CHARLES DORIGNY
Ce peintre est au nombre des artistes qui travaillent à Fontainebleau à partir de l'année 1 533. Cette occupation ne l'empêchait pas d'accepter d'autres commandes. En voici deux exemples. Le nouvel Hôtel de Ville de Paris s'élevait depuis deux ans sous la direction réelle et active de Pierre Sambiches , qui suivit pour les lignes générales le des-
sein de Domeniqae de Courtonne, lorsqu'il fallut appeler un sculpteur et un peintre pour exécuter des médaillons sculptés qui devaient décorer les murs. Charles Dorigny, dont nous verrons plus loin la veuve employée par la ville, fut le peintre qu'on choisit pour composer lessujets, et Thomas Ghocquet, le sculpteur pour les exécuter. Il ne reste plus rien de ces ornements , mais voici l'article des registres de l'Hôtel de Ville qui les concerne : « Du vendredy XIX* jour de juing m v" xxxiv. Aujourdhuy au petit bureau, auquel estoient messieurs les prévost des marchans et eschevins de cestè ville de Paris, a esté ordonné que, pour deviser les histoires qu'il convient mettre es rondz , estant au corps d'hoslel neuf de ladicte ville, en sera paie à maistre Thomas Chocquet, à ce commis et qui en a prins la charge, la somme de quatre livres tournois pour pièce.
« Item à Charles (une lacune), painctre, pour paindre lesdictes histoires, pareille somme de iiij liv. t. pour pièce, lequel painctre en a prins la charge. »
Charles de Court n'était pas en état, à cette date, d'exécuter ces compositions, et tout me fait croire que le scribe du bureau du prévôt des marchands aurait complété, par le nom de Dorigny, la lacune qu'il a laissée dans le registre , s'il avait eu plus de mémoire où plus d'attention.
Voici l'autre commande; et comme elle se relie aux travaux exécutés dans le cloître des Célestins de 1539 à 1549, je citerai l'extrait que j'ai fait du
compte de fabrique des Célestins, qui comprend les années 1 508 à 1 570. Ce compte s'est réfugié tout naturellement dans la bibliothèque de TÂrsenal.
<K Et premièrement. A l'honneur de Dieu et de sa glorieuse mère et vierge Marie. — — L'an de grâce mil cinq cens trente neuf, le huitiesme jour d'aoust, fut commancé le cloistre de céans par maîstre Pierre Hanon , tailleur de pierre et masson , demeurant à Paris. — Ledict jour penultiesme d'avril , mil cinq cens quarante et ung , fut faict marché avec ledit maistre Pierre Hanon de parfaire nostre cloistre, de la fasson et manière qu'il estoit par luy comancée, pour le pris et somme de 1 500 livres tournois.
«Fuyte d'Orléans; octobre. Item pour le voyage de frère Pierre Sevyn et aultres qui ont conduict les omemens de l'église de céans à Orléans durant le temps des guerres.
«Fév. 1547 (1548). Baillé à maistre Charies Dorigny , paintre, sur et tant moins de cent ecus soleil que avons marchandé à luy, de faire une table d'aultel, avec les guichets , en la chapelle de monseigneur d'Orléans^ en telle sorte et manière que avons convenus ensemble. . . viij" ii liv. tour.
« 1 547 (1 548). Baillé à maistre Jacques, verrier, pour la réparation des vitres de l'église qui ont esté rompues de l'artillerie. . . . xvi liv. xix s. »
Je réserve pour une autre publication la suite de ces extraits. Ils donnent des détails sur des Ira-
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vaux de sculpture assez importants, exécutés par un M* Jaspard, ymagineur.
La date de la mort de Charles Dorigny nous est fournie, d'une manière indirecte, par un acte passé entre sa veuve et le prévôt des marchands de Paris. Il s'agissait d'orner de peintures et dorures le petit bureau dans le nouvel Hôtel de Ville , et la veuve Dorigny' présente un projet de décoration et s'engage, le 13 août 1551 , à l'exécuter, moyennant la somme de 92 livres. Au mois de septembre suivant, elle touchait le prix de son travail terminé et signait la quittance que voici : « En la présence des notaires du Roy, NS., ou Chastellet de Paris, soubzsignez, Jaqueline Bordier, vefve de maistre Charles Dorigny, en son vivant paînctre,clemourant à Paris, a confessé avoir eu et receu — (la somme de 92 liv. 13 s. 6 den. t.) — pour la painciure et façon de l'aornement du fons du plancher du petit bureau de Thostel neuf de la ville de Paris, vernis et dorure d'icelluy, qui a esté faict par ladicte vefve , suivant le portraict par elle faict et baillé; qui est demeuré au bureau de ladicte ville. Dentelle quicte. Faict l'an mil cinq cens cinquante ung, le lundi 28* jour de septembre. »
MICHEL ROCHETEL.
