‹ La renaissanceChapitre 128 sur 189 · LE PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

LE PARLEMENTAIRE

Madame, daignez considérer..,,

LA c.OMTESSK.

Reconduisez ce capitainû

344 tA RENAISSANCE

MILAN

Le palais ducal. — Gaston de Foix, duc de Nemours, capitaine général des troupes françaises en Italie ; le grand maître de Chaumont, gouverneur du Milanais ; le seigneur de Clermont-Montoison, commandant les forces auxiliaires françaises données au duc de Ferrare; le prince d'Anhalt, général des troupes de l'Empereur; Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, commandant les gentilshommes de la maison du Roi ; les capitaines Ives d'Alègre, Bonnet, Maugiron ; le bâtard de Clèves et autres officiers. Conseil de guerre.

GASTON DE FOIX

Messeigneurs et capitaines, la volonté du Roi est de ne pas laisser les choses traîner en longueur. Il entend mettre L.n aux entreprises du pape Jules IL Ce prétendu Pontife, plus rude aux princes chrétiens que ne le serait le Turc, veut dépouiller chacun de son bien et s'enrichir aux dépens de tous. Allié méchamment aux Espagnols qui ne sont que perfidie, et aux Vénitiens qui se pourraient dire les pères du mensonge, le soi-disant Saint-Père ne cache pas sa volonté de noua renvoyer au delà des Alpes, en nous arrachant le Milanais. Il veut tout prendre, tout garder. Dans ce beau dessein, excitant le Turc contre l'Empereur et l'Anglais contre nous^ il fait ravager les côtes atlantiques, en même temps que les campagnes hongroises. Jusqu'ici nous avons temporisé de notre mieux, et opposé patience et douceur à cet excès de rage. Procé-

dant par voie de raison, nous avons réuni un concile, peu nombreux, il est vrai, mais composé des docteurs les plus dignes de confiance. Jules II ne s*est pas fait scrupule de soulever la populace de Pise contre cette sainte assemblée, que nous avons dû transférer ici pour la mettre en sûreté. Désormais, il est bien avéré que la guerre à outrance peut seule venir à bout de la malice du Pape. Ainsi, je vous le répète nous ne ménagerons plus rien, et le Roi entend que les résultats ne se fassent pas attendre. C'est pourquoi je vous ai réunis. Veuillez donc me faire savoir, messeigneurs et capitaines, si vos troupes sont préparées à faire campagne, et ce que vous pensez de la situation où nous sommes.

ivEs d'alègrk.

Puisque tant de seigneurs plus considérables que moi ne soufflent mot, je m'enhardis à vous remontrer que, si vous avez l'intention de combattre, il le faut faire bien, fortement, vivement, sans perdre une minute, car l'ennemi que vous avez en tête est tel qu'il vous a donné et vous donnera du fil à retordre. Quand Mgr le Grand Maître a fait faute de le prendre à Bologne, le lendemain il était en campagne comme un pauvre aventurier de vingt ans. Le capitaine Bayart s'est mis sur sa route pour le surprendre; il n'y est pas parvenu, et Jules II, de ses propres mains, a aidé à lever le pont-levis du château de Saint-Félix qui le dérobait à notre brave chevalier. Maintenant, ce terrible adversaire doit être de sa personne devant la Mirandole. Son neveu, le duc d'Urbin, a pris la Con-

cordia; les Espagnols avec le vice- roi don Raymond de Cardonne et une infanterie admirable s'avancent contre nous; les Vénitiens menacent Brescia, et, comme ils y ont de grandes intelligences, je crois qu'ils le prendront. Enfin, les Suisses s'amassent làhaut, sur les montagnes au-dessus de notre tête, et le Pape, avec un levier d'argent, va les faire rouler sur nous. Hâtons-nous donc, et si nous voulons sauver Ferrare, prenons Bologne.

LOUIS DE BRÉzé.

Vous raisonnez pertinemment, capitaine d*Alègre; mais Bologne n'est pas facile à prendre. Le cardinal Regino a été remplacé par le cardinal de Pavie; celuilà est un soldat qui ne se laissera pas enlever. En outre, le duc d'Urbm est en état de nous donner assez de tablature pour que les Espagnols aient le temps d'accourir. En ce cas, il faudrait lever le siège.

ivEs d'alègre.

Bologne a la révolte flambant dans les entrailles, et si nous faisons mine seulement de donner l'assaut, à l'instant les bourgeois nous ouvriront les portes; le cardinal devra s'enfuir et gagner pays.

GASTON DE FOIX

Messieurs, je pense comme le capitaine d'Alègre, et je vous demande d'être prêts d'ici à quatre jours.

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