LE NÉO-STOICISME DANS LES TRADUCTIONS
Les remarques que nous venons de faire nous permettent donc de rappeler ime fois encore que toute (euvre néo-stoïcienne est caractérisée par une intime alliance du stoïcisme et du christianisme. Les traducteurs, car ils seront les premiers ouvriers du néo-stoïcisme, ne cesseront point de rappeler îi leurs devoirs les chrétiens de leur temps, soit en leur mettant sous les yeux les exemples des païens, soit en faisant un appel direct aux préceptes si élevés de la moiale pratique stoïcienne, celle d'un Cicéron, d'un Sénèque, d'un Kpictète et d'un Marc-Aurèle.
De Cicéron on traduit i alors le livre Jcs Offices, pur traité de morale pratique, le livre des Lois qui va chercher le fondement solide de l'obligation morale dans la natme
(i) Les Trois Livres des Offices, trad. par iJavid Miffaut, (i5(>i, in-4); par Louis Mcigret. (1347, in-4); ^-«'•^ ^^'^ P^'" •chan Collin (1541, in-8); Les Questions Tuscuhines, liv. I-III. par Ksticnnc Dolel (I-von, i543, in-8); Le Songe Je Scipion par l^icrre Salial (Lyon i343); Les Trois livres de la Nature des Dieux par (juv le Fcvre de La Bodcrie, i58i; Le Traite de la Providence i\Q Scncque, trad. par Anpc Capel, 1578, etc.
Cf. Lanson, Manuel bibliographique, iroo- i(j<^<'. xvr sicclc (Paris,
Les Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et de Du Verdier„ cd, Kipoley de Juvipny (Paris, 1772).
Joseph Blanc, Bibliographie italico-française, z vol. (Milan, |S8<»).
I 3c) CHAPITRE III
même de Thomme, les Tusculanes remettant en question les problèmes les plus angoissants de notre destinée, depuis celui de la douleur et de la mort jusqu'à celui de notre vie future que le Songe de Scipion résout par une heureuse immortalité, le traité de la Nature des dieux qui discute Fexistence de la divinité et son action prévoyante sur le monde.
De Sénèque c'est le traité de la Proindence et dans un ordre plus pratique les petits opuscules : de la Colère^ de la Clémence^ des Bienfaits, ou encore des extraits de ses admirables lettres de direction à Lucilius, ou des morceaux choisis d'autres opuscules, en général tout ce qui, dans la doctrine stoïcienne, peut s'adapter le plus commodément et le plus efficacement aux besoins du temps. Or quel est le but visé dans ces travaux de seconde main? Examinons quelques-unes des préfaces de ces traductions et nous comprendrons ce que l'on entendait trouver dans cette cueillette de petits traités stoïciens.
Belleforest présente en 1682 au très illustre et généreux Monseigneur Charles Monsieur de Bourbon les Sentences illustres de M. T. Cicéron^ « fleurs recueillies de toutes les œuvres de Gicéron et de plusieurs bons auteurs » en lesquelles il verra « les sentences les plus belles et nécessaires pour l'instruction, non seulement du Prince, ainsi encore de tout autre qui aura désir de connaître la vertu et de mépriser le vice, et y connaîtra tout ce que les anciens les mieux guidés ont cru et estimé et de Dieu et de l'âme et du vice et de la vertu, du maniement public, de l'office de celui qui commande, du devoir de celui qui doit obéir, de l'inconstance et peu de sûreté de la fortune, des misères auxquelles les hommes sont sujets et de cette vicissitude de toutes choses régies par le temps... » ; il y verra encore « les mots sentencieux des anciens, les similitudes, les propos saints et
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autres, telles formes de parler, qu'on peut tirer des livres de ceux qui ont joui d'une grande faveur de natuie. sans qu'ils eussent la connaissance du vrai Dieu, et de cette religion de laquelle les rois du sang duquel vous êtes ici ont été les défenseurs... »
Dans une autre préface des Offices publiés en i3'S*3 avec les traités de V Amitié, de la Vieillesse, des Paradoxes, du Songe de Scipion.,, i . nous lisons : « Il faut noter que longtemps auparavant que nostre Sauveur J.-C. prît incarnation, plusieurs hommes ont été en ce monde, de grand entendement et très désireux d'acquérir des sciences humaines, comme la Philosophie tant naturelle que morale, en l'étude desquelles ils ont du tout employé leur temps ainsi que firent premièrement Pythagoras, Socrate, Platon, Aristote et plusieurs autres, lesquels entre autres questions et conclusions de Philosophie ont par laborieuses disputes enquis et persuadé quelle était la tin de tous biens et le souverain bien de l'homme... » 0\\ suivant ce traducteur, ceux qui ont le plus approché de la vérité catholique sont les sectes des stoïciens et péripaticiens, qui ont réalisé la perfection de toutes les vertus, estimant que l'on pouvait atteindie le souverain bien en cette vie mortelle, et qui ont écrit dans les livres qu'ils ont composés à ce sujet « des doctrines et enseignements pour régler et ordonner la vie de tous les hommes par couvres honnêtes, droites et vertueuses, ainsi qu'ont fait après ces Philosophes grecs dessus nommés quelques anciens Romains comme (laton l'ainé, \'arron et dernièrement M. T. C'.icé-
ron Va\ quov combien qu'icelu\' M. T. Cicéron et tous
k^ autres Philosophes païens, aient erré par la déconnaissance de la tin d'icelles bonnes (cuvres.... néanmoins les Chrétiens 3 pcuxent appiciulre cl recueillir des doctrines
(i) Lts Offices, de M. T. Cicéron avec les traités de l' Amitié, de Vieillesse, des /\irndoxes. du Songe de Seipion... (Paris, i583).
profitables. » Ici apparaît déjà la tendance du néo-stoïcisme à fondre les deux doctrines; elle ira en s'accentuant, on alléguera la conformité de la morale stoïcienne avec les Ecritures; les quatre vertus, prudence, justice, force, tempérance, sont figurées au commencement de la Bible par les quatre fleuves du Paradis terrestre.
En i58i, une traduction de la Nature des Dieux par Guy Lefèvre de La Boderie nous montrera nettement caractérisée une utilisation du stoïcisme en faveur des dogmes chrétiens. Dès les premières lignes se devine la pensée de Tauteur : pour lui le relèvement moral ne pourra se faire que par le relèvement des croyances. « Sire, dit-il, en s'adressant au roi très chrétien Henri III, jà de longtemps, considérant à part moi que les diverses erreurs, que ce misérable temps a renouvelées et remises sus, ti^aînaient à leur suite le comble de toute impiété et damnable athéisme qui fait profession de ne rien croire et d'ôter la Providence divine de Tadministration du monde..., j'ai mis toute peine et diligence à moi possible selon le petit talent qu'il a plu à Dieu me prêter, de dresser le fruit de mes études pour la confirmation de notre religion chrétienne et catholique à rencontre de ces autres géants qui s'efforcent de rebâtir la tour de Babel et écheler le ciel pour déchasser Dieu de son siège... Voyant que de jour en jour ce mal s'augmente et se redouble et que la plupart de nos écrivains s'amusent plutôt après des discours de plaisir ou des poésies amoureuses..., j'ai pensé que le principal chaînon duquel tous les autres dépendent est celui que moins on assure, et dont on fait le moindre cas, à savoir de renouveler la connaissance de Dieu, effacée en plusieurs tableaux ou entendements humains. » Il a donc traduit le livre de la Nature des Dieux de Cicéron, père de l'éloquence et philosophie latine, « afin que les grands, qui ont employé tout leur âge à l'exercice des armes et maniement des affaires
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du monde s'en puissent servir et retirer le fruit espéré ».
Or Cicéron a, pour lui, « discouru à bon escient la question de Dieu et de la Providence en l'administration et i^ouvcrnement du monde », et le stoïcien Cotta a amené « un grand nombre de beaux et doctes arguments pris et tirés du giron de la nature, pour assurer et comme étançonner de fortes colonnes le bâtiment de la Providence et Tordre et entresuitte admirable des causes et effets enchaînés et liés ensemblement, et découvrant comme au doigt et à IVeil la divine et incomparable puissance, sagesse et bonté du père des lumières. ditTuse et répandue par ce grand Tout que les Grecs ont il bon droit nommé Cosmos ou ornement et nous api es les Latins Monde, à cause de Tordre et belle et riche disposition qui s'y manifeste et reluit de toutes parts » ; et bien que le traducteur constate qu'il serait préférable que cette connaissance de Dieu vînt à se tirer « de la claire lontaine des Écritures saintes » plutôt que « des troubles ruisseaux de la philosophie », il remarque avec justesse pour son temps que nous sommes plus « satisfaits de quelques belles raisons, exemples ou comparaisons prises de la nature qui des choses sensibles les élèvent aux intellectuelles, que non pas des simples témoignages des Kcritmes Saintes ou des Docteurs catholiques et chrétiens... »
Ces esprits de culture païenne ont Toreille fermée aux exemples de la Bible et de Tl^vangile; qu'on les leur présente sous la forme des belles-lettres antiques, ils y reviendront. \'ertus chrétiennes et vertus païennes se ressemblent : pratiquer les unes, c'est aussi praliquei les autres: lors donc que les chrétiens ailront mis en pratique la vciiu antique dont tout leur parle dans la Renaissance, ils seront aussi plus h même de goûter les \eitus chrétiennes >i mal représentées alors.
La guei re civile iait dhoiribles ravages, et ietle Français contre Français: il c<t ii propos de donner quelques leçons de
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douceur et de générosité à cette soldatesque brutale et à ceux qui la conduisent. Ange Capel choisit comme texte de traduction le traité de la Colère de Sénèque et le dédie en ces termes au duc d'Épernon, pair et colonel de F'rance (i) : « Vous mènerez à cette cause sans elle (colère) les armées françaises, vous gagnerez les batailles, vous forcerez les villes, vous vaincrez vos ennemis et ceux du Ro}^ et de cette couronne... Vous la pratiquerez aussi peu contre ceux qui sont désarmés et ne penserez pas, encore qu'ils eussent offensé, qu'ils puissent par leurs fautes faire sourdre une si turbulente même pusillanime émotion en vous, vous les estimerez indignes de votre mécontentement, et en leur pardonnant et bienfaisant, les rendrez pour le passé d'autant plus coupables et pour l'avenir plus respectueux et serviables (2). »
Ange Capel avait déjà traduit d'autres opuscules de Sénèque, celui des Bienfaits et de la Clémence entre autres; mais il semble accorder sa préférence à ce petit traité de la Colère^ sans la maîtrise de cette passion, l'homme serait « du tout incompatible et insociable ».
Mais l'exemple vient de haut, et si les mœurs sont dissolues c'est souvent la cour corrompue qui en est responsable : il faut donc lui apprendre à vivre honnêtement au moyen de la morale stoïcienne. La morale catholique dont elle se contente alors, toute de superstition, ne peut être efficace.
Le seigneur de Pressac, beau-frère de Montaigne, publie à cet effet : Les Epistres morales de Sénèque (3). « Mais de ces
(i) Ange Capel, Les trois livres de Sénèque de la Colère (Paris, in-S», i585). Pour les autres traductions, voir Lanson, ouvr. cité, et J. Blanc, ouvr. cité.
(2) Cf. ihid., préface.
(3) Les Epistres morales de Sénèque avec ses traités du Cléandre, de la Providence divine, de la Clémence, et de la consolation de la Mort^ trad. par le Seigneur de Pressac, gentilhomme de la chambre du Roy (Lyon, lôgS). Pressac désigne le seigneur de La Chassaigne, beau frère de Montaigne.
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lettres qui forment Tàmc à la prudence, à la magnanimité, à la justice, à la tempérance, de ces disciplines qui tirent le cœur de Thomme à une grandeur par laquelle il est mis au-dessus de sa propre nature, de celles-là. dis-je. Sire, il est nécessaire que les hommes qui sont nés pour commander au reste du monde, s'étudient d'en acquérir et emporter sur tous autres l'avantage, de tant que par là ils adviennent tels qu'il est plus expédient aux autres de leur obéir, qu'à eux de commander. Or. entre les discours de la Philosophie, il n'en est point que les grands doivent étudier avec plus d'émulation et de jalousie, que ceux qui engendrent en Tàme une ferme et absolue résolution contre la mort et la fortune... Mais d'imiter l'action d'un Décius ou d'un Mucius qui se jetèrent à une mort certaine et inévitable pour le service d'autrui. c'est donnerai! plus haut point de l'humaien vertu, et, s'il est loisible de le dire, de ne bahmcer aucunement avec Dieu, qui lui-même s'est sacrifié poiu" les hommes. C'est enfin le mépris de la mort, par lequel les hommes obtiennent une entière et souveraine juridiction sur toute façon de force et de puissance, qui les exempte de rien souiVrir et de rien craindre, et qui les tient toujours assurés parmi les choses non assurées. »
Que les vérités stoïciennes mises en évidence soient donc d'ordre pratique ou métaphxsique. elles ne contredisent point les affirmations des consciences restées chrétiennes; tout au plus paraissent-elles parfois insuffisantes et incomplètes. C'est alors que le platonisme pourra servir de complément à la morale stoïcienne en offrant au néo-stoïcisme quelques-uns de ses dogmes métaphysiques; il est en quelque sorte l'intermédiaire qui permettra une adaptation plus complète du stoïcisme au christianisme. Des traductions assez nombreuses vulgarisent d'ailleurs le Platon qui s'adapte le mieux au christianisme. C'est celui du Banquet, du l^hcdon
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et du Phèdre, de l'Apologie de Socrate et, dans une certaine mesure, celui de la République et du Timée, celui que Ton a cru longtemps être tout Platon. On semble oublier alors le Platon de la première manière, celui qui cherchait, dans les premiers dialogues, à résoudre le problème du Souverain Bien en tenant compte de l'homme et de sa nature, pour ne considérer que le Platon de la deuxième phase, celui qui, poussé par une soif insatiable de l'idéal immuable et parfait, s'envole vers les régions des idées pures, désormais seul bien et seule fin de l'homme. C'était bien celui qui convenait alors à ces âmes cherchant dans la philosophie à retrouver un idéal religieux qui s'était obscurci.
Voici du reste comment s'exprime Louis Le Roy, présentant en i553 au roi VAy^gument du Phédon en même temps que la traduction (i) : « Ce livre est merveilleusement élégant et grave, dit-il, comme tous les écrits de Platon : auquel il s'efforce de prouver l'âme être divine, invisible, incorruptible, immortelle, le soin qu'il faut avoir de la cultiver... Admonestant que tant qu'il nous est possible la devons séparer du corps, c'est-à-dire des sens qui ne la font qu'empêcher en la connaissance de vérité et des affections corporelles, qui n'est autre chose que se préparer toujours à la mort, sans nous arrêter es plaisirs deshonnêtes du corps, ni mettre notre cœur aux biens de ce monde, esquels ne se trouve aucune certitude » et qui ne sont qu'un empêchement à la félicité éternelle.
Et Le Roy rappelle à ce suj-et que saint Augustin déjà trouvait Platon tout proche du christianisme. L'exemple des Pères de l'Eglise encourage donc ces vulgarisateurs à répandre au moyen du stoïcisme et du platonisme une philosophie
{i) Le Phédon de Platon traitant de V immortalité de Vâme^ présenté au Roy très chrétien Henry II, de ce nom, à son retour d'Allemagne etc. (Paris, t533).
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essentiellement religieuse et morale. »• La l^eligion Je Dieu, la Providence divine et Timmortalité de Tàme sont insépiirables n, ajoute-t-il: et c'est tout cela que Ton trouvait dans Platon, mieux que dans le stoïcisme rigoureux des premières heures.
I/n tel crédit accordé au platonisme en faveur des dogmes religieux, qui sont en quelque sorte le couronnement naturel de toute morale bien établie, devait amener cette fusion de la morale stoïcienne et de la métaphysique platonicienne qui sera encore un autre trait caractéristique du néo-stoïcisme du xvi^' siècle.
Cet essai n'est point nouveau : il avait été tenté non seulement par les Pères de l'Eglise, mais encore au v^^ et au vi^ siècle par deux néo-platoniciens dont les ouvrages, qui se vulgarisent en cette période de résurrection intense du passé, peuvent servir d'exemples. Boèce avait écrit un traité de la (Consolation où il épuise tous les arguments stoïciens en faveur de l'optimisme, et Simplicius des (Commentaires sur Epie tète.
Boèce avait eu à supporter les caprices de la Fortune. cette changeante déesse: il avait connu les honneurs et en avait été brusquement et injustement dépouillé, l^ivoyé en exil après une carrière brillante et très remplie, la philosophie avait été sa grande consolatrice. 11 discourt avec elle de tous les maux qui peuvent assaillir l'humanité et dont il vient, lui, d'être si cruellement victime. 11 cherche la raison de ces maux et les grandes vérités religieuses et morales qui peuxent nous aider à les supporter : le renoncement volontaire à des biens, des honneurs si fragiles, si vains lorsqu'on les examine (i), la loi en la Pioxideiice qui légit le monde avec sagesse (2^^ malgré cette injustice apparente des malheurs
(i) Cf. Hocce. Lt' ti\utt'- ./<• /./ Consolation, livre 11. (2) IhiJ., livre I
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des bons (i\ la nécessité de Tépreuve qui fortifie, purifie, et enfin l'idée de Dieu, la substance même du bien, notre dernière fin et notre félicité 12). Il reprend ainsi tous les grands problèmes que pose la vie, problèmes dont le stoïcisme sut mettre en lumière les difficultés sans arriver à les résoudre, tandis que le platonisme avec Tespérance de rimmortalité et des sanctions futures satisfait au moins les cœurs, s'il ne convainc point les esprits. Boèce, alliant ces deux doctrines avec un esprit tout chrétien, montre le chemin aux humanistes de la Renaissance. Désabusés de leur fantôme de gloire, lassés des épreuves de la vie, ils pourront venir chercher dans cette Consolation le modèle d'un exercice de rhétorique et de philosophie, en même temps qu'une élévation sincère de leur âme vers Dieu.
Simplicius commente en platonicien le Maîiuel qui lui sert d'introduction à la philosophie; ce précieux traité est pour lui le premier échelon à gravir avant d'arriver à la sagesse : « il apprend à l'âme à se rendre aussi libre que Dieu l'a créée, de manière qu'elle ne craigne rien, ne s'afïïige de rien, ne s'assujettisse à rien de tout ce qui est au-dessous d'elle )), et ceci sous une forme éminemment pratique. Simplicius prise en effet « ces maximes courtes et sentencieuses... qui bien qu'elles soient présentées par articles offrent une liaison et une suite..., qui n'ont qu'un seul et même but qui est d'exciter l'âme à conserver sa dignité et à ne faire que les actions qui lui sont propres..., qui sont pratiques, applicables à tous...; car elles conviennent à l'homme raisonnable, à celui qui comprend sa nature d'homme (3). »
(i) Cf. Boèce, Le traité de la Consolation^ livre IV.
(2) Ihid., liv. III.
(3) Cf. Préface, de Simplicius aux Commentaires d'Épictète, édition Schweighauser, vol. V. Les Commentaires sont joints à presque toutes les éditions du Manuel au xvi« siècle. Ils sont édités.pour lapremière fois
en grec f^ pcr Johannem Antoninum et fratres de Sabio » (Venctiis, i528).
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Il importe en eftet, pour voir Dieu, d'avoir le cœur pur, de mener une vie bonne, sans ces passions qui troublent la raison et tiennent Fàme captive. Le Manuel d'Kpictète apprend-il autre chose? Non certes; Simplicius vient de nous répondre, il pourra donc servir d'introduction au christianisme, être utilisé par des chrétiens comme il l'avait été par des platoniciens. Ces chrétiens ne seront plus cette fois des moines, rêvant de vie austère et parfaite et cherchant dans le Manuel d'Epictète une formule d'ascétisme, mais des humanistes, brillants lettrés, moralistes à demi philosophes, effrayés de l'immoralité et de l'irréligion croissantes de leurs contemporains, presque tous portés vers le platonisme, mais qui vont droit à la morale d'Epictète à cause de la vigueur et de l'efficacité de ses préceptes.
Dès 1453, un humaniste, Perotti, au service du cardinal Bessarion, traduit le Manuel à Bologne. A la fin du xv^ siècle, un autre platonicien fort connu pour ses travaux d'érudition et fort goûté de son siècle pour son talent littéraire, l^olitien (ij, donne la traduction type du Manuel; pendant près d'un demi-siècle elle servira de base à tous les traducteurs ou commentateurs d'Epictète. Cependant cette traduction est défectueuse de l'avis même de l'auteur, qui essaie de combler les lacunes par des commentaires de Simplicius. Des éditeurs allemands, Haloander en i?2t), et Cratander en i53i (2), s'en plaindront encore, mais néanmoins la tiendront en estime, car jusqu'en i?(i3, date îi laquelle Wolf donne enfin une nouvelle traduction, celle de I^olitien accompagnera toujours le texte grec du Manuel.
\'\n i33?, Trincavelli 3 ajoutera au Manuel, les Entre-
(1) Cf. plus haut. Introduction,
(2) Ibiii.
(3) Ibiii.
140 CHAPITRE m
tiejis; Caninius en 1546 publiera les Commentaires (i).
L'Italie eut donc le méiite, en lui donnant droit de cité par la traduction latine, de révéler le divin Épictète à un public assez étendu de lettrés, qui put dès lors comprendre tout ce qu'il y avait d'efficacité dans ces préceptes si nets, dont la force émanant de la raison et de la nature, opérait presque magiquement sur les âmes (2).
Ils sont tous d'accord, d'ailleurs, traducteurs et éditeurs pour vanter l'élévation de cette morale. Trincavelli, hormis les textes sacrés, n'a rien trouvé de plus intéressant; il n'a pu se détacher de cette lecture (3). Pour Caninius, personne « n'a approché de si près de la religion chrétienne que celui qui parle avec tant de droiture et d'utilité des choses humaines, tant de vérité et de piété des choses divines (4) ».
Mais bien que ces Italiens, dont Gennadius disait spirituellement : « Ils s'entendent à la philosophie comme moi à danser », ne fussent en réalité qu'à demi philosophes, ils ne purent reculer devant certaines questions métaphysiques, par ce fait même qu'ils acceptaient la morale d'Épictète : morale d'effort et de renoncement, identifiant bonheur et vertu, en dépit de toutes les épreuves, de tous les maux inévitables qui peuvent fondre sur l'humanité. Or, comme ils ne pouvaient les résoudre par la métaphysique stoïcienne qu'ils avaient négligée, et comme ils avaient constaté, d'autre part, par leur propre expérience, que l'homme au milieu des tourments n'a pas toujours assez de sa seule vertu pour se sentir heureux, ils cherchèrent dans l'espérance d'un bonheur d'au-delà un autre soutien à leur courage et ne le trouvèrent
(i) Cf. Commentarius in Encliiridium Epicteti latine^ Angelo Caninio interprète {Venetiis, 1546, in fol.).
(2) Cf. de Politien, ouvr. cité, deux lettres latines, Tune adressée à Laurent de Médicis, l'autre à Bartolommeo Scala.