Employé dès 1540 aux travaux de Fontainebleau, à raison de 20 livres par mois, ce peintre
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reçut en outre , vers 1 545 , la commission relatée dans cet article : « A Michel Rochetel , paiotre , pour avoir par luy fait douze tableaux de painture decoulleurs, sur pappier, chacun de deux pieds et demy et en chacun d'iceux paint la figure de Tun des apostres , qui sont les douze apostres de Nostre Seigneur et une bordure aussy de painture au pourtour de chacun tableau pour servir de patrons à Tesmailleur de Lymoges, esmailleur pour le roy, pour faire sur iceux patrons douze tableaux d*es* mail. »
Ces douze tableaux, reproduits en émail par Léonard Limousin, en 1 547, ne reçurent pas la de^ tination pour laquelle François P' les avait commandés. Peu de temps après sa mort, Henri II, faisant construire le château d'Anet, affecta à la décoration de la somptueuse demeure de sa maitresse tout ce que Philibert Dèlorme trouva sans emploi et jugea digne de figurer dans cette merveille de la renaissance. Le grand bas-relief en bronze, sculpté par Benvenuto Cellini pour la porte dorée du château de Fontainebleau , et les douze émaux, exécutés par Léonard d'après Rochetel, prirent ainsi le chemin du château d' Anet et y restèrent jusqu'à la fin du xvm* siècle. A Tépoque de laRévolution, les administrateurs du département d'Eure-et-Loir démolirent ce magnifique monument de notre art, et vendirent en détail les matériaux de la démolition. M. Alexandre Lenoir acheta
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un des portiques , la Diane et quelques vitraux; il négligea les émaux, et ces douze apôtres allèrent se réfugier dans la chapelle de la Vierge à Téglise des Saints-Pères de Chartres. Cet asile les a. protégés contre les pérégrinations et contre les violences, mais il ne les défend pas contre un danger tout aussi destructeur. On a eu la malheureuse pensée d'encastrer ces plaques d'émail dans les soubassements qui servent d'appui aux fenêtres, et Thumidité, en les couvrant continuellement, pénètre, tant par les pores de Témail que par les fissures, jusqu'au cuivre, y engendre un oxide, soulève l'émail et le fait tomber par éclats. Dans un nombre d'années, qu'il est facile de calculer, ces monuments seront perdus pour l'art. Espérons que la loi des échanges permettra de décorer l'église des Saints-Pères d'une manière plus satisfaisante pour le culte, et de faire rentrer au Louvre ' ou à l'hôtel de Cluny les émaux de Michel Rochetel ^.
I. Dans plosfeorsoDTrages estimables oo lit que l'église des Saintjv-Pères ne possède que dix plaqaes d'email^ soit dix apôtres, etqoe les deux manquants sont an Lonvre. 11 y a là deax errenrs. La série commandée à Michel Rochetel est complète à Chartres, et les deax émaux de Paris ont été cxécotés, il est vrai, par Léonard Limousin, mais d'après an autre maître, autrement habile. Je vois dans sa manière un peu lâchée, dans son modelé indécis, dans ses draperies larges et grandioses, un peintre français qui a traTaillé à Fonuinebleau. Jean Clouet aurait éié plus sec, plus précis, et François Clouet n'était pas en position, en 1540, de recevoir une semblable commande. Je doQte qu'on ait exécuté, jusqu'au bout, cet étrange projet de flgurer les iS apôtres sous les traits d'un roi et de ses courtisans.
8. Ces douze tableaux d'émail, sur cuivre, sont exécutés en émaux de couleur, sur fond blanc. Les détails, tels que nimbes et fllets bordant les vêtements, sont peints en or. Les figures sont représentées debout, leurs pieds posent sur nn sol de verdure. La plaqoe principale, qu'occupe l'apôtre, est encadrée dans an ensemble de plaques, qui forment one disposition absolument semblable à celle du saint Thomas et du saint Paol appartenant ao mosée du Louvre. La plaque transversale supérieure est décorée
Ce docamenty qai nous permet de donner une origine à cette collection d'émaux et d'attribuer ce travail , avec certitude, à un peintre d'ailleurs inconnu , doit être pour nous une leçon. Supposez
cette dépense payée sur une' autre recette, dont nous n'aurions pas les registres , l'article qui la relate disparaît de ce compte, et voilà Guillaume Rochetel confondu avec cinquante autres peintres, que nous allons voir figurer dans les comptes des Bâtiments, et dont nous ferons un médiocre cas, parce qu'ils sont payés à raison de 20 livres par mois. Notre règle est de considérer tous les peintres des travaux de la cour comme des hommes de talent, et de recueillir avec soin les moindres renseignements sur leur vie. Cette règle est assurément sage.
HERNE GRAINDOR.
« Compte treiziesme de maistre Nicollas de Troyes, argentier du Roy NS., — commançant le 1"jour de janvier mil cinq cens quarante, et finissant le dernier jour de décembre mil cinq cens quarante ung. »
d'an eartODche, flanqué de deux ?ases, sar lequel sont écrites en noir les premières lettres du nom de l'apôtre. Un cartoache décore également la plaqoe transversale inrérieare, one salamandre y est figurée. Les montans sont décoras d'arabesques en couleurs sur fond bleu ; entre les deux plaques, qui les formeui, est placé un médaillon, ovale, eti émail fond bleu, avec la lettre F en or. La plaqoe principale a en hauteur 0,6to en largeur 0,270. L'ensemble a , en H. 0,930 , L. 0,425. Sur la plaque du saint Simon , dans l'un des détails des arabesques du montant de gauche, est la date 4517 en chiffres dorés. Sur la plaque du saint Paul, de toutes la mieux exécutée, on lit le monogramme LL en lettres de couleur bistre , sur le pommeau de l'épée.
PEINTRES HORS d'oFFICB. 2V9
Dans ce compte, je vois le chausseiier, le cordonnier, le marchand de linge , le tireur d'or (Baptiste d'Alverque) ponr les broderies, le marchand de mouchoirs brodés et de serviettes ouvrées de Tœuvre de Yenize, le chappellier, Tappoticaire , etc., mais je ne citerai que cet article : « A Herne Graindor, painctre, la somme de sept livres dix sols tournois, pour la façon d'avoir redoré et painct le dessus de la coche du Roy, qui a servy au tournoy des chevallyers. »