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Bien que nous ayons déjà parlé d'un grand nombre de châteaux, notre tâche est loin d’être terminée. C'est ainsi, par exemple, qu'à défaut d’une longue monographie, tout nous fait un devoir de consacrer au moins quelques pages à l'admirable demeure élevée par le connétable de Montmorency sur la haute colline d'Écouen. D'ailleurs, à ce sujet, rien n'est plus facile que de dire des choses entièrement neuves, car, par une sorte de fatalité, les hommes qui eussent été les plus capables de réduire la légende à ses justes proportions ne semblent pas même un instant avoir soupçonné la vérité’.
Pour eux, en effet, comme pour la foule des historiens, Jean Bullant est
l'unique architecte d'Écouen. Il a dressé le plan de l'immense édifice et dirigé
1. « Acquisition faite à M. Goinard, maître charpentier, d’un monument d’architecture provenant de Mennecy (Villeroy est dans la commune de Menne
orné de deux figures de femmes en bas-reliefs, représentant des nymphes, de deux figures de satyres servant de supports, et d’autres sculptures arabesqu Co:
, aux environs de Corbeil}, servant dechemi
; le tout par Germain Pilon. « Alexandre Lenoir, son journal et le Musée des monuments français, par Louis
d. Paris, 1878, p. cxznr. Plus loin (p. 188), il est parlé d’une « cheminée en pierre, sculptée par Germain Pilon,
à M. Boigre, propriétaire du château de Villeroy ». Voir également : Description des sculptures du moyen âge et
de la Renaissance, par H. Barbet de Jouy. — Musée de sculpture au Louvre, par le baron de Guilhermy, dans les Arrales
archéologiques, t. XIV, p. 24. Hauteur de l’ensemble, 4, 62; largeur de latablette, 2", 54. Peut-être est-il bon de faire remar-
quer que la plaque de fer posée dans l'âtre n'appartient pas au monument primitif; c'est une addition de l’époque de Henri IV.
2. Le château de Villeroy a été construit par Nicolas de Neufville, 3° du nom, seur de Villeroy, secrétaire des rois Henri IT, Henri III et Henri IV. Ainsi que l'indique le buste de François IL, installé à la place d’honneur, au centre
de la façade principale, les travaux durent être terminés en 1559 où 1560. Mais la cheminée qui nous occupe peut avoir
faite quelqu ées plus tard. Nous adopterions volontiers la date de 1565; Germain Pilon avai alors trente ans. 3. Jean Bullant, architecte du connétable de Montmorency, par A. de Montaiglon, dans les Archives de l'art français, XI, 305-339. — Les grands architectes français de la Renaissance, par A. Berty le connétable de Montmorency, par F. de Lasteyrie, dans la Gagetre des Beaux-Arts, XIX, 2° période , 305-320 et XX,
— Un grand seigneur du XVI° siècle:
la construction depuis le commencement jusqu'à la fin'. Quant aux différences de style qui se font remarquer en plusieurs endroits, elles demeurent complètement inaperçues, ou si par hasard l'attention se porte de ce côté, loin d’en tirer la conséquence voulue, on n'y trouve qu'un prétexte pour avancer le voyage du maitre en Italie’. Mais, dans ces conditions, nous aurions lieu d'être bien plus étonné encore de tout ce qui se présente à nos yeux. Quoi! Jean Bullant ne se serait imprégné de l'architecture antique, durant un long séjour à Rome, que pour venir en quelque sorte, aussitôt son retour parmi nous, protester contre les enseignements qu'il avait reçus. De propos délibéré, il eût perdu une occasion inattendue et vraiment merveilleuse de déployer à l'aise son incontestable talent, et avec une modestie rare il se fût fait à nouveau le disciple de ceux-là mêmes qu'il croyait avoir de beaucoup dépassés. Puis tout à coup, comme pris d'un remords, non seulement il eût changé sa manière, arborant enfin le drapeau de l’art classique, mais encore il se fût efforcé, autant que possible, de ramener les premières constructions au type définitivement adopté.
Mais nous ne sommes pas encore au bout des invraisemblances. De ce que la date de 1542 se trouve sur un carreau de faïence, aujourd'hui déposé au musée de Rouen’, après avoir fait partie du pavage de nous ne savons quel appartement du château, on a conclu à l'achèvement des travaux à peu près vers la même époque*. Ainsi Jean Bullant serait un véritable phénomène et le connétable de Montmorency eût fait preuve d’un instinct de divination dont nous avons peine à le croire capable. Car, enfin, même en adoptant l'opinion
de M. de Montaiglon, qui croit pouvoir reculer de quelques années la naissance
du grand architecte fixée par Berty en 151$, nous n’en voyons pas moins que pour l'exécution d'une œuvre colossale, qui demandait une expérience consommée, on se serait adressé à un tout jeune homme, presque à un écolier. Assurément l'indulgence la plus extrême ne saurait aller jusque-là, et il faut bien
avouer qu'en 1532, époque à laquelle, suivant toutes probabilités, fut commencé
le château d’Écouen, le choix d'un architecte dut être arrêté avec plus de
maturité qu'on ne le suppose généralement.
. op. cit., 327.
par André Potier, qui le tenair de M. Lejeune, architecte du château.
c terminé vers 1542 où 1543.» A. de Montaiglon, op. cit,, 312.
. Archives de Part français, XI, 317. — Les grands architectes français de la Renc
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Si en 1542 les appartements étaient dé vitraux, ainsi que le prouvent la préci
et garnis de leu
pièce de faïence déjà signalée et
peu à Chantilly, il faut bien admettre à cette date l':
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so LA RENAISSANCE EN FRANCE.
En résumé, les données historiques sont parfaitement conformes à celles que fournit l'observation du monument lui-même. Là où on était accoutumé à ne voir qu'une seule inspiration, il faut désormais en reconnaître deux parfaitement différentes. Loin d’avoir « tout conçu, tout construit, tout dirigé! », ainsi qu'on se plait à le répéter chaque jour, Jean Bullant n’a fait que suc-
céder à un architecte dont le nom est d'autant plus facile à trouver qu'il figure
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