(3) i'A. Trincavelli, ouvr. cité, préface dédicatoire à Georges de Selve.
(4) Cf. C^aninius, ouvr. cité, préface à Casca, archevêque de Bénévent.
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que dans la philosophie de Platon, très affirmative au sujet de notre destinée future.
Le platonisme jouissait alors d'une véritable faveur en Italie, et comme l'homme, entrevu au travers de cette philosophie, met en relief le dualisme de la nature, et par conséquent la destinée immortelle de l'àme différant en substance du corps mortel, il suffisait d'\' recourir pour justifier un certain illogisme de pensée. En substituant une métaphysique à l'autre, on pouvait établir ce qu'il v avait en quelque sorte d'essentiel dans le Manuel : la fameuse distinction entre les biens qui dépendent de nous et ceux qui n'en dépendent pas.
Ceux qui dépendent de nous sont ceux qui dépendent de l'àme participant seule à la raison; ceux qui n'en dépendent pas sont au contraire soumis à la contagion du corps. Or rendre l'àme de plus en plus indépendante du corps, c'est la rendre libre, la puritier, la préparer à goûter la vérité; il sera donc possible, par cet ascétisme du renoncement que prêche le Manuel^ par ce détachement de l'àme d'avec tout ce qui la trouble et lui est extérieur, d'aller vers l'Idéal, qu'il soit le Dieu de Platon ou le Dieu des chrétiens i . Cette doctrine éclectique, peu philosophique en ce sens qu'elle ne suivait pas jusqu'à ses principes le stoïcisme d'Kpictète, pouvait satisfaire les Italiens, esprits légers et superficiels, mais non les Allemands, esprits logiques, profonds sinon lourds. Ces derniers n'éditeront pas le texte d'ICpictète sans y joindre toutes les citations des Pères de l'Kglise ou de la philosophie antique qui s'y associent naturellement. Ils ont posé en principe que la philosophie est excellente pour préparera la théologie 2 : dès lors leur érudition facilitant
(i) Cf. Folitien, lettres citées.
(2) Cf. Wolf. édition d'Kpictète (Hàle, i3o3), préface a J. Baptistx Ilainzelio.
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tous les rapprochements, ils sont d'excellents ouvriers du néo-stoïcisme.
C'est ainsi que Scheyck en i554, Wolf en ]563 donnent l'un une édition du Manuel et des Entretiens (i), l'autre une édition plus complète, car il y joint les Commentaires de Simplicius et une nouvelle traduction à\x Manuel qui corrige les erreurs de celle de Politien.
Tous deux font aux citations^ dans leurs notes critiques, une place qui leur permet d'établir la concordance entre les lettres sacrées et profanes, mais Wolf pousse plus loin que Scheyck ses préoccupations de chrétien. Il ne craint point de critiquer la morale d'Épictète, non point dans l'idéal qu'elle propose à nos efforts, mais dans les moyens qu'elle nous offre de le réaliser. Il est tout près de reconnaître ce que Pascal mettra en relief avec tant de vigueur dans son Entretien avec M. de Sacy : qu'il a manqué à Épictète de reconnaître la faiblesse de l'homme après en avoir compris la grandeur (2).
Nous arrivons ainsi à un néo-stoïcisme plus franchement chrétien, à un néo-stoïcisme qui va montrer que si la morale stoïcienne a conçu un idéal sublime qu'elle n'a point pu réaliser, c'est qu'elle ignorait le dogme de la chute et celui de la rédemption; pour que cette morale soit pratique et parfaite, il n'y a donc qu'à compléter les préceptes qu'elle nous donne par ceux des Écritures et de l'Évangile.
Telle est la thèse soutenue par Thomas Naogeorgius dans son petit traité : Moralis philosophiœ medulla seii Epicteti Enchiridion cum explanatione. Il reprend point par point tous les préceptes du Manuel mettant en évidence ceux qui lui semblent impraticables. Sans doute il applaudit à la solution théorique du problème du mal telle que l'admet le
(i) Cf. Scheyck (Baie, i554, ^"^-4)-
(2) Cf. Wolf, Commentaires du Manuel^ éd. citée, passim.
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Stoïcisme, mais pratiquement il ajoute que si le péché est le seul mal véritable, la foi en la rédemption peut seule justifier le pécheur, libérer la nature déchue, lui rendre sa pureté première, redresser nos opinions sur les maux et les biens véritables, et par l'espérance en Dieu, le bien suprême, nous apprendre à renoncer à tous les autres biens et à ne pas trembler devant la mort (i).
Un élément nouveau est venu s'ajouter au néo-stoïcisme des traducteurs de Cicéron et de Sénèque. La morale stoïcienne n'est plus seulement admise et vantée parce que l'idéal de vie qu'elle propose à l'homme est le plus élevé qui se puisse concevoir, et qu'elle s'accorde sur plus d'un point avec les exigences des consciences chrétiennes, mais aussi parce que, complétée par la morale chrétienne, elle est vraiment efficace et peut travailler à l'œuvre moralisatrice dont ce siècle sent le besoin.
