CHATEAU D'USSON
Mais cette assertion soutient difficilement la critique. Loin de procéder l'un de
l'autre, les deux monuments, tant au point de vue de l'architecture qu'à celui
de la sculpture, accusent une origine très différente. Successivement le Blésois et l'Anjou sont mis à contribution, et la chose n'a rien qui puisse paraître étonnant lorsque l'on est fixé sur certaines dates, de même que sur certaines alliances.
En effet, comment le seigneur d'Usson eût-il pu avoir recours aux artistes
appelés par Galiot, dix ans après l'achèvement de Lonzac? Tous étaient évidem-
à notre connaissance, rien autre chose
Magasin pittoresque, 1877 nous renvoyons toujours à l'article anonyme publié dans ce recueil, c'est
le château d'Usson,
qu'il n
AUNIS ET SAINTONGE. 29
ment retournés depuis longtemps dans leur pays. Mais, par une circonstance quelconque, fussent-ils demeurés en Saintonge, que la véritable inspiratrice de l'œuvre, Diane d
amenée par sa naissance? à agir comme elle l'a fait. Entre les différents pays sur
Estuer, première femme de Paul de Rabaine , n’en aurait pas moins été
lesquels son choix avait liberté de s'arrêter, l'hésitation était impossible. Du reste, s'il y a un regret à exprimer, c'est que le rôle des Angevins n'ait pas été plus étendu. Les parties frappées de leur empreinte telles que : une frise au-dessus de la porte, les colonnes et les niches, à la façade du gros pavillon formé de débris empruntés aux deux ailes détruites il y a près de cent ans, sont d'admirables morceaux dont le dessin a bien pu être donné par Jean de Lespine, tant l'arrangement des moindres détails ressemble à ce que l'on connaît du célèbre architecte 4.
Tandis qu’à droite et à gauche, sous prétexte d'agrandir ia cour, on démolissait pour reconstruire
un peu plus loin, rien n'était changé
au principal corps de logis. Des ar- |
rades très surbaissées continuaient ; GARGOUILLE DU CHATEAU D'USSON
à porter un étage peu développé,
au-dessus duquel se dressait une sorte de bahut ou attique simulé. Ce dernier,
dont le rôle était de cacher le toit, ainsi que le démontrent les gargouilles à sa
base’, présentait une riche décoration de cartouches à devises‘ entre des fron-
tons de formes diverses abritant des bustes qui, de même que les médaillons
1. Les d'Estuer portaient d'argent au sautoir de gueules, mais on a préféré semer partout des croissants qui rappellent
idérée comme un colombier et dont le rôle était de
le nom de la chätelaine. Au lanternon de la tour si faussement cons
buter simplemenc à son extrémité l’une des ailes du château, ils alernent, par exemple ‘avec les coquilles empruntées aux
gueules accompagnée de six coquilles de même, trois en chef et trois en pointe,
armes des Rabaine : d'argent à la fasce à posées en orle.
2. Si D résidaient plus 3 Le château d'Usson vient de subir voi
d'Estuer, à proprement parler, n'étaicpas Angevine, mais Bretonne, elle venait souvent en Anjou où
rs membres de sa famille.
récemment, en même temps qu’une nouvelle transformation, un véritable
Pour le voir, il faut aller désormais au lieu dit les Egroreaux, près de la gare de Pons, où son propriétaire heureusement une partie des anciennes dispositions.
ez médiocres représentant des Vertus. L'une
déplacem actuel, M. Augereau, a rétabli a 4. Voir plus haur, p. 138 et 201. Dans les niches sont des statues à
d'elles, la Force, porte la date de 1548.
5. Nous donnons la plus intéressante d’entre elles. De deux façons différentes, les coquilles de Paul de Rabaine
ssants de Diane d'Estuer,
y alrernent avec les cro
6. De gauche à droi ivantes : [e] ITO + NE + CREDAS — INIMICVM + EVITA — ORIO)
us avons relevé le:
+ PAVCA — DEVM + TIME : ET + MANDATA * El
BE — AVDI + MVLTVM — LOQVERE
INDVLGEAS — LINGVAM + CC
s d’une fenêtre,
Iles, au-dess
tres inscriptions nombre, sont répandues un peu partout. L'une d
osséRva + D'a
indique la source où l’on est al SES « INPI + TANQ + LANYGO + EST + QVE » À » VENTO + TOLLITVR + SAPS +
C'est le commencement du quinzième verser du chapitre V de la Sagesse.
à la partie inférieure, avaient la prétention de rappeler des empereurs romans.
Enfin, comme couronnement, au droit des précédents, se profilaient sur le ciel, entre les merlons d'un crénelage ininterrompu, des Amours musiciens ou des tenants d'armes, la massue d'Hercule à la main.
La longue façade dont nous avons essayé de donner une idée et qui, heureusement, a peu souffert des injures du temps , se fait remarquer par une grande originalité. L'Anjou, cette fois, n'est pour rien dans la conception de l’ensemble non plus que dans l'exécution des détails. Pour trouver des monuments avec lesquels on puisse établir des rapprochements, il faut aller en Angoumois. Là surtout s'était conservé, À une époque avancée, le goût de certain appareil guerrier du moyen âge*. On aimait à créneler les murailles, même lorsque celles-ci donnaient sur une cour intérieure. Puis les frontons ondulés d'Usson n'ont-ils pas leur modèle à la Rochefoucauld ? L'origine indiquée, bien que tout document fasse défaut, paraît donc absolument certaine.
Au premier abord, on serait tenté de reconnaître la main d'un troisième architecte ; mais nous croyons que les différences observées à la tour et ailleurs portent uniquement sur le changement d'ornemaniste. De même, la date de 148 inscrite sur une statue n'a-t-elle aucun rapport avec l'achèvement de la construction proprement dite. Suivant toutes probabilités, les travaux commencèrent en 1532 ou 1533 et leur durée fut de dix années environ’.
Ce que nous avons dit à propos des créneaux d'Usson trouve sa confirmation
à Crazannes. Là encore, bien que de trente ans moins ancien, le long corps de
bâtiments qui fait face à la Charente‘ présente le même couronnement guerrier, et l'on aurait lieu d'éprouver quelque surprise, si, au-dessus de la porte principale, ne se lisait l'inscription suivante : 1. ACCARYE ET M. DE LA ROCHECHANDRY. 1566. Jean Acarie, l'un des défenseurs les plus renommés de la cause protestante en Saintonge, avait épousé vers 1560 Marie de la Rochechandry, appartenant à une famille distinguée de l’Angoumois’, et le premier soin des jeunes mariés fut de transformer
la vieille demeure des aïeux. En outre, comme toujours, l'influence de la femme
1. Primitivement la galerie, comme l'indique le dessin, n'avait pas se
arcades ouvertes jusqu’en bas. Les pilastres quelque peu ramassés sur eux-mêmes, qui font saillie au
ent pour base non des piédesraux isolés, mais
ate continu: