant une suite de dépenses régulières, forment un ensemble qu'il eût été fâcheux de scinder et de rompre dans le but louable de répartir plus logiquement les artistes et leurs travaux. Il faudra donc toujours se reporter
à ce IV* chapitre qui forme, à vrai dire, la seconde partie des notices consacrées aux peintres employés accidentellement. J'y renvoie, ainsi qu*à la table générale, qui résumera à la fin de Touvrage tous les renseignements^ en les présentant dans un ordre .^ méthodique, chronologique et alphabétique.
Les mémoires du temps, les vers de nos poètes, ^ les descriptions des résidences royales, les anciens catalogues de leurs collections, les livres sur les arts, les dictionnaires biographiques, enfin les ouvrages de Sauvai, Marolles, Félibien, d'Argenville , etc. , offrent des renseignements intéressants. J^aurais pu les fondre dans ces notices et enfler ainsi leur volume. J'avais la ressource des commentaires et le fonds inépuisable des rapprochements et des conjectures. J'ai résisté à cette teptation, parce qu'il m*a semblé utile de sortir enfin des redites et de donner un caractère authentique à mes travaux. J*ai donc rejeté tous ces renseignements, dont j'apprécie la valeur, dans un chapitre particulier, qui, sous le titre d'extraits de livrée imprimés ^ réunit le fruit de lectures étendues et persévérantes. J'ai été prévenu , et je serai par conséquent aidé dans ce travail, par des hommes studieux qui , comme MM. Robert Dumesnil , Niel , de Ghennevières-Pointel, Montaiglon, Souillé, Bonnardot, etc., ont déjà puisé si utilement dans ces sources. Isolée, chacune de ces indications est sans valeur, mais discutées avec un esprit critique, rap-
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prochées, comparées, elles gagnent en importance, forment corps et deviennent presque des documents. Ce presque explique pourquoi je n'ai pas voulu mêler «ensemble des documents à base solide et parfaitement authentique, avec d'autres documents ingénieusement reconstruits k Taide d'une sagacité toujours quelque peu conjecturale, i^ J'ai fait une exception pour les manuscrits de
^ Mariette.Get excellent critique^ ce rare esprit, avait,
dès le commencement du siècle dernier, entrevu la
) nécessité de sortir des banalités dont on se contente,
encore de nos jours, dans l'histoire des arts. Il recherchait les informations précises, les renseignements exacts, et il comprenait l'importance des documents authentiques. Dans l'exemplaire interfolié de l'Abecedario pittorico du cabinet des estampes, et dans onze gros portefeuilles in-folio qui lui servent d'appendice, il a réuni tout ce que lui fournit d'informations utiles une vie entière dévouée à l'étude des arts. Malheureusement on est homme et presque toujours homme de son temps. Avec les
^ meilleurs instincts, Mariette se laissait aller à la
dérive des goûts à la mode. Ses notices, si étendues sur les Italiens et particulièrement sur les artistes de l'école des Carraches, sont d'une pauvreté dés- <( espérante, quand il est question de nos artistes français. On voit clairement qu'il partageait, en par-
I tie, les opinions académiques sur l'infériorité de nos
anciennes écoles, sur Teufance des arls en France
264 LA BB!fAISSA5CE DBii AITS.
pendant tout le moyen âge et môme pendant le xvi^ siècle. La moitié du temps qa*il a consacré à recueillir des renseignements sur des artistes étrangers de troisième ordre, lui eût suffi pour composer un dictionnaire biographique de tous nos artistes , à une époque surtout où les archives de la cour des comptes étaient intactes, et même après leur incendie, quand il avait encore à sa disposition tous les comptes royaux et les manuscrits si précieux de Sauvai.