Les traducteurs français d'Épiciète ou de Alarc-Aurèle, le grand empereur stoïcien, qu'il n'est point permis de passer sous silence lorsqu'on parle du stoïcisme pratique de la dernière période, suivront ce même sillon.
Le rationalisme de la Réforme, l'abaissement de la moralité l'irréligion ou une religion mal comprise d'une part, de l'autre les malheurs publics et privés vont donner en France à la restauration du stoïcisme les mêmes caractères.
Du .Moulin (2). l'auteur de la première l^radiiclioii du Manuel en français, a été, selon quelques-uns, sympathique à la Réforme. Il vit à la petite cour de Marguerite de Navarre suspecte à l'orthodoxie, et trouve que de u ce Manuel l'on
(i) Cf. Moralis philosophiiV mt'JuIla seu Epicteti Enchiridion cum explanatwne Tho m. r Xaogior g ïï {SlVdsbourL^, i534, in-8;. Tlionias Kirchmaier né en Bavière en i5ii, pasteur protestant, polémiste et philologue, mort en i3ô3.
(2) (]{' Le M.uiuil SÉpictîtt-, irad. d'.XiUoinc du .Moulin (r.yun. i.v4|).
peut tirer plus de profit qu'il n'en peut promettre, ni le lecteur espérer », et il le publie simplement, sans commentaire, il trouve avec raison que ce petit traité de morale se suffit à lui-même.
Jean de Coras (i), magistrat de Toulouse, fuit devant un terrible fléau : la peste qui sévit alors dans cette ville. Il ne trouve rien de mieux pour se refaire l'âme que de traduire de rÉpictète apocryphe, la fameuse Altercation de l'Empereur Adrien,,. Epictète lui apparaît, au travers de ce petit opuscule de peu d'importance, un vrai chrétien, car « ses sentences divinement chrétiennes et chétiennement divines en peu de paroles comprennent la loi et les prophètes ». Les notes en effet qui chargent les marges de la traduction tendent toutes à ce même but : rapprocher la pensée antique, dans ce qu'elle eut de plus élevé, de plus grand, de plus profondément moral, de la pensée chrétienne, c'est-à-dire des préceptes de la loi divine révélée dans l'Ancien et le Nouveau Testament, et nous y voyons Séncque, Gicéron, Diogène de Laërte, Aulu-Gelle, Plante, Plutarque, Juvénal voisiner avec les Pères de l'Église, les Prophètes, les Apôtres et Jésus lui-même.
Après Coras, c'est un franc réformé qui va reprendre Epictète, et cette fois dans le Manuel. En 1667, Rivaudeau donne une première traduction du Manuel sous ce titre (2) : La doctrine d'Épictète stoicien, comme l'homme se peut rendre vertueux y libre, sans passion... », traduction dont les commentaires font plus d'une fois songer à ceux de Naogeorgius : même souci de rapprocher les textes profanes et sacrés et surtout de les compléter les uns par les autres.
(i) Cf. Altercation en forme de dialogue de V Empereur Adrien et du philosophe Epictète par Maître Jean de Coras^ docteur en droit et conseiller du roi au parlement de Toulouse (Paris, i558).
(2) Cf. édition de Poitiers, iSGy, passim.
LE NKO-STOICISME DANS LES TRADUCTIONS I4?
L'auteur vient-il de citer ce passage d'Epictète : « que la mort, l'exil et tout ce qui effraie le plus les hommes soient sans cesse devant vos yeux », il ajoute : <( Cicéron dans les Tusciilanes et d'autres philosophes l'avaient fort recommandé; mais cette méditation de la mort est propre au chrétien, parce qu'il faut qu'il pense à la mort du Christ et qu'il soit lui-même tué, meurtri et enseveli avec le fils de Dieu s'il veut revivre et régner avec Lui. »
Un simple précepte de raison devient un précepte de foi, et partant un précepte pratique; la mort naturelle conduit le chrétien a la vie surnaturelle, la méditation de la mort se trouve ainsi justifiée.
La traduction de Marc-Aurèle ^i) est contemporaine de celle d'Epictète; l'auteur, un magistrat du nom de Pardoux, y joint des Commentaires dans lesquels il traduit en chrétien ce que Marc-Aurèle exprime en stoïcien. Marc-Aurèle écrit quelque part « ne souffre pas que la principale partie de ton corps qui est l'âme soit serve ou soit ravie ou envahie par une étrange impétuosité », et nous lisons en marge : « Qui fait péché est serf à péché, ainsi le dit saint Paul. » Mais il y a plus : quand un texte paraît au traducteur trop éloigné du christianisme qu'il veut défendre, il se contente de l'annotation brève et dédaigneuse : « mot », ou bien il n'hésite point à altérer le texte, en l'avouant toutefois.
Que faut-il de plus pour comprendre que le stoïcisme chez tous ces traducteurs n'a pas servi seulement la cause des lettres ou de l'érudition (2 ? Sans doute l'humanisme l'a vulgarisé; sans le mouvement de la Renaissance, qui a jeté
(i) Cf. Pri'face (édition de Lyon, 1570). l'n privilège datant du i5 février, est accordé à la veuve d'un libraire de Lyon. Antoinette Perronet.
(2) Cf. V, (jiraud. HLiisi- I\isi\il, /-.tUi/rs ii'/iiuinr, nn'i.ui , y. I ', u.'U -
(Paris, Kjio).
sur cette philosophie sa vive lumière, le stoïcisme n'aurait peut-être pas rallié d'aussi nombreux suffrages dans les rangs des moralistes chrétiens, mais aussi ce qui fit son succès, c'est qu'il vint à son heure. On connaissait mal la morale catholique, et c'est juste au moment où le besoin d'une morale ferme et sévère se faisait sentir que l'on retrouvait dans l'antiquité la vraie morale du devoir. Avec elle renaît non seulement l'espoir de réformer les mœurs, mais encore de ranimer la foi en des dogmes auxquels, soit par indifférence, soit par faiblesse, soit par immoralité ou par méfiance, on ne croit plus. Tel est le mobile, conscient ou inconscient, qui jette tant de moralistes vers le stoïcisme, que ce soit le pur stoïcisme du Manuel, ou celui de Marc- Aurèle, le stoïcisme singulièrement adouci d'un Sénèque ou celui de Gicéron tout teinté de platonisme.
Mais nous n'avons là que des essais de seconde main. Les grandes lignes du néo-stoïcisme s'y retrouvent très nettes; il leur manque toutefois l'unité caractéristique de toute œuvre de valeur. Or il n'y a que deux unités possibles, et d'abord, celle que peut créer la logique de la pensée et qui est la marque d'un esprit toujours d'accord avec lui-même, suivant imperturbablement, et sans en perdre un chaînon, la longue série des arguments d'une sévère déduction; c'est l'unité du mathématicien ou du philosophe lorsqu'il bâtit un système. Cette unité est tout idéale; elle ne peut satisfaire que quelques esprits doués d'aptitudes spéciales, des logiciens ou des mathématiciens par exemple, tels que furent Descartes et Kant. C'est celle qui convient au stoïcisme, œuvre de rigoureuse logique avant tout, mais qui demande pour être saisie la profondeur de vue du philosophe ou la rigueur de logique du mathématicien. Cette unité ne pouvait convenir aux philosophes moralistes de la Renaissance. Reste une
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autre unité, celle-là plus vraie, plus intéressante, plus originale, en ce qu'elle est vraiment l'ceuvre d'un homme et qu'elle émane de toutes les puissances de son âme. (^est celle qui est l'expression de toute une vie. Elle a cela de particulier qu'elle fait entrer une personnalité tout entière comme facteur dans la renaissance d'un système, et en indique la véritable portée en faisant choix des éléments qui sont vraiment viables en lui.
Il semble que deux hommes au xvi^ siècle aient vraiment essayé de réaliser cette unité sous deux formes différentes : Juste Lipse et Du Vair. L'un aurait en quelque sorte embrassé le stoïcisme dans son ensemble, le suivant dans son évolution à travers les âges, dans tous les détours de sa casuistique; l'autre l'aurait directement vécu et nous aurait donné le résultat de son expérience. L'un, foncièrement érudit, a compilé les textes avec l'exactitude méticuleuse du savant, du philologue, de l'éditeur et du commentateur de textes. Il est le digne descendant de toute une lignée d'iiumanistes. Il s'entend à publier des éditions, à restaurer des textes, à les commenter, à les critiquer. L'autre, plus homme d*action, mêlé intimement aux luttes de son temps, n'a pas eu les loisirs d'un lettré, ni la foiniaiion de l'humaniste professionnel pour puiser aux sources mêmes du stoïcisme. C'est plutôt dans le milieu ambiant qu'il va chercher sa philosophie déjà transformée par les courants que nous avons signalés, déjà vécue par une élite, déjà vulgarisée par ces ouvrages de seconde main. C'est donc ici, l'expérience personnelle, une vie d'action qui va donner une unité au stoïcisme de Du \'air et lui permeiiie d'en faire une synthèse vivante.
Tels sont les deux auteurs dont nous allons examiner les oeuvres et qui doivent nous donner enfm une expression complète du néo-stoïcisme.